La complicité
La complicité est ce fil invisible qui tisse les ùmes et éclaire mes jours.
Elle se cache dans un regard volĂ© au silence, dans un Ă©clat de rire qui fend la nuit, dans une main qui effleure lâautre sans avoir besoin de mots.
Elle est lĂ , dans ces petits riens qui font tout : partager un cafĂ© encore fumant, se frĂŽler en cuisinant, sâendormir dos Ă dos et rĂȘver, ensemble.
Câest dans la simplicitĂ© des gestes quâelle grandit ; un clin dâĆil au dĂ©tour dâun couloir, une chanson fredonnĂ©e quâon reconnaĂźt et reprend en chĆur. Elle se nourrit dâinstants ordinaires qui deviennent prĂ©cieux parce quâils sont partagĂ©s. Une danse improvisĂ©e dans la cuisine, un regard complice face Ă une anecdote que nous seuls comprenons, un fou rire au milieu des courses.
Mais la complicitĂ©, câest aussi cette lumiĂšre douce qui Ă©claire mes jours plus gris.
Savoir offrir une Ă©coute patiente, deviner les silences et ne pas avoir peur de les habiter. Câest apprendre Ă marcher cĂŽte Ă cĂŽte, mĂȘme quand les pas sont hĂ©sitants, mĂȘme quand les routes divergent un instant.
Elle nâexige rien mais donne tout. Elle ne se force pas, elle se tisse. Elle demande quâon la cultive comme un jardin secret, quâon lâarrose de confiance et de curiositĂ©. Et lorsquâelle sâĂ©panouit, elle devient refuge et promesse.
Dans lâamour, la complicitĂ© est ce qui transforme le quotidien en voyage. Elle est cette main tendue pour traverser les tempĂȘtes et cet Ă©clat dâĂ©toile dans les nuits trop noires.
Grandir Ă deux, câest savoir que je ne suis jamais seule. Câest marcher ensemble, le cĆur lĂ©ger, vers tout ce qui reste Ă rĂȘver.
à notre complicité et nos fous rires !
Jacqueline
Je ne suis pas une bonne mĂšre
Et soudain mon ventre sâagite, grogne, discute, commente, avant mĂȘme que mon mental ne mette son grain de sel avec des mots qui font mal.
Mon ventre est le centre de mes émotions.
Je le sais. Jâai appris avec le temps Ă lâĂ©couter. Ă lâaccueillir. Mon ventre est mon monde. Le mien, pas celui de quelquâun dâautre derriĂšre lequel je pourrais me cacher.
Je me suis longtemps coupĂ©e de mon monde et jâai agis le monde Ă lâextĂ©rieur. Aujourdâhui jâessaie le plus souvent possible et du mieux que je peux de ressentir mon monde et mes Ă©motions.
Jâai la croyance que je ne suis pas une bonne mĂšre.
Jâai fait des choix. Difficiles. LibĂ©rateurs. Douloureux. Salvateurs.
Puis dans tout ce magma incandescent, la culpabilitĂ© sâest immiscĂ©e.
Je lâai laissĂ©e faire. Comme sâil Ă©tait plus facile de la laisser me grignoter, mâenflouter.
Je lui ai cĂ©dĂ© de la place, je lâai utilisĂ©e, je lui ai donnĂ© du pouvoir.
Heureuse dâavoir un tel espace elle a embarquĂ© avec elle la honte, la tristesse et la peur. Mais aussi la colĂšre et le dĂ©goĂ»t.
Et elle sâest rappelĂ©e Ă mon bon souvenir si souventâŠ
Jacqueline
Je le vois. Il me voit.
Je ne me lasse pas de plonger mon regard dans ses yeux. Je vois toute la lumiĂšre, douce et forte Ă la fois, de son Ăąme qui y brille, comme un soleil. Jây vois lâespĂ©rance de lâaube et la gratitude du crĂ©puscule.
Tout en moi se met Ă vibrer lorsque nos regards se relient, comme si tout ce temps mes yeux avaient cherchĂ© Ă voir, sans y parvenir vraiment. Comme si j'avais Ă©tĂ© aveugle de moi-mĂȘme... Je le vois. Il me voit. Nous nous voyons. Jusqu'au bout de nos mondes.
AccrochĂ©s Ă son cĆur ses yeux me caressent, me scrutent et mâouvrent grand cet espace intĂ©rieur dans lequel aucune sĂ©paration nâexiste entre lui et moi. Reflet de son Ăąme, miroir de moi-mĂȘme je vois luire lâĂ©tincelle primordiale qui illumine lâexistence tout entiĂšre, comme un brasier dâAmour qui nous consume jusquâĂ mon essentiel.
Je ressens lâinspiration cĂ©leste qui pousse au premier cri qui nous donne la vie, puis la sĂ©rĂ©nitĂ© puissante de la premiĂšre expiration qui nous propulse dans le monde.
J'ai la sensation, à chaque fois, de me retrouver au début de mon histoire.
A la définition la plus dénudée de mon essence.
Une forme originelle de moi dans laquelle son regard permet toute l'expansion de ce qui me construit.
Je ne doute pas que tout cela soit vrai tellement jâen ressens la force.
Quelque chose tressaille en moi lorsque son regard se pose dans le mien.
Comme si quelque chose bougeait littĂ©ralement dans le miroir, produisant en moi Ă la fois lâimmense sensation dâĂȘtre enfin vue telle que je suis et, en mĂȘme temps, un sentiment mĂȘlĂ© de gĂȘne et de dĂ©sir que cela ne cesse jamais.
Je pourrai alors mâeffondrer sur place, comme transpercĂ©e par une flĂšche de vĂ©ritĂ©, et avoir envie de me cacher et de fuir.
Non pas pour ne plus ĂȘtre vue mais, comme un petit enfant mal cachĂ© par un meuble, pour mâassurer que ce regard sait me retrouver tout en niant naĂŻvement le fait quâil le puisse le faire.
Et puis je recommencerais encore et encore en riant...
Jacqueline
Je laisse derriĂšre moi.
Je laisse derriĂšre moi la blessure de mon corps pris sans mon consentement il y a 10 ans. Cette nuit-lĂ jâĂ©tais couchĂ©e Ă cĂŽtĂ© de lui, en sous-vĂȘtements. Cela faisait plus de 10 ans que nous nous nâĂ©tions pas revus. Pas une nouvelle, pas un mot. Chacun avait sa vie et câĂ©tait bien ainsi.
Par le passĂ© nous nous sommes aimĂ©s. Nous nâavons pourtant jamais franchi le pas de faire lâamour ensemble. Notre relation semblait Ă©maner de nos Ăąmes et non de nos corps.
Mais cette nuit-lĂ tu mâas dit : on se le doit bien.
Et je me suis laissĂ© faire. HabitĂ©e par un sentiment de culpabilitĂ© que tu ais dĂ» attendre tant dâannĂ©es, encore et encore, je nâai rien dit.
Jâai laissĂ© faire.
Jâai pleurĂ©, mais tu nâas pas vu mes larmes. Ou peut-ĂȘtre les as-tu vus mais tu ne mâas pas demandĂ© quelle Ă©tait leur origine. Jâai coupĂ© les sensations de mon corps, jâai Ă©teint mes Ă©motions pour ne pas plonger. Jâai mis mon corps en hibernation, en sommeil pour oublier. Jâai Ă©tĂ© complice de ma propre souffrance, soumise Ă ton dĂ©sir, perdue dans ce courage que je nâavais pas, de te dire, stop.
On se le doit bien ! MĂȘme si je comprenais le sens de ta phrase et que le « on » nâavait pas dâĂ©quivoque, Ă aucun moment tu ne mâas demandĂ© si jâĂ©tais prĂȘte, moi, Ă tâaccueillir. Parce quâen vĂ©ritĂ© je nâĂ©tais pas comprise dans le « on ». Tu Ă©tais seul avec ton dĂ©sir, jâĂ©tais seule avec mon chagrin et ma faiblesse de ne pas rĂ©ussir Ă dire non.
Les annĂ©es ont passĂ© et le souvenir de cette nuit est allĂ© se loger dans mes profondeurs, lĂ oĂč il ne referait pas surface. Du moins le croyais-jeâŠ
Un homme, ami prĂ©cieux et cher Ă mon cĆur, me permet une premiĂšre fois de raconter cette histoire. Je rĂ©alise alors lâampleur de mon chagrin. La trahison. La chute vertigineuse de mon corps vers lâoubli.
Le temps passe Ă nouveau. Je chemine, inconsciemment.
La rencontre avec lâhomme avec lequel je vis aujourdâhui, rĂ©pare centimĂštre par centimĂštre les bouts de moi encore dĂ©chirĂ©s. Sa douceur infinie, son immense respect, sa patience me permettent de me trouver en confiance avec mon corps Ă qui je pardonne, Ă qui je donne enfin de lâamour. Je me rĂ©concilie avec ma fĂ©minitĂ©. Jâose, fois aprĂšs fois oublier, sortir de mon mental et permettre Ă mon corps de ne plus ĂȘtre sĂ©parĂ© de mon cĆur et de mon Ăąme.
Le temps me pose. Le temps me parle. De reconstruction, dâacceptation, de pardon.
Une plante mĂ©dicinale dâAmazonie, me reconnecte, bien malgrĂ© moi Ă cette nuit-lĂ . Je rĂ©alise que la blessure est toujours lĂ . Pourtant le chagrin a disparu. Subsiste le fait que tu nâes pas au courant de ce que jâai vĂ©cu cette nuit-lĂ . Il me vient alors lâĂ©vidence que pour terminer cette histoire il faut que je puisse te dire les choses telles quâelles ont Ă©tĂ© pour moi. Je me sens prĂȘte, sĂ»re et dĂ©terminĂ©e.
La nuit avant notre rendez-vous mon corps sâagite.
Tu es lĂ , en face de moi et je retrouve lâami que tu as toujours Ă©tĂ©. Lâamour que je tâai portĂ© sâest effacĂ© lui depuis longtemps mais il reste la connexion que nous avons toujours eue.
Je te dĂ©pose mon histoire, simplement. Avec autant de douceur et de justesse que possible je te fais dĂ©couvrir cette fĂȘlure tatouĂ©e dans ma chair.
Tu tombes dans un abĂźme.
Tu me demandes pardon. Tu demandes pardon Ă mon corps, Ă mon cĆur et Ă mon esprit.
Je te pardonne.
Je tâai pardonnĂ© depuis longtemps.
Je garde la fĂȘlure en moi mais je ne la cache plus. Elle fait partie intĂ©grante de moi, de la femme que je suis.
Je suis pleine de gratitude dâĂȘtre allĂ©e jusquâau bout de mon histoire. Ta demande de pardon apaise les derniĂšres cendres qui sont dĂ©jĂ en train de sâĂ©teindre.
Je mâen vais et je laisse derriĂšre moi cette nuit de viol.
Jacqueline
Lettre ouverte Ă mon cĆur
Jacqueline,
Tu peux te permettre deâŠ
Tu peux te permettre de laisser ton souffle devenir plus lourd, plus vrai, plus vivant.
Tu peux te permettre de sentir, lĂ oĂč le thorax sâouvre Ă peine, cette vibration minuscule qui ressemble Ă un frĂ©missement dâaile.
Tu peux te permettre de laisser monter ce qui monte, mĂȘme si tu ne sais pas lui donner un nom, mĂȘme si tu nâas pas dâhistoire Ă raconter, mĂȘme si tu ne comprends pas pourquoi ça cogne, pourquoi ça presse, pourquoi ça cherche la sortie.
Jacqueline,
Tu peux te permettre de pleurer. Pas pour expliquer.
Pas pour justifier.
Pas pour prouver que tu souffres, que tu es triste, que tu traverses quelque chose de visible. Tu peux te permettre de pleurer simplement parce que ton corps le demande.
Parce quâil sait mieux que toi quand il est temps de relĂącher, de dĂ©lier les fils, de dĂ©crocher les Ă©pingles plantĂ©es dans la cage thoracique.
Tu peux te permettre de pleurer pour ouvrir une porte que tu avais refermĂ©e sans le vouloir, pour laisser couler la part de toi qui nâa plus envie dâĂȘtre retenue.
Tu peux te permettre de laisser des larmes couler sans honte, sans retenue, sans te tenir droite, impeccable, forte Ă tout prix.
Tu peux te permettre dâĂȘtre humaine, entiĂšrement humaine, avec ta douceur, tes vulnĂ©rabilitĂ©s, tes Ă©lans et tes silences.
Tu peux te permettre de pleurer parce que câest une maniĂšre de dire :
« Je suis vivante. Je traverse. Jâavance. Je laisse tomber ce qui pĂšse. » Et Ă toi qui lis ces mots,
Toi qui depuis longtemps retiens ton souffle pour ne pas fissurer la façade, toi qui avales tes sanglots pour rester solide, fiable, impeccableâŠ
Toi qui associes encore les larmes à un effondrement, à une faiblesse, à un risque⊠Toi aussi, tu peux te permettre.
Tu peux te permettre de laisser lâeau remonter du dedans comme une source oubliĂ©e.
Tu peux te permettre de laisser ton visage se mouiller sans tâexcuser.
Tu peux te permettre de te montrer vraie, mĂȘme si le monde ne tâa pas appris Ă le faire. Tu peux te permettre de dire :
« Ăa dĂ©borde, et câest bon signe. Ăa circule. »
Jacqueline, tu peux te permettre de pleurer pour accueillir ta nouvelle vie.
Et toi qui lis, tu peux te permettre de pleurer pour accueillir la tienne.
Parce quâil nây a pas de force plus grande que celle dâun ĂȘtre humain qui se laisse traverser par sa propre vĂ©ritĂ©.
Jacqueline
Intimité et vulnérabilité.
Deux mots que je nâaurais pas mis ensemble avant ce soir. Et pourtantâŠ.
LâintimitĂ© se chuchote, se dĂ©cline en milles couleurs chaudes. Elle est pour moi douce et sĂ©curisante, poĂ©tique et simple.
La vulnĂ©rabilitĂ© est lâespace dans lequel mon esprit se rĂ©fugie quand mon corps ne trouve pas son accord pour exister dans la sĂ©curitĂ©, ou dans la bonne conjugaison entre cĆur et corps.
LâintimitĂ© est faite de confiance. La vulnĂ©rabilitĂ© est faite de doutes.
Câest dans mon intimitĂ© que je me sens le plus vulnĂ©rable.
Câest dans mon intimitĂ© je nâarrive pas Ă conjuguer mon corps et mon cĆur.
Mon esprit me joue des tours jour aprĂšs jour. Jâai beau le condamner, lui demander de me laisser explorer mon intimitĂ©, il est plus fort que moi.
Câest parce que je me sens vulnĂ©rable, que mon esprit prend le dessus.
Aujourdâhui je veux accepter ma vulnĂ©rabilitĂ© dans mon intimitĂ©.
Pas comme celle qui me condamne mais comme celle qui me libĂšre. Comme lâacte le plus loyal que je pose Ă mon Ă©gard. Comme le cadeau de ma libertĂ© de devenir la femme que je suis.
Sois.
Sois tĂ©moin de ma propre rĂ©conciliation avec moi-mĂȘme.
Sois présent dans mes tourments comme dans mes élans.
PrĂȘte-moi ta douceur pour que je mâenvole.
Offre-moi ta finesse, ta patience pour que je puisse éclore, enfin.
Jacqueline
Je déborde
Il y a des soirs oĂč le monde entier semble loger sous ma peau.
Une densitĂ© palpable, presque trop lourde Ă porter, comme si chaque Ă©motion avait dĂ©cidĂ© dây inscrire son empreinte, une Ă une, au fil des heures.
Ce soir, je suis remplie jusquâau bord, dĂ©bordante mĂȘme, dâavoir traversĂ© mille paysages intĂ©rieurs, chacun plus intense que le prĂ©cĂ©dent.
La tristesse a laissĂ© des sillons, lâinquiĂ©tude un frisson dans ma poitrine, mais la paix a glissĂ© un souffle doux entre les ombres. La tendresse, elle, a effleurĂ© mes joues, un baume fugace. Confiance, authenticitĂ©, loyauté⊠ces compagnons lumineux mâont tenu la main, mais sans chasser le tumulte.
Je suis le champ de bataille et le refuge, lâorage et lâĂ©claircie.
Chaque recoin de mon corps murmure lâhistoire de cette journĂ©e. Un rĂ©cit confus mais vivant, oĂč les couleurs se mĂȘlent, oĂč les Ă©clats de lumiĂšre dansent avec les ombres. Ce soir, je ne veux pas trier, je ne veux pas comprendre. Je rĂȘve juste dâun refuge. Une grotte douce et silencieuse, tapissĂ©e de mousse.
LĂ , je mâimagine, blottie dans les bras de mon amoureux. Tout sâarrĂȘte. Plus besoin de porter, plus besoin de traverser. Juste ĂȘtre, laisser chaque Ă©motion retomber en douceur, redevenir poussiĂšre ou lumiĂšre.
Et peut-ĂȘtre, dans ce cocon de calme, sentir Ă nouveau lâessentiel : la vie, brute et dense, qui fait battre mon cĆur.
Jacqueline
Le cĆur dâabord, les doutes ensuite
Il y a des soirs oĂč je vous regarde, mes filles, marcher dans le monde avec cette façon singuliĂšre dâavancer : le cĆur dâabord, les doutes ensuite.
Et je me surprends Ă revenir en arriĂšre, Ă retrouver en vous la fibre vive de mes propres combats, ceux que je croyais avoir rangĂ©s quelque part entre lâĂąge adulte et la fatigue. Mais vous ĂȘtes lĂ , debout, Ă questionner, Ă crĂ©er, Ă refuser les Ă©vidences qui abĂźment, Ă protĂ©ger ce qui respire encore.
Vous ĂȘtes ce rappel : on ne renonce jamais vraiment Ă sa part brĂ»lante. Votre engagement ranime mes braises anciennes.
Il me fait retrouver la jeune femme que jâĂ©tais, les poings serrĂ©s parfois, le cĆur ouvert toujours. Celle qui croyait quâun geste pouvait compter, quâune voix pouvait dĂ©placer les lignes, quâun simple refus pouvait dĂ©jĂ ĂȘtre une forme dâamour.
Je vous regarde, et je reconnais cette Ă©nergie-lĂ , cette urgence douce qui pousse Ă agir parce quâon ne supporte pas lâinjustice, parce que le monde demande mieux que notre silence.
Lâespoir, vous me lâapprenez encore.
Pas lâespoir naĂŻf, pas celui qui attend sans bouger. Non. Lâespoir qui sâentĂȘte.
Celui qui cherche du sens dans ce qui nâen a pas, qui traverse lâabsurde comme on traverse une nuit trop longue.
Lâespoir qui dit : âContinue. MĂȘme si ça tremble. Continue.â
Câest un fil que vous tendez entre votre gĂ©nĂ©ration et la mienne, un fil de rĂ©sistance, de luciditĂ©, de tendresse.
Parce quâil en faut, de la tendresse, de la poĂ©sie et de lâamour pour faire face Ă un monde qui parfois ne sait plus trĂšs bien oĂč il va.
Il faut du courage, aussi, et vous en avez.
De celui qui naßt dans les gestes minuscules : choisir, dire non, réparer, créer, aimer malgré tout.
Et je vous souhaite de ne jamais laisser sâĂ©teindre cette flamme-lĂ .
De choisir une cause, une lutte, un espace oĂč poser votre voix, votre art, votre prĂ©sence. Pas pour devenir des hĂ©roĂŻnes.
Mais parce que sâengager, câest rester vivante.
Câest oser rĂȘver et affirmer que rien nâest encore jouĂ©, que le monde peut ĂȘtre modelĂ©, amendĂ©, adouci. Que la paix puisse encore triompher, que le pardon est plus fort que tous les combats.
Câest dire : âJe suis lĂ . Et ça compte.â Vous ĂȘtes mes rappels dâhorizon.
GrĂące Ă vous, je me souviens que le sens ne se trouve pas toujours âŠparfois, il se fabrique.
à force de gestes, de rencontres, de fidélité à ce qui brûle juste. Continuez, mes filles.
Continuez Ă chercher lâinfime, lâessentiel, lâinvisible.
Continuez à vous engager pour ce qui dépasse vos vies, et qui pourtant leur donne tout leur poids.
Et sachez que derriĂšre chaque pas que vous faites, il y a le souffle ancien de mes propres combatsâŠqui renaĂźt Ă travers vous.
Jacqueline
Il est des jours.
Des jours de joie, des jours de tristesse, des jours de folie, comme des jours qui ankylosentâŠdes jours alignĂ©s et des jours oĂč ma tĂȘte, mon corps et mon cĆur semblent faire chambre Ă part.
Des jours oĂč mon pied gauche me pousse dans une direction surprenante dĂšs le matin, des jours oĂč sortir du lit semble un combat.
Des jours de tendresse qui ferait pĂąlir les Ă©toiles, des jours oĂč nos ombres prennent plus de place quâespĂ©rĂ©.
Il y aussi ces temps partagĂ©s oĂč mes mots partent de travers, blessent, font Ă©cho Ă ces parts en manque de reconnaissance ou dâamour en moi.
Ces fois oĂč ĂȘtre Ă tes cĂŽtĂ©s, nâest autre quâavoir la capacitĂ© dâaccueillir en silence ce qui est douloureux pour toi.
Il est des jours oĂč notre amour semble pouvoir sâexpanser tout autour de nous, dĂ©placer des montagnes, changer le monde, rejoindre chacun et chacune.
Et les jours, plus intĂ©rieurs oĂč lâamour fait vĆu de silence pour vivre, se part de discrĂ©tion et se dĂ©voile dans le secret de la confidence et de la confiance.
Il y a surtout, chaque jour, Ă tes cĂŽtĂ©s, le privilĂšge de tâaimer.
Du mieux que je peux.
Avec tendresse, avec passion, avec dĂ©termination, avec fougue et folie, avec douceur. Mais aussi avec mes failles, mes propres blessures, mes combats Ă mener, mes espoirs et mes rĂȘves, mes dĂ©fauts, mes incohĂ©rencesâŠ
Il est des joursâŠcomme celui-ci qui honore ta venue au monde.
Et je me sens infiniment privilĂ©giĂ©e dâĂȘtre aujourdâhui la femme qui tâaccompagne.
Jacqueline
Hier aux urgences dâEssaouiraâŠ
Une salle dâattente, câest un endroit oĂč le temps nous regarde.
Pas nous qui le regardons. Pas nous qui le tenons.
Lui, qui nous observe.
Lui, qui nous rappelle que nous ne dĂ©cidons pas de tout. Lui, qui nous ramĂšne Ă lâessentiel.
LĂ , assise avec ces inconnus silencieux, jâai senti quâil y avait comme un accord tacite entre nous.
Un pacte fragile, fait de fragilité partagée.
Ici, personne ne joue Ă ĂȘtre plus fort, plus occupĂ©, plus important. On est tous lĂ pour la mĂȘme chose : attendre que ça aille mieux.
Et soudain, ce qui pourrait ĂȘtre un âentre-deuxâ angoissant devient un espace presque sacrĂ©.
Un moment suspendu oĂč chacun dĂ©pose, pour quelques instants, son rĂŽle, son costume, son histoire.
Une microscopique communautĂ© Ă©phĂ©mĂšre se forme, sans se parler, simplement en respirant le mĂȘme air un peu inquiet.
Et dans ce temps ralenti, jâai remarquĂ© autre chose :
Les salles dâattente ont cette capacitĂ© Ă©trange Ă rĂ©vĂ©ler en nous une qualitĂ© quâon exerce trop peu :la patience courageuse. Celle qui nâest pas rĂ©signation, ni fuite, ni passivitĂ©.
Mais un choix :
Celui de rester lĂ , entier, prĂ©sent, malgrĂ© lâincertitude. Hier, jâai attendu.
Mais jâai surtout appris.
Que parfois, ne pas scroller, ne pas courir, ne pas savoir, ne pas bougerâŠcâest une façon dâhonorer la vie. MĂȘme quand elle fait un peu mal.
Jacqueline
