Sortant de chez le coiffeur, je suis rentrée ce soir-là avec l'espérance de recevoir un commentaire de mon homme sur ma nouvelle couleur ou tout du moins sur le fait que ma coiffeuse avait fait des miracles avec ma tignasse.
Mais il n'a rien ditâŠ
Vraiment ? dirait-il en souriant.
Et souriant en retour, je devrais lui donner raison car en réalité il ne m'a pas, rien dit. Il m'a dit ce que je n'attendais pas !
Combien de fois dans ma vie ai-je espĂ©rĂ©, secrĂštement, des commentaires du genre : « oh⊠comme ça te va bien » ou « waouh, t'es belle comme ça ». Plein de fois Ă n'en pas douter.Â
Mais ce soir-lĂ , aprĂšs une sensation de dĂ©ception, il sâest passĂ© quelque chose qui mâa profondĂ©ment marquĂ©e.
Il a levĂ© les yeux de son livre, m'a regardĂ©e âŠvraiment regardĂ©e, et il a dit : « Tu sembles lĂ©gĂšre, ce soir. »
LégÚre.
Pas belle. Pas coiffée. Pas transformée. LégÚre.
Jâai mis quelques secondes Ă comprendre ce qui venait de se passer en moi.Â
Parce que ce mot-lĂ ne parlait pas de mes cheveux.
Il parlait de moi.Â
De ce qu'il avait vu dans ma façon d'entrer, de poser mon sac, de sourire sans raison particuliĂšre.Â
Il avait lu quelque chose que mĂȘme moi je n'avais pas encore nommĂ©.
Combien de fois ai-je confondu ĂȘtre vue et ĂȘtre regardĂ©e ?
Ătre vue, c'est l'affaire d'un miroir.Â
Ătre regardĂ©e, vraiment, c'est l'affaire d'une prĂ©sence.Â
La premiĂšre rassure la surface.Â
La seconde touche quelque chose de plus profond, de plus fragile aussi, ce noyau en moi qui ne se laisse pas coiffer, ni colorer, ni mettre en valeur par une nouvelle coupe.
Ce soir-lĂ , j'ai reçu un compliment que je n'aurais jamais formulĂ© pour moi-mĂȘme.Â
Et paradoxalement, c'est celui qui m'a le plus rejointe, le plus touchĂ©e et celui qui sonnait le plus juste! Car oui, je me sentais lĂ©gĂšre et dans cette lĂ©gĂšretĂ© il y avait de la beautĂ©, de la fiertĂ©, du bonheur, de lâamour de soi.
Peut-ĂȘtre que les mots qui mâatteignent le plus sont prĂ©cisĂ©ment ceux que que je nâai pas espĂ©rĂ© recevoir. Ceux qui arrivent sans que jâai tendu la main. Ceux qui disent non pas ce que jâai fait de moi, mais ce que je suis, malgrĂ© moi, ce jour-lĂ . En toute simplicitĂ©, en toute transparence, avec la justesse qui parle directement Ă mon coeur sans passer par la case attendue du compliment.
LégÚre.
Je nâai jamais oubliĂ©. Et a chacune de mes sorties du coiffeur, je me souviens de cette soirĂ©e et de ce mot offert. Et devinez quoi ? A chaque fois, non seulement le sentiment de lĂ©gĂšretĂ© me donne la banane mais en plus je crois que ça se voit.
Et si c'Ă©tait cela, finalement, l'une des formes les plus rares de l'amour, non pas dire Ă l'autre ce qu'il veut entendre, mais lui dire ce qu'il ne sait pas encore de lui-mĂȘme ?
Jacqueline đż
Pour moi ,la rĂ©conciliation commence souvent lĂ oĂč les mots ont disparu. Par peur. Par colĂšre . Par incomprĂ©hension. Par dĂ©niâŠ
Elle naĂźt dans cet espace fragile entre deux silences, lĂ oĂč quelque chose sâest figĂ©, oĂč le lien sâest tendu âŠjusquâĂ rompre.Â
Mais avant elle, il y a parfois la tentative de conciliation, ce mouvement presque technique qui cherche un accord, un compromis, une façon de coexister sans heurt.Â
La réconciliation, elle, va ailleurs. Elle ne cherche pas seulement à résoudre. Elle cherche à revenir, à renouer.
Renouer avec lâautre, peut-ĂȘtre.
Revenir vers soi, surtout.
Se rĂ©concilier, ce nâest pas simplement se mettre dâaccord.Â
Câest accepter de rouvrir un endroit qui a Ă©tĂ© fermĂ©.Â
Câest oser remettre des mots lĂ oĂč il y a eu du silence, redonner une place Ă ce qui a Ă©tĂ© Ă©cartĂ©, parfois avec douleur, parfois avec maladresse. Il y a dans ce mouvement une forme de courage discret : celui de ne plus fuir la fracture.
Mais la réconciliation ne se décrÚte pas seul.
Elle appelle une rencontre. Une disponibilitĂ© mutuelle. Une forme dâaccord invisible qui dit : « Nous sommes prĂȘts, au moins un peu, Ă regarder dans la mĂȘme direction. » Sans cela, elle reste une intention suspendue, un Ă©lan sans terre oĂč se poser.
Câest peut-ĂȘtre lĂ quâelle se distingue du pardon.
Le pardon peut exister dans lâintimitĂ© dâun cĆur. Il peut naĂźtre sans tĂ©moin, sans rĂ©ponse, sans retour. Il est un geste intĂ©rieur, presque solitaire, qui vient dĂ©lier ce qui, en soi, est restĂ© nouĂ©. La rĂ©conciliation, elle, a besoin dâun pont. Et pour quâun pont existe, il faut au moins deux rives qui acceptent de ne plus sâignorerâŠ
Revenir encore. Ajuster. Affiner.
Comme si la rĂ©conciliation devenait un espace dâĂ©coute trĂšs fine, presque artisanale, oĂč chaque mot est posĂ© non pas pour convaincre, mais pour ĂȘtre en cohĂ©rence avec ce qui se vit Ă lâintĂ©rieur.
La pleine conscience mâa appris cela : ne pas me prĂ©cipiter vers la rĂ©solution, mais habiter lâexpĂ©rience. Sentir dâabord. Accueillir sans corriger. Laisser lâĂ©motion exister sans immĂ©diatement chercher Ă la transformer ou Ă la faire disparaĂźtre. Et puis, seulement aprĂšs, laisser Ă©merger des mots qui ne trahissent pas ce vĂ©cu
Dans ce processus, quelque chose change profondément.
Je ne parle plus âcontreâ lâautre.
Je ne parle plus non plus âpour avoir raisonâ.
Je parle âdepuisâ un endroit.
Un endroit incarné, sensible, vivant et authentique. Depuis moi.
Et cet endroit-lĂ a une qualitĂ© particuliĂšre : il dĂ©sarme. Parce quâil ne cherche pas Ă attaquer, ni Ă se dĂ©fendre. Il se contente dâexister et de se dire. Et paradoxalement, câest souvent lĂ que lâautre peut commencer Ă entendre. Non pas parce que mes mots sont parfaits, mais parce quâils sont alignĂ©s.
La rĂ©conciliation devient alors moins un effort quâun ajustement continu.
Un va-et-vient entre ce que je ressens et ce que jâexprime.
Entre ce qui me traverse et ce que je choisis de déposer dans la relation.
Et parfois, il y a des silences.
Des silences qui ne sont plus des ruptures, mais des espaces de digestion. Des moments oĂč le corps intĂšgre, oĂč les Ă©motions se dĂ©posent, oĂč quelque chose se rĂ©organise sans bruit. La pleine conscience me donne accĂšs Ă ces silences-lĂ , elle mâapprend Ă ne pas les fuir.
Alors, dans la rĂ©conciliation, il ne sâagit plus seulement de ârĂ©parerâ ce qui a Ă©tĂ© brisĂ©.
Il sâagit de crĂ©er un espace oĂč ce qui est vrai pour moi peut exister, ĂȘtre entendu, et rencontrer ce qui est vrai pour lâautre.
Et dans cette rencontre-lĂ , quelque chose de plus grand que nous deux peut apparaĂźtre.
Peut-ĂȘtre pas un accord parfait.
Peut-ĂȘtre pas une disparition totale de la blessure.
Mais un lien qui, doucement, apprend Ă respirer Ă nouveau. đ±
Ce nâest jamais agrĂ©able. Ce nâest jamais confortable.
Et pourtant, parfois, câest indispensable.
Ces derniers jours, Jacqueline et moi avons traversé une situation délicate. Une personne inscrite dans une de nos retraites a vu sa participation refusée aprÚs réflexion approfondie.
Je souhaite partager ici le processus qui nous a conduits à cette décision. Non pour exposer qui que ce soit. Mais pour rendre visible une réalité souvent invisible : la responsabilité derriÚre les immersions.
Organiser une retraite dans le dĂ©sert nâa rien dâanodin. Ce nâest pas un sĂ©jour touristique. Ce nâest pas un stage en salle avec un accĂšs immĂ©diat Ă des ressources extĂ©rieures.
Le désert isole. Il amplifie. Il met à nu.
Il offre une puissance de transformation rare, mais cette puissance exige un cadre solide.
TrĂšs solide.
Lorsque des Ă©lĂ©ments nouveaux sont apparus concernant la situation personnelle et mĂ©dicale de cette participante, nous avons dâabord cherchĂ© Ă comprendre. Nous avons pris le temps dâĂ©changer, de demander des prĂ©cisions, de consulter un avis professionnel extĂ©rieur.
Un avis favorable nous a été transmis.
La dĂ©cision aurait pu sâarrĂȘter lĂ .
Mais notre responsabilitĂ© ne sâarrĂȘte pas Ă un avis clinique.
Notre responsabilité inclut :
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la sécurité physique en milieu isolé,
-
la stabilité émotionnelle dans un contexte amplificateur,
-
lâĂ©quilibre du groupe,
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la capacitĂ© dâintervention en cas dâimprĂ©vu,
-
et la cohérence du cadre que nous posons depuis des années.
Le dĂ©sert nâest pas neutre. Il intensifie les Ă©tats intĂ©rieurs. Il ne permet ni accĂšs mĂ©dical immĂ©diat ni ajustement rapide en cas de crise.
Dans ce contexte, la transparence complÚte et la stabilité claire ne sont pas des détails administratifs. Ce sont des conditions essentielles.
Lorsque la confiance se fragilise, mĂȘme lĂ©gĂšrement, le doute doit ĂȘtre pris au sĂ©rieux.
Le plus simple aurait Ă©tĂ© de fermer les yeux. De se dire que tout irait bien. De faire confiance Ă lâĂ©lan de la personne. De ne pas contrarier un dĂ©sir fort.
Mais un billet dâavion dĂ©jĂ pris ne justifie pas une prise de risque. Un dĂ©sir symbolique puissant ne compense pas un doute sĂ©rieux. Un avis favorable extĂ©rieur ne remplace pas la responsabilitĂ© de terrain.
Refuser nâest pas juger. Refuser nâest pas condamner. Refuser peut ĂȘtre un acte de protection.
Protection pour la personne concernĂ©e. Protection pour le groupe. Protection pour lâintĂ©gritĂ© du cadre.
Il serait confortable dâĂȘtre toujours accueillant. Toujours inclusif. Toujours comprĂ©hensif.
Mais diriger un cadre immersif exige parfois dâĂȘtre ferme.
Un groupe qui part dans le dĂ©sert confie sa sĂ©curitĂ© aux organisateurs. Cette confiance est totale. Elle ne tolĂšre pas lâapproximation.
Chaque participant doit pouvoir se sentir en sécurité, pas seulement physiquement, mais aussi émotionnellement. Cette sécurité repose sur une sélection exigeante, parfois inconfortable.
Dire non fait partie du travail.
Dans un monde oĂč lâimage prime souvent sur la prudence, choisir la prudence peut sembler dur. Pourtant, la maturitĂ© dâun projet se mesure prĂ©cisĂ©ment Ă ces moments-lĂ .
Un cadre solide protĂšge tout le monde.
Jacqueline et moi avons longuement Ă©changĂ©. Nous avons Ă©coutĂ© nos ressentis respectifs. Nous avons confrontĂ© nos doutes. Nous avons pesĂ© lâimpact humain, financier, Ă©motionnel de la dĂ©cision.
Puis nous avons tranché.
Avec calme. Avec gravité. Avec respect.
La personne concernĂ©e a investi du temps, de lâargent, de lâespoir. Nous en sommes pleinement conscients. Cette dĂ©cision peut ĂȘtre vĂ©cue comme une dĂ©ception majeure. Nous ne minimisons pas cela.
Mais la sécurité ne se négocie pas.
Un incident en milieu isolĂ© ne touche pas quâune personne. Il impacte tout le groupe. Il engage la responsabilitĂ© juridique et morale des organisateurs. Il peut laisser des traces durables.
Diriger, câest accepter dâĂȘtre parfois mal compris.
Il est facile dâenseigner la conscience, la prĂ©sence, la bienveillance. Il est plus exigeant dâappliquer ces valeurs lorsque la situation devient inconfortable.
La bienveillance nâest pas la complaisance. La compassion nâest pas lâabsence de limites. Lâouverture nâexclut pas la fermetĂ©.
Un cadre clair rassure. Un cadre flou fragilise.
Si une personne nâest pas prĂȘte pour le dĂ©sert Ă un moment donnĂ©, cela ne signifie pas quâelle ne le sera jamais. Cela signifie simplement que le moment nâest pas juste.
La responsabilitĂ© dâun facilitateur ne consiste pas Ă satisfaire tous les Ă©lans. Elle consiste Ă discerner ce qui est ajustĂ©.
Cette dĂ©cision nâa pas Ă©tĂ© prise contre quelquâun. Elle a Ă©tĂ© prise pour prĂ©server lâĂ©quilibre dâun ensemble.
Un groupe qui marche dans le désert forme une entité fragile. La moindre instabilité peut créer une onde de choc. Prévenir vaut toujours mieux que réparer.
Je partage cela parce que le monde du « dĂ©veloppement personnel », de la pleine conscience et des retraites parle souvent dâouverture, dâacceptation, dâamour inconditionnel.
Il parle moins de responsabilité, de limites, de sécurité.
Pourtant, la maturitĂ© dâun espace de transformation se construit sur ces piliers invisibles.
Le désert exige humilité. Il exige rigueur. Il exige lucidité.
Il ne pardonne pas lâimprovisation.
Ce choix est cohérent avec la vision que nous portons : proposer des espaces puissants, mais sécurisés. Profonds, mais responsables.
Certaines dĂ©cisions ne donnent pas de satisfaction immĂ©diate. Elles renforcent cependant lâintĂ©gritĂ© du cadre Ă long terme.
Et cette intégrité est non négociable.
La confiance des participants se mérite. Elle se protÚge.
Ce message nâest pas un rĂšglement de compte. Câest un rappel. DerriĂšre chaque immersion que nous proposons, il existe des choix difficiles, des arbitrages silencieux, des responsabilitĂ©s assumĂ©es.
Si un jour vous participez Ă lâune de nos retraites, sachez ceci : la sĂ©curitĂ© du groupe passera toujours avant le confort dâune dĂ©cision facile.
Cela peut décevoir. Cela peut surprendre. Mais cela garantit un cadre fiable.
Refuser peut ĂȘtre un acte de respect.
Respect du dĂ©sert. Respect du groupe. Respect de la personne que lâon refuse. Respect de soi-mĂȘme.
Et parfois, le respect exige le courage de dire non.
Jean-Marc Terrel
Tous nos évÚnements sont ici :
Il y a des chiffres qui arrivent doucement, comme une vague tiÚde en été.
Et il y a des chiffres qui arrivent comme un poing sur la table.
55 ans, câest clairement le poing sur la table.
Pas parce que câest vieux... non, non. Parce que câest prĂ©cis. Cinquante-cinq. Deux fois vingt-cinq plus cinq. Ou encore : onze fois cinq. Ou encore : lâĂąge auquel on commence Ă dire âjâai pas vu le temps passerâ avec une lĂ©gĂšre panique dans la voix.
Moi qui passe mes journĂ©es Ă enseigner lâart de vivre dans lâinstant prĂ©sent, me voilĂ rattrapĂ© par la blague cosmique ultime : lâinstant prĂ©sent, il accumule.
Je vous ai appris Ă observer sans juger.
Laissez-moi vous dire que jâobserve mes 55 ans sans juger.
En serrant les dents, mais sans juger.
Ce que je retiens de cette semaine extraordinaire, câest vous. Vos messages. Vos mots posĂ©s lĂ , Ă la volĂ©e ou avec soin. Vos blagues (certaines mĂ©ritaient 0/10, vous le savez). Vos "tâas pas changĂ©", mensonges magnifiques que jâaccepte avec gratitude et sans vĂ©rifier les photos dâil y a trente ans.
La tradition veut quâĂ cet Ăąge on fasse le bilan.
Moi, jâai juste envie de dire merci.
Merci Ă ceux qui mâont Ă©crit. Merci Ă ceux qui mâont appelĂ©. Merci Ă ceux qui ont postĂ© un story Ă 23h54 pour ĂȘtre dans les premiers... je vous ai vus, et je vous aime pour ça.
Merci Ă mes clients qui me font confiance pour les guider vers lâintĂ©rieur, alors que parfois je cherche encore moi-mĂȘme oĂč jâai posĂ© mes clĂ©s.
Merci Ă mes amis qui savent exactement oĂč jâen suis, et qui mâaiment quand mĂȘme.
Merci aux followers qui me lisent chaque semaine comme si mes mots pouvaient changer quelque chose - parce quâils changent quelque chose, dâabord en moi, avant mĂȘme dâatteindre vos Ă©crans.
55 ans, câest aussi le moment oĂč lâon comprend quelque chose dâessentiel : le temps ne passe pas. Câest nous qui passons Ă travers lui.
Et si on a de la chance - si on a vraiment de la chance - on passe à travers lui avec des gens bien à cÎté.
Jâai cette chance. Je la mesure aujourdâhui plus que jamais.
Alors voilà . 55 ans. Pleinement conscient. LégÚrement inquiet. Profondément reconnaissant.
Et presque impatient de voir ce que lâinstant suivant a prĂ©vu pour moi. 
Jean-Marc
Dédicace à mon épouse, mes filles et ma mÚre...
Chaque annĂ©e, câest la mĂȘme comĂ©die. Le 8 mars arrive, et avec lui sa procession de bouquets LinkedIn, de posts inspirants, de visuels rose poudrĂ©, de citations tiĂšdes et de dĂ©clarations plus creuses quâun Ćuf de PĂąques. Et, immanquablement, quelquâun Ă©crit : âJournĂ©e de la femme.â
La femme. Au singulier.
Comme sâil nâen existait quâune.
Comme si elle avait une essence. Une nature. Une version officielle, homologuée, validée par un comité invisible composé de communicants fatigués et de types qui offrent des tulipes à leur collÚgue en espérant compenser vingt ans de condescendance ordinaire.
Prenons une scĂšne trĂšs simple. Lundi matin. RĂ©union dâĂ©quipe. Trois hommes parlent sans ĂȘtre interrompus. Une femme commence une phrase, se fait couper. Elle reprend. Quelquâun reformule son idĂ©e cinq minutes plus tard, en plus grave, en plus mĂąle, et tout le monde dit : âExcellente idĂ©e, Thierry.â
Puis arrive le 8 mars. Et lĂ , miracle. Thierry poste une story : âBonne fĂȘte Ă toutes les femmes extraordinaires qui nous inspirent chaque jour.â Magnifique. On Ă©touffe presque dâĂ©motion. Ou avec le muffin sec distribuĂ© Ă lâaccueil.
Le problĂšme de âla femmeâ, câest prĂ©cisĂ©ment ça : le singulier essentialise, fige, folklorise. âLa femmeâ devient une crĂ©ature abstraite. Douce, forte, intuitive, inspirante, rĂ©siliente, maternelle mais indĂ©pendante, sensuelle mais digne, brillante mais pas menaçante. En gros : une sorte de licorne RH sous anxiolytiques.
Or il ne sâagit pas de cĂ©lĂ©brer une entitĂ© mythologique. Il sâagit de rappeler une rĂ©alitĂ© politique, sociale, Ă©conomique, juridique : les femmes, dans leur diversitĂ© concrĂšte, continuent partout dans le monde Ă se battre pour des droits, contre des violences, contre des discriminations, contre des inĂ©galitĂ©s trĂšs tangibles.
Cette journée ne célÚbre pas un parfum féminin. Elle rappelle un combat.
Dire âJournĂ©e internationale des droits des femmesâ, câest dĂ©jĂ remettre les choses au bon endroit. On ne parle pas dâune essence. On parle de droits.
Du droit Ă disposer de son corps. Du droit Ă ĂȘtre payĂ©e Ă travail Ă©gal. Du droit de circuler, dâĂ©tudier, de voter, de crĂ©er, dâhĂ©riter, de divorcer, de dire non, de dire oui, de vieillir sans disparaĂźtre, de rĂ©ussir sans sâexcuser, de ne pas ĂȘtre rĂ©duite Ă une fonction dĂ©corative ou reproductive. Câest moins glamour quâune rose offerte en salle de pause, mais câest infiniment plus utile.
Et puis, franchement, âla femmeâ, ça sent toujours un peu le vieux discours paternaliste sorti du placard avec la naphtaline. âLa femme est lâavenir de lâhommeâ, âla femme est un mystĂšreâ, âla femme est sacrĂ©eâ. TrĂšs bien. Et pendant quâon la sanctifie, on la sous-paie. Pendant quâon lâencense, on lâinterrompt. Pendant quâon lui construit un piĂ©destal, on sâassure quâelle nâait pas trop facilement accĂšs Ă lâescalier.
Je force Ă peine le trait. Parce que lâhumour aide Ă avaler la pilule, mais la pilule reste amĂšre. Il y a quelque chose dâĂ©puisant dans cette capacitĂ© collective Ă transformer une journĂ©e de lutte en brunch floral avec hashtags motivants.
Une journĂ©e internationale du droit des femmes ne demande pas quâon dise âelles sont formidablesâ. Elle demande quâon regarde oĂč ça coince. Et parfois, lĂ oĂč ça coince, câest dans le langage. Pas seulement, bien sĂ»r. Mais aussi.
Les mots ne sont pas neutres. Ils fabriquent notre regard. Dire âla femmeâ, câest souvent reconduire une vieille habitude : parler des femmes comme dâune catĂ©gorie Ă part, homogĂšne, presque zoologique. Dire âles droits des femmesâ, câest accepter enfin dâentrer dans le rĂ©el.
Le rĂ©el est moins confortable. Il oblige Ă penser. Il oblige parfois Ă changer. Et ça, bizarrement, câest moins populaire quâun post mystico-mĂ©ditatif avec une silhouette de profil et une phrase sur la puissance du fĂ©minin sacrĂ©.
Alors oui, petit coup de gueule. Humoristique, mais pas décoratif.
Le 8 mars, ce nâest pas la fĂȘte dâun archĂ©type. Ce nâest pas la Saint-PĂ©tunia des ĂȘtres gracieux. Ce nâest pas la journĂ©e oĂč lâon distribue du chocolat aux collaboratrices avant de reprendre, dĂšs le lendemain, les bonnes vieilles habitudes. Câest la JournĂ©e internationale des droits des femmes. Du pluriel. Du concret. Du politique. Du vivant.
Et si vraiment quelquâun tient absolument Ă cĂ©lĂ©brer âla femmeâ, quâil commence au moins par Ă©couter les femmes. Au pluriel. Ce sera dĂ©jĂ un progrĂšs.
Et toi, qu'en penses-tu ?
Petit nom reçu sur la route de nos pĂ©rĂ©grinations, il dĂ©finit les personnes qui rallument les cĆurs endoloris, cueillent les Ă©toiles sur les rivages oubliĂ©s, dĂ©capsulent les consciences en devenir et agitent la joie dans le vent des espoirs retrouvĂ©s.Â
Explorateurs de secondes Ă©ternelles, ils puisent leur force dans lâinstant prĂ©sent quâils chĂ©rissent.Â
Curieux et imaginatifs, ils cherchent inlassablement lâauthenticitĂ©, celle qui permet la libertĂ© dans les mots comme dans les actions.Â
Parfois nostalgiques, ils prennent soin de leurs cabosses pour en faire leurs alliĂ©s.Â
Farouches et libres, ils prĂ©fĂšrent lâaventure Ă la sĂ©dentaritĂ©.
Comme un tournesol et une marguerite, ils conjuguent leur vie de complicitĂ© et de complĂ©mentaritĂ©, sans vouloir changer la nature des choses mais en accueillant la vie telle quâelle est.Â
RĂȘveurs et pragmatiques, ils proposent de cheminer en conscience au fil des dunes ou de lâeau. Si vous les observez attentivement, vous verrez leurs cĂŽtĂ©s fous et dĂ©calĂ©s tout comme leurs parts timides et pudiques.Â
Mais ne vous y fiez pas, ils sont pleins de ressources insoupçonnées.
Avec leur regard bienveillant, les enlumineurs transforment les petites choses du quotidien en trĂ©sors inestimables. Ils savent Ă©couter les silences, comprendre les non-dits et redonner du sens Ă ce qui semble perdu. Leur prĂ©sence est comme une bouffĂ©e dâair frais, rappelant que la vie, malgrĂ© ses aspĂ©ritĂ©s, est une aventure merveilleuse Ă embrasser pleinement.
Leurs pas, lĂ©gers mais dĂ©terminĂ©s, laissent derriĂšre eux des empreintes de lumiĂšre et dâespoir.Â
Ils savent que chaque rencontre, chaque sourire partagĂ©, chaque mot doux semĂ© peut changer le cours dâune journĂ©e, voire dâune vie.Â
Ils sont les jardiniers de lâĂąme, semant des graines de bonheur lĂ oĂč la tristesse a pris racine.
Ensemble, les enlumineurs avancent, mains dans la main, dĂ©fiant les ombres et cĂ©lĂ©brant les Ă©clats de soleil.Â
Ils savent que la beautĂ© rĂ©side dans lâauthenticitĂ©, dans la simplicitĂ© dâun regard complice, dans la chaleur dâune Ă©treinte sincĂšre.Â
Leur chemin est un hymne Ă la vie, une invitation Ă vivre pleinement, Ă aimer sans rĂ©serve, Ă rĂȘver sans limite.
Et si vous avez la chance de croiser leur route, laissez-vous inspirer par leur joie de vivre, leur sagesse intemporelle et leur incroyable capacitĂ© Ă illuminer le monde.Â
Car les enlumineurs, dans leur quĂȘte dâĂ©ternitĂ©, nous rappellent que chaque instant est prĂ©cieux et que, mĂȘme au cĆur des tempĂȘtes, il y a toujours une Ă©toile prĂȘte Ă briller.
JMJ â€ïž
Câest autour dâune table que nous nous sommes retrouvĂ©es.
Un peu Ă lâimproviste⊠ça nous ressemble dâailleursâŠune organisation de derniĂšre minute dans un we fĂ©riĂ© oĂč il semblait improbable que nous soyons libres toutes les trois.
Cela faisait longtemps que nous ne nous étions pas revues.
Chacune dans sa rĂ©alitĂ© et son temps qui ,comme les annĂ©es ,file lui aussi Ă toute vitesse.Â
Nous avons papoté, des heures!!!
La nuit sâest faite douce et noire mais nos cĆurs eux sont restĂ©s allumĂ©s , vifs et joyeux. Le temps semblait dissous, les minutes ne pas exister.
Le cĆur encore tout gonflĂ© d'amour, je me suis questionnĂ©e le lendemain sur cet espace sacrĂ© dâune amitiĂ© qui non seulement dure, mais continue de grandir.
Je me suis demandĂ©e ce qui rend cet espace si unique et prĂ©cieux. Est-ce la profondeur de nos conversations? la confiance inĂ©branlable ?ou simplement la joie de partager des moments simples ? Peut-ĂȘtre est-ce un mĂ©lange de tout cela, et plus encore.
Nous avons toutes les trois Ă©voluĂ©es, changĂ©es, mais notre lien, lui, est restĂ© intact, sâadaptant et se renforçant avec le temps.
Cet espace sacrĂ© de lâamitiĂ© nous permet dâĂȘtre authentiques, vulnĂ©rables, et dâĂȘtre aimĂ©es pour ce que nous sommes vraiment. Câest un refuge oĂč le jugement nâa pas sa place, oĂč la bienveillance et le soutien rĂšgnent en maĂźtres.
Ă chaque rencontre, mĂȘme aprĂšs de longues sĂ©parations, il y a cette magie, cette connexion instantanĂ©e qui nous rappelle combien nous sommes chanceuses de nous avoir les unes les autres.
LâamitiĂ© vĂ©ritable ne connaĂźt ni le temps ni la distance. Elle est un trĂ©sor qui, lorsquâil est entretenu avec amour et respect, ne cesse de sâĂ©panouir.
En repensant Ă cette soirĂ©e, je rĂ©alise Ă quel point ces moments sont essentiels pour mon bien-ĂȘtre. Ils me rappellent lâimportance des liens humains et la force de lâamitiĂ©. Cet espace sacrĂ© est un pilier dans ma vie, un phare dans lâobscuritĂ©, un souffle dâair frais dans ma routine quotidienne.
Et alors que nous reprenons chacune le cours de nos vies, je garde prĂ©cieusement en moi la chaleur de ces retrouvailles, sachant que, peu importe les alĂ©as de la vie, cet espace sacrĂ© de lâamitiĂ© sera toujours lĂ pour nous accueillir, encore et encore.đż
Et toi ?
Quâest-ce qui te permet dâĂȘtre pleinement toi-mĂȘme dans une relation dâamitiĂ© ?
Dans le flux de mes pensĂ©es durant la pratique de ce matin jâai visualisĂ© mon pĂšre. Si je mâattendais à ça âŠ
Il nâest pas rare que des personnes de mon entourage proche « traversent « mes temps de pratique, des figures qui sâinvitent, dans les rĂȘves, mes pensĂ©es et mĂȘme dans mes silences, mais mon pĂšre? Presque jamais. En tout cas câest si rare que dâune fois Ă lâautre je ne mâen souviens pas.
Quelle ne fut pas , alors ,ma surprise ce matin.
Non pas quâil nâest pas important, bien au contraire. Mon pĂšre est central dans ma vie. Jâai un amour sincĂšre pour lui, une tendresse infinie et un profond respect, sans conditions, pour lâhomme quâil est, pour son histoire, pour sa maniĂšre singuliĂšre dâĂȘtre au monde.Â
Alors, quand il a surgit, quelque chose sâest dĂ©voilĂ©.
Ma surprise est devenue un miroir.
Je rĂ©alise que si je suis surprise, câest que jâattendais autre chose. Ou peut-ĂȘtre que jâattendais quelque chose, tout court. MĂȘme inconsciemment. MĂȘme subtilement.
Je croyais ĂȘtre posĂ©e.
Je croyais ĂȘtre lĂ , simplement.
Mais en rĂ©alitĂ©, il y avait une attente tapie sous le calme. Une attente discrĂšte, presque invisible : que rien ne se passe⊠tout en espĂ©rant quâil se passe quelque chose. Que la trame de pensĂ©es arrive. Que quelque chose se manifeste. Une image. Une Ă©motion. Une visualisation intĂ©rieure.
Et mon pÚre, en surgissant, a révélé cette attente.
Il a rĂ©vĂ©lĂ© Ă quel point se poser vraiment, sans attente, sans projet, sans rĂ©ussite Ă atteindre ni Ă©chec Ă Ă©viter, est dâune difficultĂ© radicale pour moi malgrĂ© les heures de pratique, malgrĂ© toutes ces belles histoires que je me raconte Ă propos du fait de mĂ©diter. Câest presque vertigineux...Â
Parce que mĂȘme le dĂ©sir de âne rien attendreâ peut devenir une attente. MĂȘme lâidĂ©e de âjuste ĂȘtre lĂ â peut contenir une forme de tension.
Alors cette apparition de mon pĂšre ce matin nâest pas un message, ni une rĂ©ponse.
Elle est un dévoilement.
Elle me montre que la pratique nâest pas un espace neutre, lisse, vide. Elle est habitĂ©e de micro-attentes, de fils invisibles, de mouvements intĂ©rieurs qui veulent voir, comprendre, vivre quelque chose.Â
Et que le vĂ©ritable abandon, celui oĂč rien nâest attendu, rien nâest convoitĂ©, rien nâest repoussĂ© est peut-ĂȘtre lâun des gestes les plus exigeants qui soient.
Ce matin, mon pĂšre nâest pas seulement passĂ© dans ma pratique.
Il mâa rappelĂ©, doucement, que lâaccueil total ne se dĂ©crĂšte pas.
Quâil se dĂ©couvre, souvent, au moment prĂ©cis oĂč il manque.
Et peut-ĂȘtre que la pratique commence lĂ .
Dans cette honnĂȘtetĂ©-lĂ .
Dans ce regard posĂ© sur lâattente elle-mĂȘme.
Je nâai pas fini dâapprendreâŠet c'est infiniment rĂ©jouissant car cela me raconte que rien nâest jamais acquis et que la vie nous rĂ©vĂšle encore et encore ses secrets, jour aprĂšs jour.
Jacqueline Fraefel-Terrel đż
Assise dans le train, les paysages colorĂ©s de lâautomne dĂ©filent Ă toute vitesse. Câest incroyablement beau.Â
Je les regarde passer, comme ces milliers de pensĂ©es qui, trop souvent, sâemballent dans ma tĂȘte.
Et soudain, je souris.
Parce que ce train est une parfaite métaphore de la méditation.
Le monde file, le vacarme est partout, et pourtant⊠je peux rester immobile, ancrée, respirante.
Ce nâest pas le silence extĂ©rieur qui apaise, câest celui que jâapprend Ă habiter Ă lâintĂ©rieur.
Les pensĂ©es peuvent dĂ©filer, je nâai pas besoin de les arrĂȘter.
Juste de ne plus monter dans chacune dâelles.
Alors, tout change.
Le vacarme devient rythme.
Le mouvement devient respiration.
Et moi, simple témoin du passage.
MĂ©diter, câest peut-ĂȘtre ça :
rester assis dans le train de ma vie, sans vouloir descendre à chaque station de pensée.
Juste respirer.
Et me rappeler que le calme nâest pas un lieu, mais un Ă©tat.
Jacqueline Fraefel-Terrelđ±
Il y a une phrase que jâentends souvent.
FormulĂ©e de mille maniĂšres diffĂ©rentes, mais toujours avec le mĂȘme fond.
âJâai arrĂȘtĂ© de pratiquer.â
Parfois dite avec un soupir.
Parfois avec une pointe de honte.
Parfois sur le ton de lâĂ©vidence, comme si la conclusion allait de soi.
Et pourtant, quand on prend le temps dâĂ©couter ce qui se cache derriĂšre cette phrase, une autre rĂ©alitĂ© apparaĂźt presque toujours.
La plupart des personnes nâont pas arrĂȘtĂ© de pratiquer. Elles ont arrĂȘtĂ© de se faire violence.
Elles ont arrĂȘtĂ© de se lever avec une injonction intĂ©rieure. ArrĂȘtĂ© de se juger parce quâelles ânây arrivaient pasâ. ArrĂȘtĂ© de comparer leur expĂ©rience rĂ©elle avec une image idĂ©alisĂ©e de ce que la pratique devrait produire.
Autrement dit, ce nâest pas la pratique qui a Ă©tĂ© abandonnĂ©e. Câest une certaine maniĂšre de sây rapporter.
Une maniĂšre exigeante.
Contractée.
Souvent silencieusement culpabilisante.
Beaucoup de personnes arrivent Ă la mĂ©ditation avec une intention sincĂšre. Elles sentent que quelque chose en elles aspire Ă plus de calme, plus de clartĂ©, plus de prĂ©sence. Mais trĂšs vite, sans mĂȘme sâen rendre compte, la pratique devient un nouvel espace de performance.
Il faudrait pratiquer tous les jours.
Il faudrait avoir moins de pensées.
Il faudrait se sentir mieux aprĂšs.
Il faudrait progresser.
Et quand la rĂ©alitĂ© ne correspond pas Ă ces attentes - ce qui arrive presque systĂ©matiquement - un dialogue intĂ©rieur sâinstalle avec cette partie de nous que jâappelle le roi des bavards.
âJe pense trop.â
âJe nây arrive pas.â
âJe ne suis pas fait pour ça.â
Ce dialogue est rarement conscient.
Mais il est puissant.
Alors, un jour, on arrĂȘte.
Ou plutĂŽt, on se met Ă distance.
On dit quâon reprendra plus tard.
Quand on aura plus de temps.
Quand ce sera plus calme.
Mais ce qui sâest vraiment passĂ©, câest souvent autre chose : quelque chose sâest protĂ©gĂ©.
Et câest lĂ que le malentendu est profond.
Car la pratique nâest pas censĂ©e ĂȘtre un lieu oĂč lâon se juge davantage. Elle nâest pas censĂ©e devenir un espace oĂč lâon se sent inadĂ©quat. Si câest le cas, ce nâest pas un Ă©chec personnel.
Câest un signal.
Un signal qui dit : la relation nâest pas juste.
Depuis des annĂ©es, jâobserve cela chez celles et ceux que jâaccompagne. Et je lâai aussi observĂ© en moi.
Le problĂšme nâest pas un manque de discipline.
Le problĂšme nâest pas lâagitation de lâesprit.
Le problĂšme, bien souvent, est lâidĂ©e que la pratique devrait produire quelque chose de prĂ©cis.
Du calme.
Du mieux.
Un état.
Or, la vie intérieure ne fonctionne pas ainsi.
Parfois, pratiquer, câest rencontrer davantage de bruit. Parfois, câest sentir plus clairement lâinconfort. Parfois, câest rĂ©aliser Ă quel point on rĂ©siste.
Et si la seule réponse à cela est : je devrais faire mieux, alors la pratique devient un combat de plus.
Câest Ă cet endroit prĂ©cis quâun autre chemin peut sâouvrir.
Un chemin oĂč lâon ne cherche pas dâabord Ă amĂ©liorer lâexpĂ©rience, mais Ă changer la maniĂšre de sây tenir.
Un chemin oĂč se perdre nâest plus interprĂ©tĂ© comme une faute. Un chemin oĂč lâon apprend, doucement, Ă revenir.
Revenir aprÚs une journée sans pratique.
Revenir aprĂšs une semaine dâoubli.
Revenir mĂȘme aprĂšs avoir âabandonnĂ©â.
Sans se raconter que tout est fichu.
Sans se promettre de faire mieux demain.
Juste revenir.
Câest cette bascule qui est au cĆur de La Voie de lâInstant.
Non pas une mĂ©thode pour pratiquer plus. Mais une maniĂšre dâentrer dans une relation plus honnĂȘte avec ce qui est dĂ©jĂ lĂ .
Une relation oĂč lâon nâa plus besoin de se convaincre.
Ni de se forcer.
Ni de se corriger en permanence.
Beaucoup dĂ©couvrent alors quelque chose dâinattendu : la pratique nâest plus lourde.
Elle nâest plus un devoir.
Elle devient un lieu possible.
Un lieu oĂč lâon peut venir tel que lâon est.
Agité.
Fatigué.
Peu motivé, parfois.
Et paradoxalement, câest souvent lĂ que quelque chose commence Ă durer.
Si ces mots rĂ©sonnent pour toi, si tu te reconnais dans cette fatigue discrĂšte de âne pas y arriverâ, alors peut-ĂȘtre que le problĂšme nâa jamais Ă©tĂ© ton manque de constance.
Peut-ĂȘtre que ce qui appelle aujourdâhui, ce nâest pas de recommencer plus fort⊠Mais de revenir autrement.
La Voie de lâInstant explore prĂ©cisĂ©ment cela.
Sans promesse.
Sans défi.
Sans violence intérieure.
Jean-Marc

