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Assis dans le thym

Assis dans le thym

J'écris ces lignes avant de repartir. Quand tu les liras, Jacqueline et moi serons loin.

Pendant très longtemps, mon corps a été une machine.

Une machine bien entretenue, remarque. Adolescent, c'était compléments alimentaires et sport à haute dose : tennis, volley, hand, athlétisme avec le triple saut pour spécialité, karaté à quinze ans. Je lui demandais de courir, de sauter, de tenir. Je ne lui demandais jamais ce qu'il ressentait. Surtout pas ça.

Et puis il y a eu le lac du Salagou.

J'avais fait un peu de quad, ce qui n'est pas exactement une pratique contemplative. Puis je me suis posé au bord du lac, assis au milieu du thym, des pins et des oliviers. Les cigales, le vent sur la peau, les parfums.

Voilà toute la scène. Elle ne paie pas de mine, et c'est pourtant une des grandes découvertes de ma vie.

Il a fallu la pleine conscience, à la fin des années 2000, pour que j'apprenne à écouter mes sensations. Avant, le vent, je savais qu'il existait. Je savais même plein de choses sur lui. Je ne m'étais simplement jamais arrêté assez longtemps pour le sentir.

Pour l'homme de concepts que j'ai longtemps été, c'était une nouvelle : j'avais une peau. Il m'a fallu tout ce temps pour m'en apercevoir. Couillon, va.

Ce jour-là, mon corps a cessé d'être une machine. Il est devenu un endroit où il se passe des choses.

Quand as-tu senti le vent sur ta peau pour la dernière fois ?

Jean-Marc

sylvia Masson

Souvenir récent en Camargue : admirer l'envol des flamants en sentant le vent sur la peau et en écoutant le frissonnement des joncs. Ce son doux qui, pour moi, est la traduction orale de la sensation sur la peau. Tellement ancrée dans mes sensations et ma contemplation, que je n'ai pris aucune photo et que je n'ai pas senti les piqûres de moustiques