Je laisse derrière moi.
Je laisse derrière moi.
Je laisse derrière moi la blessure de mon corps pris sans mon consentement il y a 10 ans. Cette nuit-là j’étais couchée à côté de lui, en sous-vêtements. Cela faisait plus de 10 ans que nous nous n’étions pas revus. Pas une nouvelle, pas un mot. Chacun avait sa vie et c’était bien ainsi.
Par le passé nous nous sommes aimés. Nous n’avons pourtant jamais franchi le pas de faire l’amour ensemble. Notre relation semblait émaner de nos âmes et non de nos corps.
Mais cette nuit-là tu m’as dit : on se le doit bien.
Et je me suis laissé faire. Habitée par un sentiment de culpabilité que tu ais dû attendre tant d’années, encore et encore, je n’ai rien dit.
J’ai laissé faire.
J’ai pleuré, mais tu n’as pas vu mes larmes. Ou peut-être les as-tu vus mais tu ne m’as pas demandé quelle était leur origine. J’ai coupé les sensations de mon corps, j’ai éteint mes émotions pour ne pas plonger. J’ai mis mon corps en hibernation, en sommeil pour oublier. J’ai été complice de ma propre souffrance, soumise à ton désir, perdue dans ce courage que je n’avais pas, de te dire, stop.
On se le doit bien ! Même si je comprenais le sens de ta phrase et que le « on » n’avait pas d’équivoque, à aucun moment tu ne m’as demandé si j’étais prête, moi, à t’accueillir. Parce qu’en vérité je n’étais pas comprise dans le « on ». Tu étais seul avec ton désir, j’étais seule avec mon chagrin et ma faiblesse de ne pas réussir à dire non.
Les années ont passé et le souvenir de cette nuit est allé se loger dans mes profondeurs, là où il ne referait pas surface. Du moins le croyais-je…
Un homme, ami précieux et cher à mon cœur, me permet une première fois de raconter cette histoire. Je réalise alors l’ampleur de mon chagrin. La trahison. La chute vertigineuse de mon corps vers l’oubli.
Le temps passe à nouveau. Je chemine, inconsciemment.
La rencontre avec l’homme avec lequel je vis aujourd’hui, répare centimètre par centimètre les bouts de moi encore déchirés. Sa douceur infinie, son immense respect, sa patience me permettent de me trouver en confiance avec mon corps à qui je pardonne, à qui je donne enfin de l’amour. Je me réconcilie avec ma féminité. J’ose, fois après fois oublier, sortir de mon mental et permettre à mon corps de ne plus être séparé de mon cœur et de mon âme.
Le temps me pose. Le temps me parle. De reconstruction, d’acceptation, de pardon.
Une plante médicinale d’Amazonie, me reconnecte, bien malgré moi à cette nuit-là. Je réalise que la blessure est toujours là. Pourtant le chagrin a disparu. Subsiste le fait que tu n’es pas au courant de ce que j’ai vécu cette nuit-là. Il me vient alors l’évidence que pour terminer cette histoire il faut que je puisse te dire les choses telles qu’elles ont été pour moi. Je me sens prête, sûre et déterminée.
La nuit avant notre rendez-vous mon corps s’agite.
Tu es là, en face de moi et je retrouve l’ami que tu as toujours été. L’amour que je t’ai porté s’est effacé lui depuis longtemps mais il reste la connexion que nous avons toujours eue.
Je te dépose mon histoire, simplement. Avec autant de douceur et de justesse que possible je te fais découvrir cette fêlure tatouée dans ma chair.
Tu tombes dans un abîme.
Tu me demandes pardon. Tu demandes pardon à mon corps, à mon cœur et à mon esprit.
Je te pardonne.
Je t’ai pardonné depuis longtemps.
Je garde la fêlure en moi mais je ne la cache plus. Elle fait partie intégrante de moi, de la femme que je suis.
Je suis pleine de gratitude d’être allée jusqu’au bout de mon histoire. Ta demande de pardon apaise les dernières cendres qui sont déjà en train de s’éteindre.
Je m’en vais et je laisse derrière moi cette nuit de viol.
Jacqueline
Merci pour ce partage 🙏
Aïcha avec tendresse . J’ai longtemps hésité avant de partager ce texte mais aujourd’hui cela me libère ❤️
Merci Jacqueline. Depuis peu j'avance sur cette voie d'énoncer les fêlures, les fractures, de reprendre contact avec mon corps, mon esprit, mon âme que j’ai laissé malmener. D'avancer vers le pardon. De me pardonner avant tout.
Marie-Ange Colin quel beau chemin. Il n’est jamais trop tard pour prendre soin de ses fêlures en osant les reconnaître , leur faire de la place et pardonner . Le chemin du pardon vers soi permet de guérir son cœur et cela ne dépend de personne d’autre que de soi . C’est un magnifique chemin… pas facile mais libérateur je trouve ❤️
Je te souhaite de continuer à nourrir ce qui te fait du bien , à ton cœur et à ton âme . Merci pour ton retour ⭐️
Merci pour ce partage. J’ai enfoui mes souvenirs mais je sais que la blessure est toujours là. C’était ma 1ere fois
Natasha Minck Une blessure dont tu peux encore aujourd’hui prendre soin ❤️
Jacqueline Fraefel-Terrel Je ne sais pas comment. Peut-être travailler sur ça aussi si je reviens. Bises 😘
Un grand merci Jacqueline pour ce partage, tellement révélateur de ce que l’on permet à l’autre de prendre de nous.
Alice aussi de ce que j’ai permis que l’on prenne de moi …
Merci Jacqueline pour ce témoignage qui va résonner dans le cœur et le corps de certaines… la vie m’a épargné cette blessure 🌟🩷🌸⭐️
Un témoignage fort en émotions qui touche la profondeur de notre âme ; un pardon puissant … j’admire ton intégrité 🩵
Jacqueline, 𝕄𝕖𝕣𝕔𝕚 🙏🥹
Tes mots sont venus réveiller une douleur très ancienne dans mon corps.
Une douleur oubliée, volontairement enfouie au plus profond de moi, une douleur dont je ne pouvais parler à l’époque à laquelle ça s’est produit. Car Oui, j’ai connu une époque où il était normal qu’une femme se soumette, une vieille croyance universelle que la mère m’a transmise, que ma grand-mère a transmis à ma mère.
Au fond de moi, j’étais une rebelle, une sauvage. Je voulais hurler, de toute mon âme, de tout mon corps car ces deux-là savaient que rien de tout ça n’était normal.
J’ai visité cette douleur plusieurs fois au cours de ma vie. En parler ici, dans ce lieu sécurisé est comme une prière à cette douleur.
Alors Jacqueline 𝔾ratitude🥹🙏☺️🌺
Cécile NICOUD avec douceur et tendresse pour cette part de toi que j'enlace ⭐❤️
Merci pour ce témoignage.
De mon côté, la route a été longue pour me reconstruire, effacer la honte que j’avais ressentie, pardonner pour me sentir mieux, libérée. Cette route n’est pas encore finie. Il suffit de peu de chose pour que le corps soit à nouveau en alerte; il a une mémoire, il prévient d’un danger qui n’existe plus. Et c’est aussi ok.
Danielle Collette le chemin prends du temps c'est vrai...je suis heureuse que tu ais pu faire le chemin toi aussi. ❤️