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Une journée qui s’étire comme un chewing-gum oublié sous une table.

Une journée qui s’étire comme un chewing-gum oublié sous une table.

Il est 10h. Enfin, je crois. Peut-être 10h05. Quoi qu’il en soit, c’est la troisième fois que je regarde l’horloge en l’espace de trente secondes. Les aiguilles semblent figées dans une conspiration silencieuse. Le monde est paisible, trop paisible. Pas de feu à éteindre, pas de catastrophe à gérer, rien. Absolument rien. Et pourtant, je suis épuisée. Fatiguée de… quoi ? De l’immobilité du temps, probablement. Même les mouches n’osent pas bourdonner, de peur de troubler cette torpeur infinie.

Une pile de dossiers m’attend sagement, comme un chien fidèle. Je les regarde avec la même énergie qu’un chat contemplant une fenêtre fermée. Inspirée ? Pas vraiment.

Motivée ? Encore moins. Mon cerveau, habituellement en quête d’idées brillantes, tourne au ralenti. Une vraie panne d’inspiration, façon « écran bleu de la créativité ». J’essaye d’écrire, de réfléchir, de faire quelque chose. Mais à chaque tentative, une seule pensée s’impose : “Un chocolat chaud. Sous une couette. Avec un film que j’ai déjà vu dix fois, mais qui réchauffe l’âme comme un vieux pull moelleux.”

Midi. Ah, midi ! L’illusion d’un renouveau. Enfin, je me précipite… pour constater que mon déjeuner, prévisible et triste, ne change rien à cette sensation d’étirement temporel. Même en mâchant lentement, rien n’y fait. Je rêve de m’éclipser, de rentrer chez moi, d’abandonner cette mascarade qu’on appelle une journée. Mais non, je reste, fidèle au poste, un héros tragique de l’ennui moderne.

15h. Je suis convaincue que cette journée durera éternellement. Une boucle temporelle. Le Triangle des Bermudes des heures. Je m’accroche à des petites distractions comme à des bouées de sauvetage : un courriel insignifiant, un regard furtif par la fenêtre. Je rêve maintenant d’un bain chaud, d’une montagne de coussins, de me rouler en boule comme un burrito humain et d’appuyer sur “play”. Qu’importe le film, tant qu’il y a un happy end et des dialogues faciles à réciter par cœur.

17h. La délivrance approche. Enfin, si l’horloge daigne faire preuve d’un minimum de solidarité. Chaque seconde semble peser une tonne, et pourtant, je continue d’espérer. Et puis, miracle : l’heure fatidique arrive. Je sors de là comme un prisonnier qui vient d’être gracié. Chocolat chaud, couette, film… j’arrive.

Ou pas…. Je viens de réaliser que ma journée ne termine qu’à 19h!!!

Jacqueline

Marie-Ange Colin

Le Rien de la fin de l’expir, avant le renouveau ?

sylvia Masson

Cela me rappelle cette année horrible où je me suis retrouvée à un poste administratif sans en connaître vraiment le but ni les objectifs. J'ai remplacé le rêve de la couette et du "bon" film par l'apprentissage de l'italien...