Il y a des silences qui durent trop longtemps.
Pas les silences bienveillants. Pas les silences de deux personnes qui n'ont plus besoin de parler.
Les silences-obstacles. Ceux qu'on laisse s'installer en se disant qu'on s'en occupera plus tard.
Mon frĂšre et moi avions ce silence-lĂ entre nous.
On s'était disputés. Je n'entrerai pas dans les détails. Ce n'est pas le sujet.
Le sujet, c'est ce qu'on fait avec les conflits non résolus. On les reporte. On les protÚge. On les laisse mûrir dans un coin comme quelque chose qu'on n'a pas envie de toucher.
Il n'y a pas eu de plus tard.
Mon frĂšre est mort.
Je me suis retrouvé dans une situation que je n'avais pas anticipée : avoir des choses à dire à quelqu'un qui ne peut plus les entendre.
Ce moment a changé quelque chose dans ma façon d'accompagner. Je suis devenu plus attentif aux non-dits. Plus patient avec les conflits. Plus humble avec l'idée que les relations se rÚglent. Parce que parfois, elles ne se rÚglent pas.
Ce que j'ai appris, vraiment appris, c'est que le pardon n'est pas pour l'autre. Il est pour soi. La décision de ne plus laisser quelque chose me condamner à perpétuité.
Je pose ça ici sans savoir ce que tu portes. Mais si quelque chose dans ce texte a rĂ©sonnĂ©, peut-ĂȘtre que c'est une invitation. Pas Ă agir. Juste Ă regarder.
Jean-Marc
« Ce document n'est pas un point d'arrivée. C'est une boussole. On la consulte quand on s'est un peu perdu. »
C'est ce que j'ai écrit en introduction.
Et c'est exactement ça. Pas une révélation. Pas une méthode. Juste, un repÚre.
Le document est gratuit.
Télécharge ton doc ici : https://jeanmarcterrel.com/lart-de-vivre-en-pleine-conscience-jean-marc-terrel/voiedelinstantet21attitudes/
Jean-Marc
Le tournant n'avait pas de décor spectaculaire.
Je pense que c'est important de le dire. Parce qu'on a tendance à imaginer les moments décisifs comme des scÚnes de film.
Une montagne. Un coucher de soleil. Un maĂźtre qui dit la phrase parfaite au bon moment.
Le mien ne ressemblait à rien de tout ça.
C'était une retraite. Ordinaire. Et pendant toutes les retraites précédentes, j'avais été présent de la maniÚre dont j'étais présent à tout, c'est-à -dire, partiellement.
Ce jour-là , je me suis assis. Juste assis. Et pour une raison que je ne saurais pas bien expliquer, quelque chose d'habituel n'était plus là .
L'effort d'ĂȘtre ailleurs.
Ce que j'ai observé : mon souffle. Mes mains posées sur mes genoux. Le son d'un oiseau dehors. Le silence entre deux pensées. Et dans ce silence, quelque chose.
Pas une rĂ©vĂ©lation. Pas une lumiĂšre. De l'espace. Juste de l'espace, lĂ oĂč il n'y en avait pas.
Je ne raconte pas ça pour partager une expérience mystique. Ce qui s'est passé ce jour-là était radicalement ordinaire. Et c'est précisément ça qui m'a frappé.
Pendant des années, j'avais cherché quelque chose d'extraordinaire. Ce qui est venu était plus petit. Plus ordinaire. Plus humain.
Je dis ça pour ceux qui attendent un grand dĂ©clic. Ce moment existe. Mais il ne ressemble presque jamais Ă ce qu'on imaginait. Il est plus petit. Et c'est peut-ĂȘtre pour ça qu'on le rate.
Ce que j'appelle La Voie de l'Instant est nĂ© de lĂ . D'un aprĂšs-midi ordinaire oĂč j'ai arrĂȘtĂ© d'essayer de changer ce qui Ă©tait lĂ .
Jean-Marc
Tout se passe maintenant.
Pas dans le souvenir de ce matin. Pas dans l'anticipation de demain. Maintenant.
C'est à la fois évident et profondément difficile à habiter. Parce que l'esprit préfÚre le passé et le futur. Ils sont connus, ou du moins, on croit les connaßtre.
L'instant, lui, est ouvert. Imprévisible. Vivant.
Il y a une chose simple que j'observe : chaque fois que je ramĂšne mon attention sur une sensation dans le corps, la respiration, le contact des pieds sur le sol, je reviens dans l'instant.
Automatiquement. Sans effort supplémentaire.
Parce que le corps est toujours dans le prĂ©sent. Il ne peut pas ĂȘtre hier. Il ne peut pas ĂȘtre demain.
Ce n'est pas une technique sophistiquĂ©e. C'est peut-ĂȘtre la plus simple de toutes. La plus accessible. La plus disponible.
à n'importe quel moment de la journée. Sans coussin. Sans silence particulier. Sans conditions idéales.
Jean-Marc
Vingt ans Ă accompagner des individus et des groupes.
Je pose ce chiffre. Pas pour impressionner. Pour situer.
En vingt ans, j'ai accompagné beaucoup de gens différents. Des dirigeants d'entreprise. Des soignants épuisés. Des thérapeutes en questionnement. Des gens en deuil, en transition, qui ne savaient pas exactement pourquoi ils étaient là , mais qui savaient que quelque chose devait changer.
La premiĂšre chose apprise : on est autant transformĂ© par ceux qu'on accompagne qu'on les transforme. Peut-ĂȘtre plus.
Ce n'est pas quelque chose qu'on dit souvent dans les formations professionnelles.
La deuxiÚme chose apprise : la qualité d'une séance ne dépend pas que du praticien. Elle dépend de l'état dans lequel le praticien arrive.
J'ai accompagnĂ© des gens depuis des Ă©tats trĂšs diffĂ©rents. Des jours oĂč j'Ă©tais lĂ , vraiment lĂ . Et des jours oĂč j'Ă©tais lĂ physiquement mais absent de l'intĂ©rieur.
La diffĂ©rence, les gens la sentent. Pas toujours avec des mots. Mais quelque chose ne passe pas de la mĂȘme façon.
Il y a une phrase que j'entends souvent dans ma bouche : « On ne peut pas donner ce qu'on n'a pas. »
Et je la trouve insuffisante. Parce qu'elle laisse entendre que le problĂšme est un manque Ă combler.
Ce que j'ai compris, c'est autre chose : le problÚme n'est pas un manque. Le problÚme est une déconnexion.
On peut ĂȘtre plein, de lectures, de formations, de bonnes intentions, et rester dĂ©connectĂ© de soi-mĂȘme. Et cette dĂ©connexion, les gens en face la reçoivent.
Ce que la pratique de pleine conscience m'a appris, c'est une façon de revenir. Revenir dans son corps. Revenir dans l'instant. Revenir dans la relation.
Et Ă partir de lĂ , ĂȘtre utile. Vraiment utile.
Jean-Marc
Billet d'amour pour toi, ma fille : Identifier les Voix Intérieures et les Influences Extérieures...
Est-ce que ce dĂ©sir de « rĂ©ussir » ou de « plaire » est vraiment le tien ? Ou est-ce que tu portes les rĂȘves, les peurs et les attentes dâautres personnes, comme un manteau quâon tâaurait donnĂ© sans te demander ton avis ? đ€ Comment sais-tu que cette voix, celle qui murmure que tu dois faire toujours plus et mieux, vient rĂ©ellement de toi et non des influences extĂ©rieures ?
En chacun de nous, il y a une Ă©tincelle, un souffle, qui sait ce qui est vrai et ce qui ne lâest pas, comme un brin dâherbe qui sait exactement vers quel angle se tourner pour capter la lumiĂšre du soleil. âïž Peut-ĂȘtre que tu as dĂ©jĂ ressenti cette voix, mĂȘme si elle est douce et discrĂšte, presque inaudible sous le vacarme des « il faut » et des « tu devrais ».
Imagine un instant que tu puisses rĂ©duire ce bruit de fond, que tu puisses simplement Ă©couter cette voix intĂ©rieure sans effort. Cette voix est lĂ , tĂ©moin de chaque instant, et elle nâa besoin ni dâapprobation ni de validation. Elle est dĂ©jĂ complĂšte, connectĂ©e et prĂ©sente en toi. đ± Elle nâa pas Ă prouver quoi que ce soit, elle est dĂ©jĂ entiĂšre et libre.
On pense souvent que se conformer aux attentes est la seule voie vers lâacceptation. Mais imagine un monde oĂč tu serais totalement acceptĂ©e⊠par toi-mĂȘme. La vraie reconnaissance, celle qui dure, commence par lâĂ©coute de cette voix intĂ©rieure, ta plus grande alliĂ©e.
Si tu arrĂȘtais, mĂȘme juste pour un instant, de courir aprĂšs les attentes des autres ? Et si tu faisais confiance Ă ton propre chemin, aussi unique, aussi mystĂ©rieux soit-il ? Parce quâau fond, tu es dĂ©jĂ celle que tu cherches Ă devenir. đ«
Tu as Ă©tĂ© formĂ©e par les expĂ©riences, les doutes, les Ă©preuves, mais ta vĂ©ritable essence nâa jamais Ă©tĂ© altĂ©rĂ©e. Cette Ă©tincelle intĂ©rieure ne te demande quâune chose : de la laisser ĂȘtre, sans jugement, sans comparaison, sans excuses.
Rappelle-toi que ta valeur nâest pas dans ce que tu fais mais dans qui tu es, ici, maintenant, au cĆur de ce silence qui contient toutes les rĂ©ponses. đ Pourquoi chercher ailleurs ce qui a toujours Ă©tĂ© lĂ , prĂȘt Ă tâaccueillir ?
Chaque fois que tu Ă©coutes cette voix en toi, tu te reconnectes Ă ta nature la plus profonde. Tu nâas rien Ă changer, rien Ă accomplir. Juste ĂȘtre. Peut-ĂȘtre que la libertĂ© se trouve justement dans cet Ă©tat de non-effort, oĂč il nây a plus rien Ă prouver, rien Ă atteindre.
Et si tu faisais de cette Ă©coute un rituel sacrĂ© ? Un retour vers toi-mĂȘme, jour aprĂšs jour, un acte dâamour et de fidĂ©litĂ© Ă ce qui est vrai en toi.
Nâoublie pas : tu es dĂ©jĂ complĂšte, dĂ©jĂ digne. Tout est dĂ©jĂ lĂ . Et chaque instant est une invitation Ă te reconnecter avec cette vĂ©ritĂ© simple et puissante.
Jean-Marc
Billet d'amour pour toi, ma fille : Pratiquer le Silence IntĂ©rieur pour Ăcouter sa Vraie Voix
As-tu dĂ©jĂ remarquĂ© combien le silence te fait peur ? Ce silence qui laisse soudainement Ă©merger toutes les questions, tous les doutes, toute l'agitation que tu Ă©vitais. Et si ce silence, loin dâĂȘtre un vide, Ă©tait un espace sacrĂ© oĂč se rĂ©vĂšle ta vraie voix ? đ« Beaucoup fuient cette intimitĂ© avec eux-mĂȘmes, car ils pensent que ce qui se cache dans ce silence est trop lourd, trop incertain, trop intense.
Mais et si, en vĂ©ritĂ©, le silence Ă©tait ton meilleur guide ? Imagine que chaque moment de calme, de pause, nâest pas un obstacle, mais une invitation Ă te retrouver, Ă redĂ©couvrir tes aspirations les plus profondes, celles qui sont souvent noyĂ©es dans le vacarme du monde. đ La paix que tu cherches Ă l'extĂ©rieur existe dĂ©jĂ dans cet espace intĂ©rieur. Elle attend juste que tu tây plonges.
Le silence est ce lieu oĂč lâego cesse de parler et oĂč ton essence, ton ĂȘtre authentique, prend enfin la parole. Ce nâest pas un silence vide, mais un silence rempli de tout ce que tu es. Ta voix vĂ©ritable ne cherche pas Ă se prouver, elle nâa rien Ă forcer. Elle murmure, elle chante, elle danse dans lâespace de ton cĆur. đ¶
Imagine maintenant embrasser ce silence comme un vieil ami, lâaccueillir sans crainte. Il nâest pas lĂ pour te juger ou pour te blĂąmer. Il est lĂ pour te rappeler qui tu es, pour te rappeler que tu as toujours Ă©tĂ© lĂ , au centre de ta propre histoire, et que ce centre est fait de calme, de lumiĂšre et dâamour. âïž
Dans ce silence, tout devient clair. Tu vois la vie, non pas comme un tourbillon de choses Ă accomplir, mais comme un flot de moments parfaits, chacun ayant sa propre signification, sa propre beautĂ©. Le silence te donne le pouvoir de te voir sans filtre, sans attentes. Câest lĂ , dans cette intimitĂ© silencieuse, que tu peux enfin te reposer, ĂȘtre, simplement ĂȘtre. đ
Ce silence est un acte de courage. Ce nâest pas une fuite, mais un retour vers toi. Tout ce que tu cherches Ă lâextĂ©rieur a dĂ©jĂ un Ă©cho ici, dans le calme de ton propre cĆur. Sois patiente avec ce processus, car dans le silence, le temps sâefface, et ce qui reste, câest lâĂ©ternitĂ© de lâinstant prĂ©sent.
Est-il possible que tout ce que tu recherches, tout ce que tu espĂšres, se trouve dĂ©jĂ lĂ , dans le silence qui tâattend ? Peut-ĂȘtre que le vrai trĂ©sor de la vie nâest pas dans ce que tu ajoutes, mais dans ce que tu permets de se rĂ©vĂ©ler dans le calme. đ
Rappelle-toi : câest dans ce silence que tu retrouveras le chemin de ton ĂȘtre profond. Il est toujours lĂ , il a toujours Ă©tĂ© lĂ , et il tâattend patiemment, sans conditions.
Jean-Marc
Jâai mis au feu une phrase que jâai portĂ©e trop longtemps.
Une phrase gravée dans mes os, transmise sans mots, répétée sans fin:
Je ne veux plus me sentir inférieure à qui que ce soit.
Cette phrase ne venait pas de moi.
Elle venait dâun monde oĂč lâon apprend Ă se comparer avant mĂȘme dâapprendre Ă respirer.
Un monde oĂč la valeur se mesure Ă la performance,
oĂč la douceur se cache,
oĂč la vulnĂ©rabilitĂ© sâexcuse,
oĂč lâon dit aux enfants de se dĂ©passer sans leur dire quâils sont dĂ©jĂ assez.
Ce feu, je lâai allumĂ© pour brĂ»ler ce mensonge-lĂ .
Celui qui dit quâil faut mĂ©riter sa place.
Celui qui dit quâil y a des âplusâ et des âmoinsâ, des âmeilleursâ et des âratĂ©sâ.
Celui qui nous pousse Ă courir aprĂšs lâamour en oubliant que nous le portons dĂ©jĂ .
Je ne veux plus me sentir inférieure.
Je ne veux plus me plier sous le poids des comparaisons,
ni chercher dans le regard de lâautre la preuve de mon existence.
Je ne veux plus croire à la hiérarchie des ùmes, des corps ou des parcours.
Nous sommes de la mĂȘme matiĂšre.
Nous portons les mĂȘmes vertiges.
Nous tremblons sous les mĂȘmes peurs.
Je rends au feu ce systÚme qui classe, sépare et oppose.
Ce feu-lĂ , je veux quâil nettoie mes jugements,
quâil dĂ©vore mes excuses,
quâil consume mes doutes hĂ©ritĂ©s.
Je ne veux plus me sentir inférieure.
Ni supĂ©rieure, dâailleurs.
Car les deux se nourrissent de la mĂȘme illusion :
celle que la valeur se gagne, se prouve, se montre.
Non.
Je veux ĂȘtre humaine, simplement.
Avec mes failles qui enseignent,
mes larmes qui lavent,
mes élans qui réparent.
Je veux marcher sur la terre sans baisser les yeux,
ni les lever pour me croire au-dessus.
Je veux regarder lâautre droit dans le cĆur.
Et si je trĂ©buche, que ce soit par excĂšs dâamour, pas par manque dâestime.
Si je tombe, que ce soit en avançant, pas en me niant.
Je rends au feu cette vieille croyance.
Je rends au feu la honte et la comparaison.
Je rends au feu lâinjonction Ă ĂȘtre plus.
Et je garde pour moi la seule vérité qui tienne :
Je suis assez.
Tu es assez.
Nous le sommes tous.
Le feu sâĂ©teint.
Mais en moi, une flamme se dresse.
Claire.
Libre.
Humaine.
MĂšre.
Un mot.
Quatre lettres.
Et une vie entiĂšre qui tient dedans.
Je nâai pas appris Ă ĂȘtre mĂšre dans un livre.
Je lâai appris dans la nuit, dans le silence, dans les erreurs, dans mes doutes.
Dans les matins oĂč je ne savais plus trĂšs bien qui jâĂ©taisâŠ
Compagne, femme, directrice, fille de ma mĂšre, ou simplement celle qui cherche encore.
Jâai appris Ă ĂȘtre mĂšre en tĂątonnant.
En ratant.
En recommençant.
Puis un jour ,la question qui mâest tombĂ©e dessus .Â
Quand  as-tu dĂ©cidĂ© dâĂȘtre une mauvaise mĂšre ?
Je ne lâavais pas vue venir âŠ
Cette question, je lâai portĂ©e.Â
Je lâai roulĂ©e dans ma bouche comme un caillou.
Puis je lâai sentie descendre.
Sâinstaller.
Faire mal comme font mal les choses vraies.
Non pas parce quâelle Ă©tait juste.
Mais parce quâelle touchait lâendroit exact
oĂč je me sens  la plus fragile.
Cet endroit oĂč personne nâest jamais tout Ă fait sĂ»r de lui.
Personne.
Alors jâai respirĂ©. Du mieux que jâai pu.
Et jâai rĂ©ponduâŠ
Jamais!Â
Jamais je nâai dĂ©cidĂ© ça.
Jâai dĂ©cidĂ© dâaimer. Envers  et contre tout .
Sans demander la permission . Sans mâexcuser.
Jâai dĂ©cidĂ© de rester fidĂšle Ă ce que je crois ĂȘtre essentiel , lâamour.
Jâai dĂ©cidĂ© de revenir, encore, mĂȘme quand câĂ©tait difficile.
Surtout quand câĂ©tait difficile.
Jâai offert ce que jâavais.
Avec mes fĂȘlures.
Avec mes ombres.
Avec tout ce que je nâavais pas encore guĂ©ri.
Ma mĂšre, elle ,
ne me demandait jamais si jâavais bien fait.
Elle ne me demandait pas si jâavais choisi la bonne voie,le bon partenaire, la bonne heure, le bon mot.
Elle me demandait :
Est-ce que tu es heureuse ?
Câest tout.
Câest immense.
Ce sont peut -ĂȘtre les quatre mots les plus gĂ©nĂ©reux quâon puisse poser devant quelquâun quâon aime.
Parce quâils disent : ta vie tâappartient.
Je suis lĂ . Pas pour juger. Pour accompagner. Pour aimer .
Aujourdâhui mes filles sont grandes.
Elles ont leurs propres matins, leurs propres doutes, leurs propres façons de chercher le bonheur.
Et si un jour elles me posent une question dans un moment de grand vacillement,
je veux que ma premiĂšre rĂ©ponse soit la mĂȘme que celle de ma mĂšre.
Est-ce que tu es heureuse ?
Parce quâĂȘtre mĂšre, ce nâest pas rĂ©ussir.
Ce nâest pas tout comprendre, ni tout faire Ă la perfection.
Câest accompagner. Rester, encore et encore .
Câest accueillir sans juger .Â
Ăcouter , faire de lâespace, les regarder avec fiertĂ© , les aimer et oser le leur dire chaque fois que cela traverse mon cĆur .Â
Ă mes filles dont je suis la maman.Â
Ă ma mĂšre dont je suis la fille .Â
De la terrasse, je regarde.
Juste ça.Â
Regarder.
Essaouira dĂ©borde. Elle superpose ,le marchand et le touriste, l'Ă©tudiant et le sage, la djellaba et le Gore-Tex, le muezzin et le podcast dans les oreilles.Â
Des vies si diffĂ©rentes. Et pourtant le mĂȘme ciel venteux au-dessus de tout ça.Â
La mĂȘme lumiĂšre de fin de matinĂ©e sur les remparts blancs.
Le mĂȘme souffle de ville.
Un vieux avec sa poussette remplie de tapis s'arrĂȘte devant la pharmacie. Il plonge la main dans sa djellaba. Sort trois piĂšces. Un long moment s'Ă©coule. Il semble rĂ©flĂ©chirâŠ
Et me voilĂ partie dans une histoire qui raconte ce bout de sa vie.Â
En rĂ©alitĂ©? je n'ai pas la moindre idĂ©e de sa vieâŠmon mental raconte son histoire Ă travers mon regardâŠ
Un groupe de touristes ,marcheurs d'aprĂšs leur look, cherchent quelle ruelle emprunter. Celui qui semble ĂȘtre le guide sort son tĂ©lĂ©phone, hĂ©siteâŠ
Et me voilĂ Ă nouveau dans leur aventure.Â
En rĂ©alitĂ©? je n'ai pas la moindre idĂ©e de leur aventureâŠmon mental lui invente, commenteâŠ
Ă cĂŽtĂ© de moi, deux Ă©tudiantes se sont installĂ©es pour travailler leurs cours. Ăa me rappelle toutes les fois oĂč je m'asseyais dans un cafĂ© Ă Lausanne avec mes notes Ă©talĂ©es devant moi.Â
Me voilĂ encore partieâŠdĂ©cidĂ©ment, mon esprit est fort occupĂ© ce matin pour produire toutes sortes dâhistoiresâŠ
Le vieux a remis ses trois piĂšces dans sa poche.Â
Il est reparti sans entrer dans la pharmacie.Â
Mon histoire s'effondre.Â
La sienne continue, indifférente à moi.
Les marcheurs ont choisi une ruelle.Â
Laquelle, je ne saurai jamais.
Les étudiantes ont ri de quelque chose que je n'entendrai pas.
Ăa me touche. Chaque fois. ProfondĂ©ment.
Tous ces mondes portĂ©s dans un corps, dans un regard, dans une poche avec trois piĂšces.Â
Tout ce que je ne verrai jamais.Â
Tout ce qui se passe derriĂšre des yeux que je croise une fois et puis plus.
Parfois ça fait mal. Une grande douleur ou juste un serrement quelque part dans la poitrineâŠcelui de ne pas pouvoir tout rejoindre.
Et toujours, la mĂȘme question.Â
Quelle place est-ce que je prends, moi, dans cette humanité-là ?
Est-ce que je la traverse en spectatrice depuis ma terrasse ?Â
Ou est-ce que je m'y pose, vraiment ?
J'ai ce choix, chaque matin.Â
Prendre place. Avec un cĆur ouvert, un regard qui ne passe pas Ă cĂŽtĂ©.
Je finis mon café.
Et je me demande si le vieux, les marcheurs et les étudiantes portent eux aussi leurs questions quelque part dans leur monde invisible, tout prÚs du mien...

