« La reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde »…
Ainsi débute le préambule de la fameuse Déclaration universelle des droits de l’homme, adoptée en 1948 par les 58 états membres des Nations unies. Des états qui sortaient de l’un des conflits les plus inhumains de notre histoire, avec, rappelons-le, des estimations allant de 50 à plus de 70 millions de morts.
« Tous les êtres humains naissent libres… » lisons-nous au début de l’article premier. Puis les mots « liberté », « libertés », « libres », « libérés », « librement » se multiplient dans un texte magnifique qui, bien que n’ayant aucune portée juridique, proclame haut et fort un idéal poursuivi par l’humanité depuis qu’elle existe : vivre la liberté, sœur aînée de la justice et de la paix.
Oui, la pleine conscience est un chemin vers la liberté. Mais pas la liberté que nous imaginons. La liberté ne se transmet pas et ne se possède pas : elle se gagne à chaque instant. La pratique de la pleine conscience la restaure en t’entraînant à interrompre tes réactions automatiques, à te libérer du « connu » (tes habitudes, tes conditionnements), et à choisir librement où poser ton attention, sans porter de jugement. Elle ne supprime pas les contraintes : elle t’apprend à choisir consciemment lesquelles tu acceptes.
Car c’est bien d’un idéal dont il s’agit. La « liberté » n’est pas un objet que nous pouvons donner ou dont nous pouvons nous séparer. Elle n’est pas non plus héréditaire. Ça n’est donc pas quelque chose qui se transmet d’une génération à une autre.
La liberté se gagne à chaque instant. Elle se prend au prix d’une décision, et d’un effort volontaire pour la conserver que je résume ainsi : demeurer aussi libre que j’ai décidé de l’être.
La liberté n’est en soi ni bonne ni mauvaise. C’est l’usage que nous en faisons qui détermine si celle-ci sert ou dessert notre aspiration à la justice et à la paix. Bossuet n’affirme pas autre chose lorsqu’il écrit : « le bon usage de la liberté quand il se tourne en habitude, s’appelle vertu ; et le mauvais usage de la liberté quand il se tourne en habitude s’appelle vice ».
Chacun peut ainsi user de sa liberté de penser ou d’expression pour nuire à autrui, pour offenser ou pour détruire. Chacun peut aussi user de cette même liberté pour soutenir, pour pardonner ou pour bâtir un monde plus juste et paisible.
Liberté et responsabilité sont ainsi, de mon point de vue, deux aspects indissociables à équilibrer en conscience pour plus de justice et de paix entre les hommes.
Ce que Bossuet nomme « habitude », permets-moi de l’appeler « le connu ». Les chercheurs qui étudient le fonctionnement de l’esprit et les bienfaits de la méditation le nomment conditionnement, ou mode automatique.
Le connu, pour le dire brièvement, c’est tout ce que nous pouvons reconnaître et nommer en catégorisant ou en mesurant : objets, êtres et phénomènes que nous subissons ou sur lesquels nous agissons en portant des jugements.
Le monde du connu comprend à la fois une aptitude et une attitude, tout à fait uniques dans le règne animal, qui nous conduisent à nous auto-limiter avec des croyances, à donner du sens, à réagir d’une certaine manière et, parfois même, à nous auto-emprisonner dans des addictions qui nous privent d’une partie de notre liberté chérie.
Mais tout ce qui est connu nous rassure. Il nous permet d’exercer nos routines en entretenant une forme de familiarité avec le train-train quotidien. Dans cette marche régulière et monotone du connu, beaucoup d’entre nous s’imaginent être libres, tout particulièrement parmi ceux qui vivent dans des « démocraties ».
Mais la réalité n’est-elle pas très éloignée, en fait, de ce que peut véritablement signifier le concept de liberté ? La conformation culturelle et sociale, ou l’auto-conditionnement, ont-ils le moindre lien avec la liberté ? Pour ma part, je ne le pense pas.
Entretenir quotidiennement l’esprit du débutant pour se libérer du connu est d’ailleurs, sans aucun doute, l’une des tâches les plus ardues et les plus satisfaisantes du méditant en pleine conscience.
Songe que, dans le contexte très hostile de nos plus anciens ancêtres, notre espèce était l’une des plus fragiles : pas de crocs, pas de griffes, pas de carapace, pas de peau épaisse, pas de venin, peu de force, peu rapide, une vue, une ouïe et un odorat très moyens, et des marmots incapables de subvenir à leurs besoins plusieurs années après leur naissance ! Du point de vue de la force physique, nos chances de survie et de développement en tant qu’espèce étaient quasiment nulles.
Seulement voilà. Nous avions un cerveau plus gros que la moyenne, qui nous a permis de mémoriser, d’apprendre, de faire preuve de créativité et même d’ingéniosité, de coopérer et finalement, en instaurant toutes sortes de routines issues de nos apprentissages, de nous répandre sur toute la Terre. L’humanité est descendue de son arbre puis a quitté sa grotte. Très certainement nous nous sommes libérés de notre condition d’espèce parmi les plus faibles, et nous avons inventé la technologie, la science et la civilisation.
Il va sans dire, donc, que l’esprit humain est un outil fabuleux. Et il ne s’agit pas ici de nier tout intérêt aux routines. Gardons simplement cette question à l’esprit : suis-je au service de mes habitudes, ou mes routines sont-elles à mon service ?
Dans le premier cas nous sommes simplement dépendants de notre connu. Dans le second, nos habitudes peuvent véritablement nous être utiles dans notre quête de liberté.
Ceci étant dit, en observant comment le culte moderne du matérialisme et du consumérisme a envahi notre quotidien, je m’interroge sur la nature de notre liberté.
Un culte de l’objet qui trouve son apogée dans la démesure orgiaque du black friday. Qui se manifeste aussi lorsque des consommateurs génèrent des émeutes à cause de pots de pâte à tartiner au chocolat en promotion, ou font la queue pendant des jours pour être les premiers à se procurer le dernier smartphone de la pomme ou la dernière console japonaise.
Combien de commodités technologiques modernes dominent notre vie aujourd’hui et entretiennent nos illusions égotiques ? Combien d’entre nous seraient capables aujourd’hui de se passer de tous ces objets, téléviseurs, smartphones, ordinateurs et autres robots ménagers, initialement destinés à libérer notre quotidien ? Sommes-nous vraiment libres de vivre des vies qui ne dépendent pas et n’entretiennent pas le système socio-économique ? Ce même système qui nous fournit l’argent nécessaire pour nous procurer notre eau, notre nourriture, notre lumière ou notre chauffage ?
Et bien qu’un nombre grandissant d’entre nous se tournent vers des solutions alternatives, celles-ci suffiront-elles à s’affranchir complètement du style de vie destructeur que l’espèce humaine entretient vis-à-vis d’elle-même et de la planète qui l’accueille ? Sérieusement, à quel point sommes-nous libres de vivre la vie que nous vivons ?
Beaucoup d’entre nous se plaignent d’être sous l’influence inconsciente de leur passé et de revivre en permanence des scénarios frustrants, stériles voire débilitants avec leurs relations les plus significatives.
C’est un des nombreux pièges de l’ego, qui nous maintient dans le connu en nourrissant l’image illusoire que nous nous faisons de nous-même, de nos possessions et de nos réalisations. Cette image, nous l’appelons notre identité ou personnalité, et elle occasionne de nombreuses souffrances.
Mais, pour trouver le bonheur, il ne s’agit pas de se faire une image extérieure de soi. Il s’agit plutôt d’être intimement connecté, en relation, avec ce que nous sommes, notre nature profonde.
En français, nous ne disons d’ailleurs pas « faire libre » mais « être libre ». Peut-être est-ce en partie dû au fait que nous ne sommes pas des « faire-humains » mais des « êtres humains ». En tout cas, c’est ce que beaucoup cherchent à devenir.
La liberté, c’est un état de l’être provenant de la capacité d’être, ou de devenir, soi-même. C’est-à-dire d’actualiser le potentiel qui sommeille en chacun de nous, à l’intérieur. Pour un pratiquant de méditation pleine conscience, cette actualisation repose sur la pratique qui consiste à diriger intentionnellement son attention vers l’expérience éprouvée instant après instant, sans porter de jugement.
Ainsi, à la différence du monde moderne qui se tourne vers la possession d’objets extérieurs qui satisfont l’ego et l’apparence, le méditant se tourne vers l’observation du sujet intérieur qui nourrit le sentiment d’unité et la présence. Ce choix intentionnel, d’apparence anodine, restaure jour après jour cette liberté d’être qui nous fait si souvent défaut dans notre relation avec nous-même et, par extension, dans nos relations avec les autres.
Nous nous attachons aux pensées et aux émotions qui constituent le tissu illusoire de notre identité égotique parce que l’inconnu terrorise l’ego. Les plus grandes peurs de l’ego tournent systématiquement autour de la perte, de la disparition et, bien entendu, de la mort.
Nous nourrissons trop souvent notre attention de ces pensées craintives et de ces émotions qui entretiennent des scénarios qui, tout en nous occasionnant de la souffrance, ont l’avantage d’être connus et, parfois même, produisent des bénéfices secondaires.
En voici un exemple. En entretenant l’idée d’avoir grandi dans une famille dysfonctionnelle, une personne justifie ses comportements violents et incontrôlables d’aujourd’hui avec ses enfants, ainsi que le sens qu’a pris sa vie misérable, selon elle. Comme elle est peu consciente d’être à l’origine de ses propres souffrances, entretenues par un dialogue intérieur savamment orchestré et rôdé depuis longtemps, blâmer son enfance, ses parents, les épreuves de sa vie peut lui permettre de se sentir moins coupable, voire de se faire passer pour une victime.
Pour elle, la responsabilité est ailleurs, à l’extérieur d’elle-même. Tout son connu est bâti autour d’une injustice qui justifie son identité et l’entretient dans une mentalité de victime. Elle ne se sent pas responsable de son malheur puisqu’elle se considère comme victime. Mais puisqu’elle n’est pas responsable de sa propre existence, comment pourrait-elle être libre ?
Aucun reproche dans cet exemple. C’est un simple constat. Il ne s’agit pas ici de nier l’importance et l’influence de notre histoire personnelle sur notre vécu présent et à venir. Il ne s’agit pas non plus de dédouaner de leurs actes blessants, douloureux ou violents les personnes qui ont occasionné de la souffrance dans nos vies. Il s’agit plutôt de prendre conscience que nous avons le choix, à chaque instant, de nous libérer du pouvoir que nous accordons dans nos vies à ces personnes et à ces évènements.
Il s’agit de réaliser qu’une fois la douleur estompée, nous sommes les auteurs, les metteurs en scène, les acteurs et les spectateurs de nos propres souffrances, que nous entretenons dans un dialogue mental qui devient le plus souvent inconscient.
Je ne dis pas que c’est facile de reprendre la responsabilité de sa vie. Je dis simplement que c’est possible : en apprenant à diriger intentionnellement son attention vers l’expérience éprouvée instant après instant, sans porter de jugement, nous restaurons notre liberté d’être la personne que nous sommes vraiment.
La fatalité n’existe pas en ce monde. Tout est impermanent.
Chaque jour est une nouvelle page blanche à écrire dans le livre de notre vie. Et même si les chapitres précédents ont une importance, tout peut toujours changer à chaque instant, pour peu que nous le décidions.
À ce sujet, comme l’explique d’ailleurs fort bien Joël de Rosnay, les chercheurs en épigénétique savent depuis peu que l’expression de nos gènes change en fonction de notre comportement ! Alors, au travers de la pratique régulière de la méditation pleine conscience, pourquoi l’image connue, limitante et emprisonnante que nous avons de nous-mêmes ne pourrait-elle pas, elle aussi, changer ?
J’observe que, mal comprise par les débutants, l’injonction « foutez-vous la paix », devenue à la mode chez certains adeptes de la méditation, peut devenir un véritable obstacle non seulement à la pratique mais aussi à la recherche de liberté.
Cet ordre peut être perçu, bien que ce ne soit pas l’intention initiale de son auteur, comme une invitation à nous maintenir dans le connu, là où nous aurions au contraire vraiment besoin de prendre cette décision de pratiquer, de faire cet effort volontaire pour nous libérer de la force d’inertie de nos habitudes. Cela peut même être reçu comme une invitation à procrastiner ou à justifier son manque de motivation.
Or qui n’a jamais constaté que la meilleure séance de sport ou de musique est souvent celle à laquelle nous n’avions vraiment pas envie d’aller, mais à laquelle nous avons pourtant fait l’effort de nous rendre par « devoir » ? Je l’ai, pour ma part, souvent expérimenté dans ma pratique sportive ou méditative, dans les moments où j’aurais bien fait autre chose que pratiquer mais où j’ai pris sur moi de me discipliner.
Un koan zen énonce ceci : « recherchez la liberté et vous deviendrez esclave de vos désirs. Recherchez la discipline et vous trouverez la liberté. » Cela m’a pris du temps et de la pratique pour expérimenter la vérité de cette affirmation. Et c’est bien ici que les routines quotidiennes mises en place à notre service peuvent en effet nous aider dans notre quête de la liberté.
Les routines choisies n’ont rien à voir avec des contraintes subies mais tout à voir avec les exigences de la liberté. En fait, j’envisage ma pratique journalière non pas comme une contrainte supplémentaire dans ma vie mais comme un acte de libération quotidien.
Je considère aussi ma discipline de pratiquant comme un acte d’hygiène ordinaire. De la même façon que je me brosse les dents chaque jour, je m’applique à pratiquer quotidiennement. Et si je n’ai pas de pratique formelle par manque d’envie ou de temps, ce qui m’arrive comme à tout un chacun, j’amplifie mes pratiques informelles.
Dans un cas comme dans l’autre, je ne m’auto-flagelle pas : la pratique est au service de mon hygiène mentale et corporelle, je ne suis pas au service de la pratique. Si je veux avoir une bonne hygiène, j’ai tout simplement intérêt à me discipliner pour pratiquer d’une manière ou d’une autre.
La pratique restaure ma liberté en m’entraînant à interrompre les mécanismes connus de réaction automatique, les schémas comportementaux récurrents devenus inutiles. Elle me permet d’introduire une plus grande présence dans mon expérience, instant après instant, à tout ce qui sans elle serait un simple comportement conditionné, purement automatique.
La pratique de la pleine conscience me permet de choisir librement où placer mon attention plutôt que de laisser cette attention être l’otage d’émotions et de pensées tellement ancrées qu’elles en deviennent totalement inconscientes. Mais une fois rétabli le choix conscient de l’endroit où placer mon attention, je peux choisir librement quels types de sensations, d’émotions, de pensées, de croyances ou de comportements je souhaite cultiver, cela en relation avec la personne authentique que je suis ou que j’aspire à devenir. Vivre une vie plus authentique, consciente et libre devient alors une réelle possibilité.
Ce faisant, je contribue à la construction d’un monde plus épanouissant, plus juste et plus paisible. Cela ne signifie pas vivre une vie sans contrainte, ce que je ne crois pas réellement possible dans un univers et un monde soumis à certaines lois naturelles ou sociales. Ma liberté consiste en réalité à choisir consciemment mes contraintes.
Ce processus libérateur commence au moment où nous réalisons que nous avons toujours le choix de diriger consciemment notre attention, sans porter de jugement, sur tel ou tel aspect de notre expérience vécue instant après instant. Il prend toute son ampleur lorsque nous comprenons intimement que nous ne sommes pas nos sensations, nos émotions, nos pensées, nos croyances, nos comportements, nos possessions, nos rôles ou nos accomplissements.
D’une certaine manière, au centre de tout cela, ou comme en coulisses, se trouve le cœur conscient, la présence attentive, la source véritable de l’être. Avec cette conscience grandissante nous devenons capables de changer de l’intérieur vers l’extérieur, en devenant plus présents, libres et authentiques.
Là où notre liberté était l’otage de notre attachement au plaisir des sens ou de notre aversion à nos peurs mythomaniaques, le processus de changement viendra assurément nous défier : dans certains domaines, nous ferons face à des comportements automatiques ou réactifs tellement ancrés qu’ils nous paraissent « naturels ».
Dans certains cas nous continuerons encore pendant quelque temps de nous plier à des comportements tellement habituels qu’il nous faudra continuer à vivre en réaction à certaines situations, jusqu’à ce que nous embrassions consciemment et sans jugement cet aspect de notre expérience et que nous décidions de ne plus nous identifier à ce dernier.
Dépasser certains conditionnements en ne s’attachant plus, ou en ne rejetant plus certaines choses, demande le courage d’une décision et la force d’un effort volontaire et répété. C’est là tout l’art du lâcher-prise : non pas tout abandonner, mais desserrer l’emprise de ce à quoi nous sommes agrippés. Et cela peut parfois être effrayant, voire décourageant, particulièrement si nous devons renoncer à quelqu’un ou à quelque chose à qui ou à quoi nous sommes très attachés.
Mais dans notre plus grand défi réside notre plus grande récompense : choisir de vivre une existence libre et authentique en devenant la personne que nous sommes réellement, au-delà de tout conditionnement inconscient. Encore une dimension de réalisation où la pratique de la pleine conscience porte certains de ses plus beaux fruits !
En nous engageant avec discipline sur un chemin plus authentique, nous dépassons petit à petit nos propres limitations. En passant nos conditionnements au creuset du changement, nous nous épanouissons et découvrons avec joie le sens véritable du mot « liberté ». C’est le chemin que je pratique au quotidien, celui de La Voie de l’Instant.
La liberté ne se pense pas, elle s’expérimente. Voici un geste bref, à poser dès la prochaine fois qu’une réaction familière monte en toi.
Une contrariété arrive : un mot de travers, une notification, une envie soudaine. Avant de répondre, marque un temps d’arrêt.
Nomme intérieurement ce qui se joue : « voilà le connu qui reprend la main ». Simplement le voir, sans le juger.
Puis pose-toi une seule question, sans chercher à bien répondre : suis-je au service de cette habitude, ou peut-elle être à mon service ?
Cet instant minuscule, ce petit blanc entre le stimulus et ta réaction, c’est là que loge ta liberté. Tu n’as rien à réussir, rien à rater. Tu observes, et déjà quelque chose se desserre.
Oui, mais pas au sens de « faire tout ce que nous voulons ». La pleine conscience te rend plus libre en restaurant le choix conscient de l’endroit où tu poses ton attention. Là où tes réactions étaient automatiques, otages d’émotions et de pensées devenues inconscientes, tu retrouves un espace pour décider. Cette liberté-là ne supprime pas les contraintes de la vie : elle te permet de les choisir consciemment plutôt que de les subir.
Ça se gagne, à chaque instant. La liberté n’est pas un objet que nous donnons, ni un héritage qui se transmet d’une génération à l’autre. Elle se prend au prix d’une décision et d’un effort volontaire pour la conserver. Une belle formule résume cela : demeurer aussi libre que tu as décidé de l’être. C’est un acte quotidien, jamais un acquis définitif.
Parce que la discipline te libère de la force d’inertie de tes habitudes. Un koan zen le dit ainsi : « recherchez la liberté et vous deviendrez esclave de vos désirs ; recherchez la discipline et vous trouverez la liberté. » Une routine choisie n’a rien d’une contrainte subie : c’est un acte de libération répété. Comme se brosser les dents, elle relève de l’hygiène, ici mentale et corporelle, pas du sacrifice.
En cessant de te laisser gouverner par lui, pas en le reniant. Reconnaître l’influence de ton histoire n’oblige pas à en rester prisonnier. Il s’agit de réaliser qu’une fois la douleur estompée, tu es l’auteur, le metteur en scène et le spectateur des scénarios que tu entretiens en dialogue intérieur. Diriger ton attention, instant après instant et sans jugement, sur ton expérience réelle : c’est ainsi que le connu perd peu à peu son pouvoir sur toi.
Et toi, quelle contrainte choisis-tu aujourd’hui, en conscience, pour te sentir un peu plus libre ?
Si ce chemin te parle, nous t’ouvrons la porte chaque mardi matin. Avec Jacqueline, nous écrivons « Au coin du feu », une lettre où nous partageons, sans détour, ce que la pratique nous apprend au fil des jours et des saisons. Tu peux la recevoir gratuitement en t’inscrivant ici. Et si le « mode automatique » te parle plus encore, tu trouveras un compagnon de route dans notre article sur le mode zombie et la pleine conscience.
Jean-Marc

Jean-Marc Terrel est facilitateur de pleine conscience. Instructeur MBSR certifié et auteur de « L’art de vivre en pleine conscience » (320 pages, Éditions de Mortagne, 2019), il accompagne depuis plus de vingt ans des personnes en quête de présence et de sens. Il anime des retraites et voyages initiatiques, une application mobile de méditation et vit aujourd’hui dans la campagne près d’Essaouira. Son approche, la Voie de l’Instant, tient en une intuition simple : rien à devenir, juste à se souvenir. Avec sérieux, mais sans se prendre au sérieux. Tous réseaux confondus, plus de 250 000 personnes le suivent, et l’on prolonge la conversation sur La Tribu.
