On me parle du bonheur presque à chaque retraite. Et à chaque fois, je remarque la même chose : ce mot que tout le monde emploie ne veut pas dire la même chose d’une personne à l’autre.
Les spécialistes du développement personnel adorent relier la quête du bonheur à la connaissance de soi. Le raccourci est séduisant. Il me semble pourtant peu pertinent de parler de poursuite du bonheur sans tenir compte de ce détail : ce terme très usité recouvre, selon celui qui le prononce, des réalités qui n’ont parfois rien à voir entre elles.
Non, le bonheur véritable ne se trouve pas dans un état de plaisir ou de félicité que la méditation viendrait fabriquer. En pleine conscience, le bonheur n’est pas une sensation agréable à atteindre, mais une manière d’accueillir chaque instant tel qu’il est, agréable ou non, sans le juger. Sa source n’est pas l’extase, c’est l’équanimité : ce regard qui tient ensemble les sommets et les vallées de ta vie. Le bonheur devient alors disponible partout, y compris dans la difficulté.
Pour les uns, le bonheur est une sensation fugace qui provient de l’extérieur, un plaisir éphémère qu’il faut savoir saisir dans toutes ces petites choses que le quotidien nous offre et que nous ne voyons plus tellement elles nous paraissent banales.
Pour les autres, c’est un objectif que nous devons nous appliquer à atteindre, lié à la satisfaction de besoins matériels.
Pour d’autres encore, le bonheur est une attitude de positivisme de principe qui exclut toute forme de tristesse ou de négativité.
Et je ne parle pas de ceux qui pensent que nous sommes, ou pas, heureux de naissance. Ni de ceux qui s’interdisent d’être heureux par peur d’être déçus ou frustrés.
Alors qu’en est-il vraiment du bonheur, et en quoi la pratique de la pleine conscience peut-elle nous aider ?
La partie de notre esprit avec laquelle la plupart d’entre nous s’identifie, je l’appelle le « roi des bavards ». C’est cette partie de nous qui commente, qui juge et qui bavarde en permanence dans notre tête au sujet de ce que nous sommes ou ne sommes pas, de ce que nous faisons ou ne faisons pas, de ce que nous avons ou n’avons pas.
Elle peut devenir tellement envahissante qu’il devient très difficile de la faire taire plus de quelques secondes.
Et lorsque nous commençons la pratique de la méditation pleine conscience, nous réalisons souvent à quel point cette partie de notre esprit a pris le contrôle de nos pensées.
Le pratiquant qui persévère découvre ensuite que le « roi des bavards » a tendance à orienter l’attention sur la saisie plutôt que le lâcher-prise, sur le plaisir plutôt que sur la douleur, sur la peur plutôt que sur la confiance en soi, sur la joie plutôt que la tristesse, sur le déni plutôt que sur l’acceptation, sur le gain plutôt que la perte, et ainsi de suite.
Son rôle, bien qu’essentiel à l’apprentissage du choix et de la liberté, se cantonne à un « espace bipolaire » qui nous maintient dans une vision dualiste de la Vie. La dualité est nécessaire à notre évolution : si nous pouvions réellement atteindre un état de bonheur ininterrompu, nous n’aurions plus aucune motivation pour mettre en marche le mouvement et les changements indispensables à notre progression. Ce que je ne pense évidemment pas souhaitable.
Si la dualité existe, s’il y a du manque, du mal, du malheur et de la souffrance, c’est afin que nous évoluions vers le haut. Quand tout va bien, qu’il n’y a pas d’épreuves, nous n’apprenons rien, ou très peu, à notre propre sujet ou au sujet de la Vie. Cela peut paraître choquant ou inacceptable pour beaucoup, mais c’est pourtant bien vrai.
C’est en effet dans le creuset des épreuves, ces opportunités que la Vie nous offre en cadeau, que nous trouvons l’énergie et la motivation du changement. Si tu refuses de quitter une vision du monde « à l’eau de rose », de telles affirmations peuvent te paraître dures, voire impitoyables.
Mais si tu acceptes la réalité intrinsèque de l’existence, l’inévitable et nécessaire tension entre les pôles opposés de ton existence peut devenir une véritable source de progrès. Quand le bonheur est là, tu en jouis pleinement tout en sachant que tout est impermanent et que, donc, rien ne dure. Et quand le malheur frappe à ta porte, une fois reconnues et accueillies les émotions désagréables liées à cette situation, tu sais que c’est le moment d’apprendre, de changer, d’évoluer.
Conscient de cela, tu peux alors plus facilement te réjouir de ce qui est en train d’apparaître de nouveau dans ta vie, car tu sais intérieurement que ce que la chenille appelle « la mort », le papillon l’appelle « renaissance ».
Le premier pilier de la pleine conscience consiste à accueillir sa propre expérience de l’instant présent dans une attitude de non-jugement. Puisque le bavard en est infoutu et que c’est un des fondamentaux de la plupart des grands chemins spirituels, c’est probablement que les sages ont découvert qu’une autre partie de nous en est capable. Tu ne crois pas ?
J’aime parler de ce qui, en nous, pratique la pleine conscience comme « le témoin », « l’observateur » ou « la présence ». Cet aspect fondamental de notre être est « cela qui, en nous, connaît et sait ». La présence qui observe le bavard en nous est en dehors de la dualité. Elle l’intègre et la dépasse, car, de son point de vue, tous les aspects de la dualité sont aussi valables les uns que les autres.
Dans cette dimension, il n’y a plus de séparation, plus de sujet et plus d’objet, plus de haut et de bas, de bien et de mal, de lumière et d’ombre, de vie et de mort.
Il n’y a que réunion des opposés complémentaires. Ne subsiste en elle, pour ainsi dire, que la totalité et la complétude.
Il n’y a plus, dans la dimension de la présence, que l’union et la relation indicibles de toutes les choses entre elles, l’intégration et le dépassement ineffables des contradictions, qui conduit à la liberté complète et au bonheur total.
La pratique de la pleine conscience devient ainsi une merveilleuse approche du réel, qui augmente la prise de conscience de ce qui se passe réellement à chaque instant, parce que la présence en nous n’ignore pas et n’accentue pas certains aspects de la réalité sur la base de préférences dualistes.
Si tu m’as suivi jusqu’ici, tu comprendras sans doute pourquoi je réfute l’idée que la méditation pleine conscience pourrait nous mener à un bonheur basé sur une sensation de plaisir, même extatique, sur l’atteinte d’un objectif, la satisfaction d’un besoin matériel, ou sur le rejet des aspects désagréables de notre expérience, comme, par exemple, nos peurs.
En effet, comme toutes ces fausses visions du bonheur sont nécessairement basées sur des jugements dualistes, qui amputent la réalité des choses telles qu’elles sont, le bonheur que recherchent la plupart des gens est, de mon point de vue, une illusion fondée sur des préférences. Et ces appétences n’ont rien de commun avec le fait d’accueillir et d’accepter notre vécu dans une attitude de non-jugement, comme l’exige une authentique pratique de pleine conscience.
Ceci signifie que si tu pratiques correctement la méditation de pleine présence, ton étape ultime ne sera pas un bien-être merveilleux fait d’extase sensorielle, mais plutôt une conscience élargie, spacieuse, de ce que tu perçois ici et maintenant. Et que cela plaise ou non à tes sens n’aura plus aucune importance. Le plaisir des sens ou la douleur seront juste des aspects de ton expérience, des parties du puzzle de l’instant présent que tu aborderas avec la conscience qu’ils sont comme l’arbre qui cache la forêt.
Précisons ici, car la question m’a déjà été posée, que pratiquer la pleine conscience ne signifie pas que nous n’avons aucune préférence, ou que nous ne faisons rien dans nos vies pour soulager la douleur lorsqu’elle se présente. Nous ne sommes pas des mollusques décérébrés qui subissent passivement les aspects sombres de l’existence.
Cela ne signifie pas non plus que nous sommes insensibles au sentiment de satisfaction, ni aux innombrables plaisirs éphémères que peut offrir une attention vigilante à toutes les beautés que la Vie nous offre au quotidien. Nous ne souffrons pas, je l’espère, d’alexithymie.
En fait, comme pour tout un chacun, c’est plutôt le roi des bavards qui nous empêche d’être pleinement présents aux plus beaux aspects de notre existence. Il nous débite toutes sortes de commentaires au sujet des choses et des circonstances : ce qui aurait dû être, ce qui devrait être, ce qui sera.
À cause de ce « matraquage mental », la plupart d’entre nous se trouvent inconsciemment sous son influence, en mode zombie ou « pilotage automatique ». De ce fait, un grand nombre de personnes se trouvent bien en peine pour accéder à leur « observateur » autant qu’elles le pourraient et le devraient.
Cela leur permettrait pourtant d’accueillir les sensations, les émotions, les ressentis et les pensées sans porter de jugement, sans saisir un aspect préférentiel et, donc, déséquilibré de leur expérience. Elles apprendraient ainsi à embrasser la totalité de ce qui est présent pour elles à chaque instant.
Malencontreusement, l’immense majorité d’entre nous ne perçoit qu’une image tronquée de la réalité, que l’accès à « la présence » permet pourtant d’accueillir dans sa totalité. Comment un bonheur authentique pourrait-il provenir d’une vision partielle et déséquilibrée des choses ?
Car le manque d’équilibre est bien l’une des principales causes de la souffrance et du manque de bonheur : nous sommes tellement absorbés par les jugements émis en permanence par le bavard que nous en devenons incapables d’accueillir la Vie telle qu’elle se présente à nous.
Nous nous saisissons d’expériences douloureuses qui deviennent de véritables échardes, que nous remuons dans une chair meurtrie par la souffrance mentale que nous ajoutons à notre douleur physique. À la fois auteur, metteur en scène, acteur et spectateur de notre bonheur ou de notre malheur, nous ne voyons pas que c’est notre ego qui scénarise une image tronquée de ce que nous appelons la réalité.
Nous finissons même par croire à la vérité de notre propre scénario, par auto-justifier tout ce qui nous arrive, par rejeter sans le savoir des expériences qui pourraient pourtant nous aider à progresser dans notre histoire. Nous nous évertuons à vouloir changer des expériences qui nous arrivent et que nous n’acceptons pas, manquant ainsi les nouvelles connaissances que la Vie voudrait nous offrir.
Nous manquons finalement la plénitude qui se trouve au cœur de chaque instant, comme si nous avancions dans la vie avec des œillères.
En conséquence de toutes ces zones d’ombre, beaucoup de personnes se lancent dans la pratique de la méditation pleine conscience dans le but d’atteindre un état particulier de bien-être ou de félicité.
Quoi de plus compréhensible ?
Et, en effet, parvenir à désactiver le roi des bavards pour être attentif au seul instant présent peut produire des sensations physiques vraiment très agréables, même si l’expérience ne dure que quelques secondes. Certains en viennent alors à rechercher cet état de félicité qui efface momentanément la souffrance générée dès que le bavard émet des jugements négatifs sur les choses.
Avec beaucoup de pratique, certains méditants parviennent même à des états tellement agréables qu’ils sont convaincus d’avoir trouvé le chemin de l’illumination et le but de la méditation. Plutôt que des douleurs atroces, ils ressentent, par exemple, de doux frissons qui parcourent leur corps comme une onde électrique particulièrement agréable. Ils atteignent ainsi des « sommets de plaisir ».
Ils ne sont, malheureusement, que tombés dans un autre des pièges de leur ego : celui du plaisir des sens, l’un des cinq obstacles à la pratique authentique. Ce guet-apens concerne le bonheur illusoire et les sensations extatiques particulièrement agréables que peut procurer la pratique soutenue de la méditation.
L’extase des sens, qui peut être produite par certaines pratiques méditatives intensives, comme d’ailleurs par l’usage de certaines drogues, amène d’une façon ou d’une autre à se soustraire des différents aspects complémentaires du monde sensible.
La mauvaise nouvelle, c’est que courir après le plaisir des sens n’est pas un critère attendu de la pratique de la méditation pleine conscience, bien au contraire. Cette recherche du bien-être et de l’extase sensorielle est une des distractions de l’esprit, qui se retrouve, une fois de plus, pris au piège du monde de la dualité : en méditant, ressentir des « sommets de plaisir » découle d’un jugement de valeur qui signifie que tu ressens aussi, ou que tu renies, des « vallées de déplaisir ».
Or, le bonheur authentique se trouve au-delà de la dualité sommet/vallée et, donc, au-delà de la seule extase sensorielle.
Veux-tu en connaître le secret ?
En fait, le secret, c’est que le véritable bonheur existe tout autant, intrinsèquement, dans les sommets que dans les vallées, dans le plaisir que dans la douleur. Il n’y a pas plus de bonheur dans les périodes où tu es au sommet que dans celles où tu te trouves dans les vallées. Les unes comme les autres font simplement partie du chemin, et le bonheur est disponible à chaque instant, que tu te sentes au plus haut ou au plus bas.
Et ça, c’est vraiment une bonne nouvelle si tu prends le temps d’y réfléchir sérieusement…
Sainte Thérèse d’Avila, la mystique chrétienne réformatrice de l’ordre du Carmel, a passé une bonne partie de son existence à la recherche de la béatitude, cet état de jouissance extrême qui donne au croyant un aperçu de l’allégresse céleste.
Elle a souffert toute sa vie de douleurs physiques. Elle commença par penser qu’elle ne pourrait atteindre la félicité promise qu’en s’affranchissant assez longtemps de la douleur pour pouvoir expérimenter cet état d’extase sensorielle. Elle s’est finalement rendu compte de son erreur, et a fini par trouver ce à quoi elle aspirait.
Car elle a compris, en décrivant la différence entre l’extase et le bonheur, que la douleur pouvait rester bien présente et, en même temps, la déranger si peu qu’elle finissait par servir son âme plutôt que de la retenir. [à vérifier : la citation exacte attribuée à Thérèse d’Avila (« la douleur est toujours présente… j’ai l’impression qu’elle sert mon âme ») n’a pas pu être sourcée avec certitude ; reformulée ici en paraphrase indirecte, fidèle au paradoxe douleur/douceur documenté dans son autobiographie. Me redonner la source exacte si tu veux rétablir la citation entre guillemets.]
Le bavard en elle avait certes perçu toute la douleur présente. Et, en même temps, elle a fini par accueillir le bonheur que seule la présence en elle pouvait percevoir dans son entièreté. Somme toute, par la pratique répétée, elle a appris à se distancier de son propre bavardage mental en grandissant dans son acceptation des choses telles qu’elles étaient.
« Oui », la douleur existait en permanence.
« Oui », celle-ci pouvait lui servir de guide pour découvrir quelque chose de plus grand.
Finalement, en accueillant l’image tout entière, elle a trouvé ce qu’elle cherchait.
L’étape ultime de la pleine conscience n’est pas l’extase sensorielle, la félicité, la béatitude, ni même le bien-être. Si la pratique y conduit parfois, elle nous amène aussi, et peut-être surtout, à expérimenter plus pleinement les douleurs physiques bien réelles que nous vivons tous, mais aussi les souffrances mentales que nous y ajoutons, qu’elles soient émotionnelles, mentales ou spirituelles.
Nous découvrons la nature de notre esprit et son mode de fonctionnement. Ce à quoi nous mène alors la pratique de la méditation pleine conscience, c’est au bonheur authentique. Mais afin de l’accueillir pleinement, tu dois d’abord bien comprendre la différence entre l’extase passagère et le bonheur véritable : chaque instant de nos vies est en effet une occasion d’expérimenter le bonheur, mais nous le rejetons ou l’évitons parce que nous pensons, souvent inconsciemment, que les expériences difficiles doivent d’abord être supprimées.
C’est comme si nous nous interdisions d’être heureux tant que tous nos problèmes ne sont pas réglés. Ou alors nous plaçons toute notre énergie dans la recherche de plaisirs sensoriels, voire sensuels, dont la durée est somme toute très relative, et ce, aux dépens des autres aspects moins agréables de notre expérience.
Pourtant, nous ne sommes jamais aussi proches du bonheur que dans ces moments difficiles, car ils nous défient de briser notre attachement à l’idée d’un « bonheur sensoriel » qui n’est en fait lié qu’à une extase passagère, dépendant de circonstances elles aussi éphémères.
Il ne s’agit pas vraiment d’un bonheur authentique si l’expérience que nous étiquetons « bonheur » disparaît à la moindre douleur physique ou souffrance mentale. Le bonheur est au-delà de l’expérience dualiste heureux/triste, gain/perte, plaisir/déplaisir, ou même santé/maladie.
Nous ne connaissons pas la vraie nature du bonheur tant que nous sommes incapables de voir ce qu’il y a d’heureux dans notre peine, de gagné dans notre perte, de plaisant dans notre douleur.
Tant que nous ne voyons que des pièces du puzzle, il manque quelque chose à la complétude du tableau.
Tant que nous ne percevons qu’un seul côté de la pièce, nous n’avons pas idée de sa véritable valeur.
Une fois que nous trouvons le bonheur dans la douleur, c’est un signe que nous devenons aptes à le trouver partout. Notre esprit accueille les circonstances dans une perspective différente, plus complète, plus entière. C’est comme s’il percevait les deux faces d’une même pièce simultanément, sans en favoriser ni en rejeter aucune. Au lieu de se tenir du côté pile ou du côté face, il se tient comme sur la tranche, réunissant les deux aspects de la dualité en une seule et unique perception de la réalité.
Plus rien ne manque à ce qui est présent, et cette complétude est la source d’un bonheur indicible qui ne peut être ôté ni sur les sommets, ni dans les vallées.
Parvenu à cette compréhension de la Vie, le sentiment du bonheur n’est plus conditionné par certains états passagers : il devient une pratique en soi. La source de ce bonheur est, en fait, l’équanimité, qui considère que tous les phénomènes qui parviennent à notre expérience sont valables et peuvent être une source de progression. Et c’est cette équanimité, dont l’essence est faite de non-jugement, qui devient le cœur de la pratique d’un bonheur lié à un profond sentiment de complétude intérieure et de liberté.
Ce bonheur est fait tout à la fois d’acceptation, de contentement et de détachement. Il irradie vers l’extérieur et se maintient dans la vie avec une certaine constance, une stabilité, d’où provient une certaine sagesse.
Alors, quels que soient les goûts et les dégoûts du bavard, le pratiquant sait maintenant du fond de ses tripes que le bonheur provient de la façon dont il accueille chaque aspect de l’instant présent. Qu’il soit agréable ou désagréable n’a vraiment aucune importance.
Et si l’équanimité, c’était le véritable nom du bonheur ?
Pas au sens où nous l’entendons d’habitude. La pleine conscience ne fabrique pas un état de bonheur permanent, comme une pilule de bien-être. Elle t’apprend à accueillir ce qui est là, agréable ou non, sans le juger. Le bonheur qui en découle n’est pas une émotion passagère, c’est une stabilité intérieure qui tient même quand la vie est difficile.
Le plaisir dépend des circonstances : il vient, puis il repart, et le « roi des bavards » en réclame aussitôt davantage. Le bonheur véritable, lui, ne dépend d’aucun sommet ni d’aucune vallée. Il est disponible dans le plaisir comme dans la douleur, parce qu’il ne repose pas sur ce que tu ressens, mais sur la façon dont tu accueilles ce que tu ressens.
Surtout pas. C’est même l’inverse. Chercher à supprimer la tristesse, la peur ou la douleur, c’est amputer la réalité et se couper d’une part de la Vie. La pleine conscience t’invite à reconnaître et à accueillir ces émotions, sans t’y noyer ni les fuir. C’est en cessant de les rejeter que tu cesses d’ajouter de la souffrance mentale à ta douleur.
L’équanimité, c’est ce regard intérieur qui considère chaque expérience comme valable, sans en favoriser ni en rejeter aucune. Ce n’est pas de l’indifférence : tu ressens toujours, tu préfères toujours certaines choses. Mais tu ne te laisses plus mener par les préférences du bavard. Tu te tiens « sur la tranche de la pièce », en accueillant à la fois pile et face. C’est là, dans ce regard complet, que loge le bonheur.
Et si nous prenions ce chemin ensemble, un mardi à la fois ? Chaque semaine, avec Jacqueline, nous glissons dans les boîtes mail une petite lettre appelée « Au coin du feu » : quelques mots posés au calme, une réflexion, un geste tout simple pour revenir à l’instant. Rien d’un cours, juste une présence régulière. Si le cœur t’en dit, tu peux la recevoir ici. Et si tu veux poursuivre cette question du bonheur au-delà du plaisir, tu trouveras un prolongement naturel du côté de la liberté en pleine conscience.
Jean-Marc

Jean-Marc Terrel est facilitateur de pleine conscience. Instructeur MBSR certifié et auteur de « L’art de vivre en pleine conscience » (320 pages, Éditions de Mortagne, 2019), il accompagne depuis plus de vingt ans des personnes en quête de présence et de sens. Il anime des retraites et voyages initiatiques, une application mobile de méditation et vit aujourd’hui dans la campagne près d’Essaouira. Son approche, la Voie de l’Instant, tient en une intuition simple : rien à devenir, juste à se souvenir. Avec sérieux, mais sans se prendre au sérieux. Tous réseaux confondus, plus de 250 000 personnes le suivent, et l’on prolonge la conversation sur La Tribu.
