Lâamour authentique nâa pas grand chose Ă voir avec la description quâen font la plupart des films romantiques ou des chansons dâamour. Je veux dire par lĂ que le vĂ©ritable amour ne fait pas mal car il est intrinsĂšquement bienveillant. Sâil fait mal, câest autre chose que de lâamour. Quelque chose qui se travestit dans les vĂȘtements de lâamour et se fait passer pour ce quâil nâest pas : de la peur, de lâattachement, de la dĂ©pendance, de la possession ou du fanatisme idolĂątre
Nous confondons dâailleurs le plus souvent le besoin et lâamour, le dĂ©sir et lâamour, la possession et lâamour, lâadoration et lâamour. Or ces confusions ne sont pas diffĂ©rents aspects ou niveaux dâintensitĂ© de la mĂȘme chose. Lâessence de lâamour bienveillant nâa rien Ă voir avec tout ce qui peut engendrer de la souffrance. Aucun cĆur ne peut rĂ©ellement souffrir dâamour vrai, mais beaucoup de cĆurs souffrent dâenvie et de dĂ©sir.
Alors peut-on vraiment aimer sans dĂ©sirer ou sans sâattacher ? Câest ce que jâai envie dâaborder avec vous pour terminer cette sĂ©rie des 21 piliers de la mĂ©ditation pleine conscience.
En premiĂšre analyse il peut dâabord sembler que parler dâamour nâa pas grand chose Ă voir avec la pratique de la pleine conscience. Et puis, Ă y regarder de plus prĂšs, on rĂ©alise que la question de lâamour est au cĆur de toutes nos relations et mĂȘme de nos vies. Et puisque notre pratique de la pleine conscience et de la mĂ©ditation transforme nos vies et nos relations, lâamour bienveillant est forcĂ©ment au cĆur de cette approche. Et, en effet, la pleine conscience nâest pas, loin sâen faut, une pratique uniquement mentale malgrĂ© ce quâen disent certaines personnes mal informĂ©es.
En fait, jâaime dire que le verbe aimer se conjugue Ă tous les temps et dans toutes les situations, depuis notre conception jusquâĂ notre mort. Quel rapport avec notre sujet ? Le voici : dĂ©velopper son aptitude naturelle Ă la pleine conscience ne consiste pas quâĂ ĂȘtre attentif aux sensations, câest aussi observer attentivement tout ce qui se joue aux niveaux Ă©motionnel et (senti)mental.
Alors comment lâamour pourrait-il ĂȘtre exclu de cette pratique attentionnelle ? Il ne lâest pas, Ă©videmment, mĂȘme si le dĂ©butant nâa aucune conscience au dĂ©part de lâensemble des aspects de sa personne quâil apprend Ă connaitre par la simple observation attentive et sans-jugement de sa propre expĂ©rience, instant aprĂšs instant. Pourtant, le fait que cette pratique se base sur le non-jugement nous donne dĂ©jĂ un indice prĂ©cieux â sur lequel nous reviendrons plus loin â au sujet de ce qui se joue de façon embryonnaire au cours de la mĂ©ditation pleine conscience.
Il est utile, avant dâaller plus loin, dâavoir Ă lâesprit que les reprĂ©sentations que nous nous faisons Ă notre propre sujet, au sujet des autres et de la Vie en gĂ©nĂ©ral sont toutes insufflĂ©es par lâego. Lâego câest une conscience de notre individualitĂ© liĂ©e Ă des mĂ©moires. Celle-ci nâest bonne, ni mauvaise et lâego nâest pas un ennemi mais une partie utile de ce que nous sommes, en particulier pour fixer des frontiĂšres parfois bien nĂ©cessaires en sociĂ©tĂ©.
Les problĂšmes surviennent lorsque lâego devient notre seule façon dâexister. Une existence Ă©gotique construite autour de souvenirs, de talents, de possessions, de rĂ©alisations et de titres. Câest donc lâidentification Ă lâego qui est problĂ©matique car celui-ci nâa pas dâexistence propre et ce sur quoi il sâappuie pour se construire et subsister peut disparaitre Ă tout instant, comme un souffle.
Lâego cherche cependant â au travers du faire et de lâavoir â Ă satisfaire toutes sortes de besoins individuels et par dĂ©finition Ă©goĂŻstes. Or lâĂtre â ce qui existe au-delĂ des mots et des concepts â rĂ©unit et intĂšgre le faire et lâavoir tout en se situant au-delĂ des contingences passagĂšres du faire et de lâavoir. Mais avant de dĂ©couvrir notre ĂȘtre authentique, nous aimons avec et au travers de notre ego. Or, lorsque lâego aime, il le fait toujours afin de satisfaire un besoin individuel, un manque personnel.
Par exemple, selon le psychiatre Carl Gustav Jung, lâhomme qui aime cherche LA femme parfaite dans toutes les femmes. Il vit alors avec chacune UN aspect du fĂ©minin idĂ©al correspondant Ă sa projection du moment et il trouve dans chaque femme un peu de la femme fantasmĂ©e quâil voudrait inconsciemment rencontrer. Mais, Ă©videmment, aucune femme ne sera jamais tout Ă fait âcelle quâil attend depuis toujoursâ. đ
Selon Jung, encore, la femme cherche quant Ă elle Ă retrouver TOUS les hommes en un seul homme, le fort, le courageux, le doux, le romantique, etc. Elle doit bien sâavouer elle aussi, un jour ou lâautre, que lâĂȘtre qui vit ou vivra Ă ses cĂŽtĂ©s nâest pas âle prince charmantâ et quâil est plein de lacunes et de dĂ©fauts. đ
Il est clair que quelque chose ne fonctionne pas dans cette façon dâaimer orientĂ©e vers la satisfaction dâattentes ou de besoins personnels le plus souvent inconscients. Quel que soit le sexe, sâil existe vraiment, lâamour authentique acceptera lâautre tel quâil est est, sans aucune attente implicite ou explicite de satisfaction dâun besoin Ă©gotique. Et cela nous donne un indice supplĂ©mentaire important sur la nature du vĂ©ritable de lâamour : si lâamour vrai a une orientation, ça nâest pas vers soi-mĂȘme mais plutĂŽt vers lâautre. Cette sorte dâamour lĂ est dĂ©tachĂ© des amertumes passĂ©es et des attentes futures.
Lâamour authentique se vit dans lâinstant prĂ©sent et lâaccueil inconditionnel de lâĂȘtre aimĂ©. Il suppose une authenticitĂ© et une maturitĂ© Ă©motionnelle qui, plutĂŽt que de crĂ©er une dĂ©pendance entre deux ĂȘtres, insufflent de la libertĂ©. đ
Ne confondons pas lâamour et le dĂ©sir
Dâun cĂŽtĂ©, le dĂ©sir est simple et souvent imprudent. Nous devons le gĂ©rer avec soin afin dâĂ©viter de nuire Ă nous-mĂȘme ou Ă autrui. Le dĂ©sir nait soit de lâintention dâobtenir quelque chose de mieux, plus sĂ»r, plus agrĂ©able, soit du rejet de ce qui est, en faveur de ce qui aurait pu ĂȘtre ou pourrait ĂȘtre.
De lâautre cĂŽtĂ©, lâamour authentique est animĂ© de lâintention de laisser toute chose ĂȘtre pour elle-mĂȘme, quelquâelle soit. Ăvidemment, ça nâest pas simple ! Beaucoup dâentre nous grandissent en effet en confondant le dĂ©sir â fait dâun tissu dâattirance et de rejet â avec lâamour tissĂ© dâacceptation inconditionnelle.
Du coup, il est difficile de comprendre la nature de lâamour bienveillant lorsque vous ĂȘtes sous le contrĂŽle de vos propres dĂ©sirs de faire et dâavoir. En plus, et mĂȘme si ça nâest pas la mĂȘme chose, le dĂ©sir peut se produire en mĂȘme temps que lâamour. Pourtant, lâamour authentique nâest pas quelque chose qui peut ĂȘtre obtenu ou qui peut ĂȘtre fait.
Lâamour EST, tout simplement.
La jalousie peut ĂȘtre un indice pour diffĂ©rencier lâamour et le dĂ©sir : la jalousie nait en effet dâun dĂ©sir incontrĂŽlable de possĂ©der ou de dominer ; qui nâest ni de lâamour, ni une preuve dâamour. La jalousie est en rĂ©alitĂ© enracinĂ©e dans la peur du manque, ainsi que dans un dĂ©ficit dâestime et de confiance en soi.
Le dĂ©sir, sous ses diffĂ©rentes formes, peut conduire les gens Ă faire nâimporte quoi. Câest un affect qui peut troubler lâĂȘtre humain du point de vue corporel et psychique en gĂ©nĂ©rant, par exemple, un appĂ©tit alimentaire ou sexuel insatiable, voire une intensitĂ© mentale irrationnelle. Pendant toute la durĂ©e du dĂ©sir le plaisir des sens â premier obstacle de la pratique â peut ĂȘtre exacerbĂ©.
Malheureusement â comme chacun de nous a sans doute dĂ©jĂ pu lâexpĂ©rimenter â possĂ©der lâobjet du dĂ©sir ne satisfait pas le dĂ©sir, car on ne dĂ©sire pas ce quâon possĂšde et, dĂšs que lâon possĂšde ce quâon dĂ©sirait, la chose possĂ©dĂ©e perd de son intĂ©rĂȘt. On se sent alors déçu et frustrĂ© et on cherche alors lâexacerbation des sens dans une nouvelle chose a dĂ©sirer.
Au contraire, lâamour vrai ne rend personne jaloux. Il assainit et assagit. Il ne pousse pas les gens dans des crises de jalousie. Lâamour authentique ou bienveillant ne conduit jamais les gens â soi disant par amour â Ă tuer ou Ă voler, Ă tricher ou Ă jalouser, Ă fantasmer ou mĂȘme Ă sâinquiĂ©ter.
Lâamour bienveillant se rĂ©vĂšle lorsque vous libĂ©rez votre besoin de possĂ©der la chose â qui peut ĂȘtre un objet, une personne ou un animal â de votre dĂ©sir. Cela se produit au moment ou vous rĂ©alisez que vous approprier cette chose ne vous rendra pas plus heureux ou plus complet, ni plus satisfait dâexister. Le fait que cette chose existe est suffisant en soi. Nul besoin de se lâapproprier, de la possĂ©der.
Lâenseignant Osho rĂ©sume trĂšs bien les choses Ă ce sujet: âsi tu aimes une fleur, ne la cueille pas. Si tu la cueilles, elle meurt et elle arrĂȘte dâĂȘtre ce que tu aimes. Alors si tâaimes une fleur, laisse-la vivre. Tout simplement.
Lâamour nâest pas la possession. Lâamour, câest apprĂ©cier ce qui estâ. Aimer quelque chose ou quelquâun de façon authentique et bienveillante consiste Ă sâeffacer, Ă disparaĂźtre en sa faveur. Aimer authentiquement, cela signifie mourir Ă ses propres intĂ©rĂȘts afin que la chose aimĂ©e â objet, animal ou personne â puisse ĂȘtre ce quâelle est vraiment, pleinement, inconditionnellement. âJoli discoursâ me direz-vous, mais une telle attitude peut paraitre surhumaine Ă la plupart dâentre nous.
Quâelle est la source de lâamour bienveillant ?
Sur votre chemin de vie, lâamour bienveillant est peut ĂȘtre quelque chose de nouveau mais rĂ©flĂ©chissons un instant : la Vie, au-travers de sa nature impermanente, Ă©phĂ©mĂšre, ne se charge-t-elle pas dâoffrir Ă chacun de nous des opportunitĂ©s dâapprendre Ă aimer dâun amour plein, sans attachement, sans condition ? Quâest-ce qui, en effet, pourrait bien appartenir rĂ©ellement Ă des ĂȘtres qui naissent nus et terminent en poussiĂšre ?
Rien et tout Ă la fois : RIEN car, lorsque nous pensons nous approprier des objets, des titres, des animaux ou des personnes, nous nâamassons que vanitĂ©s au cours dâune vie terrestre qui â Ă lâĂ©chelle de lâUnivers â ne dure pas plus longtemps quâun souffle. TOUT car toutes choses sont reliĂ©es les unes aux autres par des liens invisibles qui font quâil nâexiste pas rĂ©ellement de sĂ©paration entre lâocĂ©an et la goutte dâeauâŠ
Lâhistoire raconte dâailleurs quâil y avait un homme trĂšs riche et un homme trĂšs pauvre. Chacun dâeux avait un fils et chacun dâeux vivait de part et dâautre dâune grande colline. Un jour, lâhomme trĂšs riche fit monter son fils au sommet de la colline et, embrassant tout le paysage dâun grand geste du bras, il lui dit : regarde, bientĂŽt tout cela sera Ă toi ! Au mĂȘme instant, lâhomme trĂšs pauvre qui avait fait monter son fils sur lâautre versant de la colline lui dit simplement, devant le soleil levant qui illuminait la plaine : regarde, toute cette beautĂ© sera toujours en toi !
Lâamour authentique Ă©mane de la nature essentielle de lâesprit. Il est Ă la source de toute chose mais demeure masquĂ© par les voiles de lâego. Cet amour-lĂ Ă©mane dâune capacitĂ© humaine beaucoup plus sophistiquĂ©e que le simple dĂ©sir, mĂȘme si ce dernier, pour le meilleur ou pour le pire, a toujours Ă©tĂ© un moteur puissant de la motivation humaine. Car la nature du dĂ©sir nâest pas mauvaise en soi. Bien gĂ©rĂ©, certains dĂ©sirs peuvent en effet soulever des montagnes et conduire Ă lâaccomplissement de grandes choses, y compris au service dâautrui.
Mais lorsquâil est mal gĂ©rĂ©, le dĂ©sir est comme un vieux moteur bruyant et mal rĂ©glĂ© qui consomme toute lâattention de son conducteur, comme si câĂ©tait un carburant illimitĂ©. Le dĂ©sir brĂ»le toute lâattention et force le conducteur ivre dâenvie Ă dĂ©penser beaucoup dâĂ©nergie sur de courtes distances et en prenant de grands risques. Les dĂ©sirs sont personnels. Ils vous sont attachĂ©s et vous mĂšnent lĂ oĂč vos attachements vous mĂšnent. Ils ne peuvent pas ĂȘtre plus grands que vous. Ă lâinverse, lâamour bienveillant dĂ©saltĂšre Ă la fois la personne qui lâoffre et celle qui le reçoit. Câest comme une eau pure et fraiche qui permet Ă chacun dâavancer loin Ă peu de frais.
Lâamour authentique est impersonnel. Il est plus grand que vous et moi ne le seront jamais. Il vous dĂ©passe totalement tout en vous incluant pleinement⊠Aimer ce qui se trouve au-delĂ de vous mais qui vous contient, câest vouloir que le bonheur de ces choses ou de ces personnes soit au moins aussi grand que le vĂŽtre.
Par consĂ©quent, lâamour bienveillant dissout toutes les frontiĂšres et sĂ©parations entre vous et moi, entre vous et eux, entre nous tous. Ces frontiĂšres sont de toute façon conceptuelles et imaginaires, culturelles et sociales, Ă©ducatives et liĂ©es Ă une Ă©poque. Lâamour authentique nous donne la capacitĂ© de voir suffisamment clairement pour constater que les frontiĂšres qui existent sont en nous, que les seules sĂ©parations qui existent sont aussi en nous. Tout ce que nos dĂ©sirs Ă©goĂŻstes cherchent Ă accaparer, Ă possĂ©der, Ă dominer, Ă contrĂŽler Ă lâextĂ©rieur, dans le monde, nâest que le signe que nous sommes encore sous lâemprise de lâego, de la peur et de lâillusion du manque.
Rien ne manque en rĂ©alitĂ© ! Tout est dĂ©jĂ complet. Tout est dĂ©jĂ lĂ , pleinement prĂ©sent ici et maintenant, en abondance. Il ne sâagit âqueâ dâune question de changement de perspective, de paradigme. Il sâagit de passer du âjeâ au ânousâ, du âpouvoir sur les choses et les gensâ au âpouvoir pour les choses et les gensâ.
Le dĂ©sir est particulier, exclusif, mais lâamour est universel, inclusif. Ainsi, lâamour bienveillant ne peut ĂȘtre rĂ©servĂ© Ă une seule personne. Si vous nâaimez quâune seule personne, vous nâaimerez probablement personne. Lâamour nâest pas quelque chose que vous pouvez viser ou atteindre puisquâil est dĂ©jĂ lĂ . Câest plutĂŽt quelque chose que vous devez reconnaĂźtre et accueillir. Plus votre amour est vrai â en dâautres termes, moins vous lâavez confondu avec quelque chose dâautre â plus il devient universel. Aimer authentiquement, complĂštement et avec bienveillance, câest aimer TOUT.
âPlus facile Ă dire quâĂ faireâ, me direz-vous maintenant. Et cela demande en effet de la pratique pour abandonner petit Ă petit le âcâest bon pour moiâ au profit du âcâest juste bonâ.
Ă lâĂ©chelle du temps de notre Ă©volution, la plupart des ĂȘtres humains nâen sont quâau dĂ©but de lâexpĂ©rimentation qui consiste Ă travailler avec quelque chose de plus grand et plus important que leurs dĂ©sirs personnels. Mais lâamour bienveillant est dĂ©jĂ partout, comme en arriĂšre-plan. Il est trop perceptible pour ĂȘtre complĂštement ignorĂ© ou marginalisĂ©, mĂȘme parmi une population humaine largement sous lâemprise de dĂ©sirs mal gĂ©rĂ©s et entretenus par un systĂšme matĂ©rialiste et consumĂ©riste qui trouve sa dĂ©mesure ridicule dans le black friday. MalgrĂ© tous nos excĂšs, je crois que câest une pĂ©riode intĂ©ressante Ă vivre. De toute façon nous nâen avons pas dâautre que celle-ci! đ
Nous baignons dans une culture de la consommation, tellement orientĂ©e sur la satisfaction personnelle quâelle a inventĂ© la pornographie, cette mise en scĂšne vulgaire et bestiale de dĂ©sirs purement physiques qui sert trop souvent dâĂ©ducation Ă des jeunes qui pensent que câest ça âfaire lâamourâ. Nous devons apprendre Ă mieux canaliser nos dĂ©sirs pulsionnels afin dâaimer pleinement, sans attentes et sans conditions.
La pratique rĂ©guliĂšre de la mĂ©ditation pleine conscience offre une base prĂ©cieuse pour dĂ©couvrir le sens vĂ©ritable de lâamour bienveillant. La solution Ă bien des problĂšmes du Monde sera de plus en plus Ă©vidente Ă mesure quâun nombre croissant de personnes commenceront Ă le comprendre et Ă faire cette transformation. La premiĂšre Ă©tape consiste Ă connaĂźtre la diffĂ©rence entre les diffĂ©rents stades de lâamour.
Quels sont les diffĂ©rents stades de lâamour ?
La langue française nâutilise quâun seul verbe pour parler dâamour ce qui est aussi restrictif que de nâavoir que lâadjectif âvertâ pour parler de toutes les nuances de vert qui existent. Du coup on aime sa femme, comme on aime sa maison, le chocolat, son chien ou le football. đ Difficile de bien comprendre la nature de lâamour dans ces conditions de langage. Pour cette raison, lorsque jâaborde le sujet de lâamour, jâaime revenir Ă mes Ă©tudes de thĂ©ologie et Ă la façon dont lâamour est dĂ©fini dans les Ăcritures.
Il existe plusieurs façons dâaimer et lâenseignement chrĂ©tien en distingue quatre qui mâont aidĂ© Ă construire mon mariage au cours de ces 20 derniĂšres annĂ©es. Je les donne ici Ă titre purement indicatif car elles constituent une grille de lecture et de rĂ©flexion, parmi dâautres, que je trouve intĂ©ressante : en grec il sâagit de la porneĂŻa, de lâeros, de la philia et de lâagapĂ©.
Le premier, lâamour porneĂŻa, câest celui du nourrisson pour sa mĂšre, quâil mange goulument Ă chaque tĂ©tĂ© ; presque comme sâil la consommait. Le nourrisson se dĂ©lecte du contact physique, de la chaleur du corps de sa mĂšre, de son lait. Ă ce stade trĂšs immature â mais qui peut malheureusement demeurer trĂšs longtemps chez certaines personnes â le corps de lâautre est un pur objet de satisfaction physiologique. Câest un amour dĂ©vorant, passif et dĂ©pendant qui attend que âlâobjet autreâ nourrisse le manque en soi. Câest amour lĂ est uniquement pulsionnel et sâil nâest pas nĂ©cessairement mauvais en soi, il constitue vraiment le stade zĂ©ro de lâamour. Câest plus un besoin quâun dĂ©sir Ă proprement parler.
Le second stade, lâamour eros, est tout orientĂ© vers le corps mais se dĂ©gage de lâemprise du besoin pour entrer dans le dĂ©sir. Il concerne les dĂ©sirs de la chair, le plaisir et la libido. Câest lâamour de lâattirance physique qui est souvent celui des dĂ©buts de relations amoureuses et qui sâĂ©panouit dans lâĂ©rotisme sensuel, le toucher, lâodeur de lâautre, le plaisir des yeux, le son de la voix. Si vous me passez lâexpression il ne sâagit pas que dâune âhistoire de culâ, câest aussi une pulsion de vie qui sâexprime ici. Rien de mauvais dans tout cela si ce nâest que lâeros nâest pas une garantie de durabilitĂ© car les corps changent avec le temps et que les pulsions peuvent disparaitre comme elles sont venues Ă mesure que les corps vieillissent et perdent de leur attrait. Lâamour eros est plein de manques, mais il libĂšre quelque chose en nous qui invite dĂ©jĂ au choix et donc au renoncement quâappelle de ses vĆux lâamour bienveillant.
Avec le troisiĂšme, lâamour philia, sâintroduit lâidĂ©e de la gratuitĂ©. Câest un amour qui implique une totale rĂ©ciprocitĂ©, une relation dâestime mutuelle et paritaire que lâon expĂ©rimente parfois dans certaines amitiĂ©s qui nâincluent pas la dimension de lâeros. Il ne sâagit pas dâamitiĂ© dâenfance, de camaraderie, de copinage ou de ces relations amicales dont on peut tirer quelque chose. Lâamour philia est plutĂŽt un immense sentiment dâestime rĂ©ciproque que lâon se tĂ©moigne et qui concerne ce genre dâami, plutĂŽt rare, dont on peut dire sans hĂ©siter quâon sera toujours lĂ pour lui en cas de besoin. En fait, lâamour philia se soucie vĂ©ritablement dâoffrir Ă lâautre le meilleur sans mĂȘme quâil ait besoin de le demander et sans rien attendre en retour. Beaucoup dâentre nous ne connaitrons jamais ce genre dâamour tandis que dâautre le rencontreront une ou deux fois au cours de toute leur vie.
Lâamour agapĂ©, enfin, est totalement dĂ©sintĂ©ressĂ© et inconditionnel. Câest amour si profond et si puissant quâil est Ă la source, intarissable, de toute chose. Câest, dans la grille de lecture chrĂ©tienne, lâamour du Dieu vivant qui montre aux hommes quâils devraient lâaimer pour ce quâil est et non pour ce quâil donne et qui les invite Ă aimer sans attente de rĂ©ciprocitĂ©. Cet amour-lĂ â impossible Ă expĂ©rimenter pour lâĂ©go â nâest pas fait de besoin, dâattirance ni de pulsion. Il nâest pas fait non plus dâun immense sentiment dâestime de lâautre, il ne choisit pas qui aimer ou haĂŻr, il aime TOUTE lâhumanitĂ© et lorsquâil fait du bien Ă un seul ĂȘtre en particulier, câest au nom de son amour pour tous les ĂȘtres. Dans ces manifestations, cet amour-lĂ rejoint, sans aucun doute, lâamour bienveillant et altruiste cher au Bouddha car lâamour agapĂ© est Ă lâexact opposĂ© du besoin, de lâattirance et de lâattachement. Pour un individu, cet amour bienveillant se vit au travers dâune sensation de permission ou de libĂ©ration, plutĂŽt que dâun sentiment de manque, de recherche ou dâaffection. Il sâagit de laisser aller plutĂŽt que de retenir.
Et lâamour bienveillant dans tout ça ?
Lâamour que jâappelle ici authentique ou bienveillant est inconditionnel. Il est subtil, silencieux et dĂ©licat. Il se cultive et lorsquâil apparait, comme une jeune pousse frĂȘle, il peut ĂȘtre facilement dĂ©truit par la luxure, lâenvie ou la peur. Dâailleurs, la force brutale afflige et dĂ©truit cette sorte dâamour trĂšs vulnĂ©rable.
Lâamour bienveillant est puissant mais il nâest pas forcĂ©. Pour grandir et sâĂ©tablir en nous, cet amour vĂ©ritable doit avoir de lâespace et il ne doit pas ĂȘtre contraint ou imposĂ©. Cet amour-lĂ est celui auquel invite toute transformation authentique. Câest une forme dâamour qui se focalise sur le dĂ©veloppement de sentiments positifs Ă lâĂ©gard des autres et sur la pratique dâactes concrets comme : la gentillesse, la sympathie ou la considĂ©ration.
Pour cette raison, dans la plupart des grandes traditions spirituelles humaines, on retrouve toujours une invitation Ă cultiver cet amour-lĂ qui se prĂ©sente sous diffĂ©rents noms : chesed ou lâalliance dâamour dans le judaĂŻsme qui a Ă©tĂ© traduit par misĂ©ricorde ou charitĂ© dans le christianisme ; metta ou la bienfaisance dans le bouddhisme ; priti dans lâhindouisme ; yogabindu dans le jaĂŻnisme, etc.
Comme on le sait aujourdâhui au travers de la recherche, lâempathie, la gentillesse et la compassion sont des sentiments trĂšs basiques dans lâespĂšce humaine. Quasiment dĂšs la naissance, les bĂ©bĂ©s Ă©prouvent de lâempathie. Or il nây a rien de moins Ă©gotique quâun bĂ©bĂ© dont toute lâexistence est tournĂ©e vers lâextĂ©rieur avant quâil nâapprenne Ă devenir une personne sĂ©parĂ©e du reste du Monde, avec une identitĂ© propre et, donc, un ego bien Ă lui. Mais câest un autre sujetâŠ
Il nâest en tous cas pas Ă©tonnant pour moi que cet amour bienveillant â qui inclut au lieu dâexclure â soit une notion rĂ©currente de tous les grands chemins spirituels et religieux. Par ailleurs, on sait Ă©galement que la pratique de la mĂ©ditation dite âde lâamour bienveillantâ offre de nombreux bienfaits qui sâĂ©tendent dâune amĂ©lioration du sentiment de bien-ĂȘtre Ă la guĂ©rison de certaines maladies tout en passant par une augmentation de lâintelligence Ă©motionnelle, cette compĂ©tence sociale dont nous avons tellement besoin.
La pratique de la mĂ©ditation de lâamour bienveillant semble amĂ©liorer positivement les attitudes interpersonnelles ainsi que les Ă©motions. Dans un contexte de jeu, par exemple, les personnes ayant pratiquĂ© ce type de mĂ©ditation affichent un comportement pro-social, câest-Ă -dire plus aidant que celles qui nâont pas pratiquĂ© (2011 Leiberg, Klimecki et Singer). Les mĂȘmes chercheurs ont remarquĂ© en 2013 que lâentrainement Ă ce type de mĂ©ditation augmente la rĂ©ponse empathique des participants Ă la dĂ©tresse des autres ainsi que les expĂ©riences affectives positives.
Une autre Ă©tude de 2012 faite sur les interventions basĂ©es sur la pleine conscience montre que cette pratique de lâamour bienveillant pourrait ĂȘtre celle qui est la plus efficace pour augmenter la compassion (Boellinghaus, Jones et Hutton). En 2013, des chercheurs ont constatĂ© que les participants Ă ce type de pratique dĂ©clarent expĂ©rimenter plus dâĂ©motions positives et se sentent plus connectĂ©es socialement (Kok et Al). En 2014, une autre Ă©tude a constatĂ© que six semaines de mĂ©ditation et de formation Ă lâamour bienveillant diminuaient le parti implicite contre les minoritĂ©s (Kang, Gray et Dovido).
ConcrĂštement, comment cultiver lâamour bienveillant en pleine conscience
En dĂ©cembre 2017 nous avons fĂȘtĂ©, mon Ă©pouse et moi, nos noces de porcelaine. Cela a fait vingt ans que jâai pris lâengagement dâaimer celle qui partage ma vie. Un chemin fait de sommets et de vallĂ©es que nous avons atteints et traversĂ©s ensemble, jusquâici. Ă lâheure oĂč jâĂ©cris ces lignes, nous partageons notre amour et notre bonheur avec trois beaux enfants et un chat.
Nous avons tous deux placĂ©s lâĂ©ducation et la prĂ©sence auprĂšs de nos enfants comme principale prioritĂ© de notre vie de famille pendant prĂšs de quinze ans. AprĂšs nos sacrifices professionnels, nous nous construisons aujourdâhui des vies professionnelles passionnantes que nous cherchons encore Ă Ă©quilibrer avec les exigences familiales quotidiennes. Bien que, sur le papier, tout cela puisse paraitre trĂšs beau et idyllique, cela ne traduit pas du tout ce que cela signifie de vivre des relations avec amour, en pleine conscience.
La pratique de lâamour exige en effet de porter intentionnellement et honnĂȘtement lâattention sur la connexion que nous ressentons avec ceux qui nous entourent au quotidien, par exemple dans lâintimitĂ© du foyer. Câest seulement aprĂšs avoir reconnu lâĂ©tat de notre connexion avec ceux qui nous cĂŽtoient dans la vie ordinaire que nous pouvons aspirer Ă approfondir cette relation aimante par petites touches. Je vais donc essayer de vous partager des exemples concrets pour cultiver lâamour bienveillant dans votre quotidien.
Voici des pratiques simples pour vous aider Ă accueillir vos relations plus consciemment et Ă cultiver lâamour bienveillant :
Comment vous sentez-vous relié ?
Prenez un moment aujourdâhui pour rĂ©flĂ©chir aux types de relations que vous entretenez dans votre vie actuelle. Dessinez un premier cercle indiquant les personnes les plus proches de vous.
Comment nourrissez-vous les relations que vous avez avec les personnes dans ce cercle intime ? Que pouvez-vous faire pour vous sentir plus (re)liĂ© Ă elles ? Qui pouvez-vous ĂȘtre pour elles afin de cultiver lâamour entre vous ?
Ensuite, dessinez des cercles concentriques Ă lâextĂ©rieur du premier cercle et Ă©crivez les noms des personnes de votre famille et de vos amis. RĂ©flĂ©chissez Ă la frĂ©quence Ă laquelle vous communiquez avec eux. Comment votre relation pourrait-elle ĂȘtre nourrie ? Existe-t-il des actes dâamour ou de bienveillance que vous pouvez exprimer aux personnes de ces cercles ?
ConsidĂ©rez les amitiĂ©s et les relations devenues lointaines. Souhaitez-vous les restaurer dâune maniĂšre ou dâune autre ? Souhaitez-vous vous relier Ă nouveau avec quelquâun du passĂ© ? Quelle est la nature de vos amitiĂ©s et de vos autres relations importantes ?
Prenez du temps pour rĂ©flĂ©chir Ă vos relations vous permettra dâavoir lâoccasion de mĂ©diter sur les personnes qui font ou ne font pas partie de vos vies et sur vos relations avec eux.
Cela permet une attitude dâouverture, de douceur et de gentillesse avec celles et ceux qui appartiennent Ă vos cercles. Cela vous aide Ă©galement Ă faire face Ă ce qui vous met mal Ă lâaise avec certaines personnes et Ă rĂ©flĂ©chir Ă la maniĂšre dont vous pourriez manifester les valeurs de la pleine conscience et susciter la âguĂ©rison relationnelleâ.
Pour intégrer cette réflexion, consulter réguliÚrement ces questions pendant quelques jours ou semaines.
Faites une pause lorsque ça chauffeâŠ
Toute relation implique des moments difficiles, des malentendus, des disputes et des tensions. Cependant, si vous pouvez vous engager Ă faire une pause lorsque vous percevez la colĂšre, lâirritabilitĂ© et lâagacement qui montent, vous vous comportez avec amour. Vous vous offrez le cadeau dâapprofondir votre relation avec vous-mĂȘmes et avec ceux que vous aimez. Rien ne sert dâessayer de communiquer sous le coup de la colĂšre, mieux vaut prendre le temps de se calmer avant de discuter sereinement de ce qui Ă©chauffe lâesprit.
En prenant une profonde inspiration et en vous rapprochant de lâĂ©motion et de sa manifestation physique, vous devenez capable de mettre plus facilement fin aux conflits relationnels. Et si la pĂ©riode est propice Ă la naissance de heurts avec certaines personnes que vous connaissez bien, vous pouvez mĂȘme dĂ©cider conjointement dâinstaurer un signe verbal ou non-verbal pour demander une pause avant que les choses ne sâenveniment. Câest une pratique dâamour que de vouloir communiquer avec lâautre sur une base sereine.
Communiquez pour enrichir votre vie et celle des autres.
En faisant une pause et en pratiquant lâamour bienveillant et la compassion, vous prenez conscience de la nĂ©cessitĂ© de communiquer de maniĂšre Ă enrichir votre vie et celle des autres. Rappelez-vous que cela demande du temps et de la pratique.
Lorsque vous vous mettez en relation consciente avec ceux avec qui vous vivez et travaillez, vous prenez conscience de la façon dont vos automatismes vous bloquent et vous éloignent de votre objectif de communication consciente.
Pourtant, pratiquer un peu chaque jour, avec une grande bienveillance envers vous-mĂȘme et autrui, peut vous aider Ă vous connecter Ă vos besoins rĂ©els et Ă la maniĂšre dont vous pouvez demander aux autres de les rencontrer, de maniĂšre enrichissante pour les deux parties. La relation devient ainsi une relation gagnante pour tout le monde, dans laquelle chacun des acteurs se place au mĂȘme niveau que son interlocuteur, simplement conscient de ses propres zones dâombre tout autant que de sa lumiĂšre intĂ©rieure.
Cultivez la bienveillance !
Dans les situations difficiles avec vos relations, la bienveillance â envers vous-mĂȘme dâabord et les autres ensuite â peut vous aider Ă cultiver le non-jugement et lâacceptation envers les Ă©motions difficiles que vous Ă©prouvez.
Lorsque vous pouvez respirer profondĂ©ment et vous rapprocher de lâĂ©motion sans rĂ©agir Ă la situation problĂ©matique, vous commencez Ă pratiquer lâamour inconditionnel envers vous-mĂȘmes et les autres.
Offrez-vous, ainsi quâaux autres, lâespace intĂ©rieur pour vous connecter Ă votre propre sagesse et pour agir de façon intentionnelle et affectueuse.
La bienveillance peut ĂȘtre pratiquĂ©e de plusieurs façons dans nos relations. Pour cultiver la relation dâamour inconditionnel avec votre cercle dâĂȘtres chers, vous pouvez mĂ©diter sur la bienveillance envers eux. Cette pratique peut ouvrir vos cĆurs et vos esprits afin de voir ceux que vous aimez pour ce quâils sont et ce quâils Ă©prouvent (au lieu de les voir pour ce que vous voudriez quâils soient). Câest un tel sentiment libĂ©rateur : voir vos proches de façon inconditionnelle, dans toute leur beautĂ© et leur gloire.
Entretenez la compassionâŠ
Dans vos relations, la compassion implique une comprĂ©hension profonde de lâautre personne et la pratique de lâacceptation non seulement pour ce quâelle est, mais aussi pour lĂ oĂč elle se trouve dans sa vie.
Cela inclut Ă©galement la pratique de la patience dans les moments difficiles que traversent vos relations afin dâĂȘtre lĂ pour elles et les aider Ă trouver en elles les ressources pour passer ces Ă©tapes difficiles.
Ătre juste lĂ , dans lâaccueil et lâĂ©coute attentive, est un acte dâamour puissant.
Rester prĂ©sent et disponible lorsque surgissent les faiblesses et fragilitĂ©s de ceux que vous aimez, câest pratiquer lâamour. Les accepter pour leur prĂ©sence et leur expĂ©rience unique, cela peut vous aider Ă reconnaĂźtre et accueillir vos propres attentes et perceptions sur vos relations. Vous pouvez alors faire preuve de compassion envers vous-mĂȘmes et vos propres Ă©motions difficiles, ce qui vous permet de communiquer de façon plus authentique et de grandir dans la sincĂ©ritĂ© et la transparence bienveillantes avec vos relations.
En conclusion
Pour conclure, notons que la pratique consistant Ă amener de la pleine conscience et de lâattention sur nos relations est un processus Ă la fois lent et magnifique. Il peut certes nous causer beaucoup de frustrations et de confrontations avec nos egos mais, en fin de compte, il est important de se rappeler que notre intention dâamener dans la conscience dans nos relations provient de notre volontĂ© dây expĂ©rimenter lâamour bienveillant en abondance.
Et câest sans aucun doute tout lâintĂ©rĂȘt de la pratique rĂ©guliĂšre de la mĂ©ditation pleine conscience Ă laquelle je vous invite.

« Il y a un espace en toi qui sait. Qui aspire Ă la clartĂ©, Ă la paix, Ă lâalignement. Je tâaide Ă y revenir, doucement, profondĂ©ment ».




