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Ose.

Définie par les lignes colorées de mes mots, libérée des intempéries de mes maux,

Elle rayonne.

Vivante dans les Ă©clats de rire de mon cƓur, vibrante Ă  travers les dĂ©clinaisons de mes valeurs,

Elle entonne.

Sertie de milles petites étoiles, à mon ùme accrochée sur une voile,

Elle s’envole.

ParĂ©e d’infimes histoires du temps, mais ne s’accrochant qu’au prĂ©sent,

Elle affole.

IlluminĂ©e par l’espoir, de gants de caresses pour y croire,

Elle s’affirme.

Convaincue de la seule issue possible, dérisoire mais nullement impossible,

Elle confirme.

Que seul l’amour et la beautĂ© dans un monde si dĂ©shonorĂ©, peuvent ĂȘtre Ă  la fois si minuscule et grandiose Et n’exister que par le fait qu’elle OSE.

Jacqueline

Ma place

"OĂč elle est ma place ?"

La phrase est tombée au milieu d'un entretien avec Jacqueline. La femme qui la prononçait venait de raconter ce qui lui arrive quand elle se retrouve au milieu d'un groupe, et cette pensée qui lui vient alors : "Oh là là, mais qu'est-ce que je fous là ? Je vais partir."

Un peu plus loin, elle a dit encore : "Quand mĂȘme, je suis lĂ , on ne se rend pas compte de mes qualitĂ©s."

Ce mot, "place", Jacqueline l'a entendu revenir d'un entretien à l'autre. Chez des femmes qui ont un métier, une famille, des amis, une adresse. Des femmes à qui personne, de l'extérieur, n'irait dire qu'elles n'ont pas de place.

C'est une question d'adolescente, tu ne trouves pas ? À quinze ans, c'est presque normal de se la poser : rien n'est encore dĂ©cidĂ©. Ce qui me frappe, c'est qu'elle revient Ă  cinquante-cinq, intacte, alors que tout semble dĂ©cidĂ© depuis longtemps : le mĂ©tier, la maison, les gens autour. Tout est en place, justement. Sauf elle, parfois.

Je ne vais pas te dire oĂč elle se trouve, cette place. Je ne le sais pas pour toi, et je me mĂ©fie un peu de ceux qui le savent pour les autres.

Je te laisse seulement avec un souvenir Ă  chercher.

OĂč t'es-tu sentie Ă  ta place pour la derniĂšre fois ?

Jean-Marc

Samedi prochain

Une femme l'a dit Ă  Jacqueline :

"
 je ne sais mĂȘme plus quelles sont mes envies."

Elle parlait de se mettre au centre de sa propre vie, et de ne pas savoir comment faire.

Je laisse sa phrase comme elle est. Et je te pose une question, Ă  toi.

Si personne n'avait besoin de toi samedi prochain, que ferais-tu ?

Jean-Marc

Tenir le fil de ma vie

Je marche sur le fil de ma vie, pas aprĂšs pas.

Mon regard est fixĂ© sur l’horizon, car je sais que si je regarde ailleurs trop longtemps, je risque de perdre l’équilibre. Le fil n’est pas toujours stable : parfois il tremble, parfois il s’amincit, parfois il semble disparaĂźtre sous mes pieds. Pourtant, il est lĂ , tendu entre mon prĂ©sent et l’avenir qui m’attend.

Je me sens parfois dĂ©sĂ©quilibrĂ©e, entre mes rĂȘves et une forme de rĂ©alitĂ© qui me rattrape. La part de cette rĂ©alitĂ© m’enferme dans des schĂ©mas que je me connais mais dont je ne veux plus.

Tenir ce fil me demande de la rigueur : revenir Ă  moi quand tout s’agite autour, garder mon cap mĂȘme quand les voix extĂ©rieures voudraient me dĂ©tourner.

Cela me demande aussi de la confiance : confiance que chaque pas est juste, confiance que ce qui m’attend au bout du fil saura m’accueillir et que je saurai l’accueillir Ă  mon tour. Les tentations sont nombreuses. Le brouhaha du monde me murmure de regarder ailleurs, de me laisser distraire. Mais je sais que mon Ă©quilibre se trouve dans la fidĂ©litĂ© Ă  mon intention profonde.

À chaque fois que je reviens à mon fil, je retrouve ma force, mon axe, mon souffle.

Tenir le fil de ma vie, ce n’est pas me couper des autres. C’est marcher avec eux, mais depuis mon centre. C’est honorer qui je suis, en avançant malgrĂ© la peur, malgrĂ© les doutes avec le plus de dĂ©termination et de clartĂ© possible.

Aujourd’hui, au bout du fil, il n’y a pas seulement le but Ă  atteindre, l’endroit oĂč arriver. Il y a moi, pleinement rencontrĂ©e.

Jacqueline

Forte

Fin d'une retraite Renaßtre, dans le désert. Nous demandons à Sophie ce qu'elle a cultivé pour elle pendant la semaine.

Elle répond ceci :

"Je reviens toujours au mĂȘme mot : j'ai cultivĂ© beaucoup de douceur, parce que ce qu'on me dit tout le temps, c'est que : 'Sophie, toi, c'est bon, tu es forte'. On est fort en maths quand on fait beaucoup de maths et on est fort dans la vie quand on a un peu souffert. Donc ce n'est pas vraiment une rĂ©fĂ©rence. Je suis beaucoup plus douce que forte."

J'aime beaucoup son histoire de maths. Fort en maths à force d'en faire, forte dans la vie à force d'en baver. Dit comme ça, le compliment change de goût.

"Tu es forte." C'est dit gentiment, presque toujours, et ça clÎt la conversation.

Sophie, elle, avait un autre mot en réserve. Elle l'a dit à voix haute à la fin de sa semaine de désert.

Quel mot dirais-tu de toi, si "forte" n'était plus disponible ?

Jean-Marc

À cette heure

Écrit avant de partir.

À cette heure, si tout se dĂ©roule comme prĂ©vu, nous marchons. Jacqueline, moi, le groupe, et l'Ă©quipe marocaine qui nous guide. Sans rĂ©seau.

Je ne sais rien de cette journée, je ne l'ai pas encore vécue. Je ne vais donc rien t'en raconter.

Jean-Marc

Si tu m’aimes, ne me rĂ©pare pas !

Lorsque la tristesse m’envahit, que je me sens sombrer, que le sol se dĂ©robe sous mes pieds, ne me rĂ©pare pas.

Donne-moi de la tendresse, de la présence et du calme afin que je puisse traverser mon chagrin et reprendre mon souffle.

Lorsque la colĂšre m’envahit, que je pourrais hurler, tout casser, m’en aller, ne me rĂ©pare pas.

Offre-moi de l’espace, de l’amour et de l’écoute afin que je puisse vivre ma colĂšre sans en avoir peur, sans me dĂ©tester, sans m’en vouloir.

Lorsque la joie m’envahit, que les limites entre rĂȘves et rĂ©alitĂ© s’emmĂȘlent, que tout semble dĂ©cousu, fou et insolite, ne me rĂ©pare pas.

RĂȘve avec moi, fais-moi danser, laisse le temps me dĂ©fier afin que je puisse vivre ma joie, sans la brimer, sans la contenir, sans devoir la justifier.

Lorsque la frustration m’envahit, que mon corps s’enferme et que mes pensĂ©es se figent, ne me rĂ©pare pas.

Permets-moi d’apprivoiser cette Ă©motion, de lui faire de la place, de la laisser s’exprimer sans la condamner afin que je puisse m’accueillir dans cette part d’ombre.

Lorsque je ne m’aime pas, ne me rĂ©pare pas.

Prends-moi dans tes bras et donne-moi du temps, de l’affection et du respect afin que je puisse trouver seule en moi le chemin retour vers mon estime.

Si tu m’aimes 


Jacqueline

Fin d'aprĂšs-midi

Un matin, la banque m'appelle en urgence.

J'ai vingt-six ans. Je suis gĂ©rant minoritaire d'une petite entreprise de conseil en placement immobilier, associĂ© avec trois autres personnes. La voix au tĂ©lĂ©phone m'annonce que les comptes sont dans le rouge. À sec.

L'un des trois les a vidés.

J'appelle un autre associĂ©, nous fonçons. Nous arrivons devant sa maison en fin d'aprĂšs-midi. Des affaires abandonnĂ©es sur le trottoir, l'intĂ©rieur quasiment vide, et lui nulle part. Il y aura une enquĂȘte de gendarmerie. Personne ne le retrouvera jamais.

Je m'effondre dans ma voiture. Le souffle court, le cƓur qui cogne.

Ce n'est pas une crise de panique. Je sais à quoi elles ressemblent, et celle-là n'en était pas une. C'était plus simple, et pire.

Cet homme était plus ùgé que moi. Depuis quelques mois il était mon mentor, c'est lui qui m'avait embarqué dans l'aventure. Ce que j'ai ressenti là, sur ce siÚge, porte un nom précis : la trahison.

Je voudrais pouvoir te dire que je me suis redressé, que j'ai respiré profondément et que j'en ai tiré une belle leçon avant la tombée de la nuit. Rien de tout ça. Ce jour-là, je n'ai pas tenu. Et les mois qui ont suivi ont été une descente aux enfers.

Ce qui m'a relevé, je te le raconte bientÎt.

Quel jour n'as-tu pas tenu, et qui l'a su ?

Jean-Marc

Celle qui a toujours une solution

Une femme nous a écrit cette phrase, à Jacqueline et à moi :

"J'étais celle qui savait, celle qui a toujours une solution, celle qui réussit à sortir de n'importe quelle épreuve grandie."

Elle parlait d'un rÎle, et elle ajoutait qu'il l'avait épuisée.

Je voudrais juste regarder ce qu'il y a derriĂšre, parce que c'est un travail, et que personne ne le voit.

Celle qui a toujours une solution, c'est celle que tout le monde appelle. À n'importe quelle heure. Elle Ă©coute, elle trie, elle trouve, elle rassure, elle garde pour elle ce qui lui a Ă©tĂ© confiĂ©, et elle raccroche. Puis elle retourne Ă  sa journĂ©e, qui n'attendait pas. Personne ne se demande oĂč elle a pris l'Ă©nergie. Elle l'avait, puisqu'elle l'a donnĂ©e. VoilĂ  le raisonnement.

Et comme elle s'en sort toujours, plus personne ne vérifie.

Une autre l'a dit Ă  Jacqueline :

"Il n'y a jamais personne qui me pose de questions. Puis quand ils m'en posent, ils n'écoutent pas."

J'ai seulement une question, et tu n'es pas obligée d'y répondre vite.

Qui te demande, à toi, comment tu vas, et attend la réponse ?

Jean-Marc

Responsable plutĂŽt que coupable

Je remarque comment j’ai durant longtemps eu tendance à confondre les deux.

DĂšs qu’une situation se tend, qu’un mot dĂ©passe, qu’un lien s’effrite, mon premier rĂ©flexe est souvent de chercher Ă  qui la faute.

Et bien souvent, cette flĂšche, je la tourne contre moi.

La culpabilitĂ© a ce goĂ»t amer du j’aurais dĂ» mieux faire
j’aurais pu continuer
 je n’aurais pas dĂ» faire ce choix, prendre cette dĂ©cision, et j’en passe


Elle pĂšse dans ma poitrine, rĂ©trĂ©cit mon souffle, Et enferme l’histoire dans un passĂ© figĂ©.

Elle ne rĂ©pare rien, mais elle occupe tout l’espace. Être responsable, c’est autre chose.

C’est garder mon cƓur ouvert, mĂȘme quand c’est inconfortable.

C’est reconnaĂźtre que mes gestes, mes choix ont des consĂ©quences, sans nous Ă©craser sous leur poids.

C’est dire : oui, j’ai participĂ© Ă  ce qui est lĂ  et maintenant, que puis-je en faire ?

La responsabilitĂ© n’accuse pas, elle relie.

Elle remet du mouvement lĂ  oĂč la culpabilitĂ© fige. Elle invite Ă  comprendre, Ă  ajuster, Ă  grandir.

Elle donne du sens Ă  ce qui aurait pu n’ĂȘtre qu’une faute. Peut-ĂȘtre que la maturitĂ© Ă©motionnelle, c’est ça : apprendre Ă  se tenir debout au milieu de nos imperfections, sans fuir, sans se condamner.

Regarder nos maladresses comme des fragments d’humanitĂ©. Et quand vient ce moment oĂč l’on se surprend Ă  dire :

Je me sens responsable plutît que coupable, alors quelque chose s’apaise.

Le corps respire un peu plus librement. Le cƓur retrouve sa place.

Jacqueline