Eh toi, tu m’apprivoises ?
Eh toi, tu m’apprivoises ?
Nous marchons, un à un, dans l’infini du désert, pas toujours sûrs de nos pas, mais portés par le vent.
Le soleil caresse nos épaules, le sable chante sous nos pieds : c’est une lente traversée, sans carte ni boussole, juste un appel, quelque part, là-dedans.
Sur le chemin, les cailloux ne manquent pas. Petits, ronds, coupants parfois, souvenirs de chutes, de bosses, de détours.
Ils brillent comme nos failles sous la lumière crue, cabossés, oui… mais terriblement vivants.
Ils racontent à chaque pas ce que l’on croyait oublié, ces morceaux de nous qu’on traînait, et qui, dans le silence, se mettent à parler.
Et puis il y a le sable… ah, ce sable… Il glisse, il danse, il enlace.
Il efface les traces comme pour dire :
« Allez, recommence… mais cette fois, tout en douceur. » Il nous invite à déposer les armures, à respirer autrement, à devenir un peu plus peau, un peu plus cœur, un peu plus vrai.
Au-dessus, le ciel veille, vaste et bleu jusqu’à l’absurde. En-dessous, la terre vibre, muette mais pleine.
Entre les deux, toi, amplifié.
Chaque émotion devient océan, chaque frisson, un chant ancien.
Tu ressens tout. Trop peut-être. Juste assez sûrement. Ici, on n’échappe à rien. Et c’est tant mieux.
Et puis soudain… un frémissement.
Un regard oblique, un souffle court, tiens donc ,le renard.
Oui, celui qui habite tes silences.
Il rôde sous la peau, rusé, doux, insaisissable. Il murmure : « Apprivoise-toi. »
Et la rose, elle, fragile et piquante, s’invite aussi dans cette aventure sablée. Elle pose des questions bizarres, celles qui font tanguer le dedans.
Et le Petit Prince, ce drôle d’ami, passe parfois entre deux dunes, laisse derrière lui un rire et une énigme.
Alors tu continues, non pour arriver quelque part, mais pour te rencontrer vraiment.
Pas après pas, tu t’ouvres à ton propre chemin, cabossé, doux, vibrant, un brin farfelu, comme la vie, finalement.
Jacqueline
