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L’acceptation et la Pleine Conscience

Un soir de retraite dans le désert, une participante m’a pris à part, au bord du feu qui baissait. Elle venait d’apprendre, par un simple message reçu sur le téléphone satellite, une nouvelle difficile qui l’attendait au retour. Elle tournait en rond, littéralement, entre les tentes.

Et elle m’a posé la seule question qui compte dans ces moments-là : « Comment je fais pour accepter ça ? »

Je n’avais pas de réponse toute faite. Personne n’en a. Mais je me suis assis avec elle dans le sable encore tiède, et nous avons regardé les braises ensemble un long moment, sans rien forcer.

Tu connais peut-être ça. Cette vie qui débarque avec une nouvelle que tu n’as pas commandée, et ce réflexe immédiat de vouloir la repousser d’une main.

L’acceptation en pleine conscience, ce n’est pas se résigner ni approuver ce qui te fait mal. C’est reconnaître ce qui est déjà là, ici et maintenant, au lieu de le fuir, l’ignorer ou le combattre. Cette reconnaissance n’a rien de passif : c’est une attitude dynamique qui donne à ton expérience l’espace nécessaire pour se déployer, afin que tu puisses choisir en conscience comment y répondre. En cessant de lutter contre ce qui est, tu arrêtes d’ajouter de la souffrance mentale à la douleur elle-même.

L’acceptation est le sixième pilier de la pleine conscience, juste après le non-effort. Nous aimerions nous raccrocher aux rives de la certitude, mais la vie est par essence une grande inconnue : nous ignorons complètement ce qui va se passer d’ici une heure, et cette ignorance de l’avenir peut faire naître de la peur dans notre esprit. Si cette peur demeure trop longtemps, elle peut se transformer en anxiété et pourrir chaque instant.

Pourquoi est-il si difficile d’accepter ce qui est ?

De la même façon, nous pouvons nous attacher à ce que nous avons connu par le passé pour construire nos attentes du lendemain. Un exemple : si nous avons connu des succès ou des déboires, nous nous attendons parfois à la même chose, et ne manquons pas d’être déçus ou surpris.

Dans un cas comme dans l’autre, même si nos actes passés ont semé des graines que nous récolterons un jour ou l’autre, rien ne garantit que la récolte qui vient sera « bonne » ou « mauvaise ». Comme la météo, la Vie est parfois inattendue et capricieuse : la floraison d’hier, qui semblait promettre une belle récolte pour demain, peut être détruite en un instant par une grêle imprévisible, une sécheresse sévère ou un parasite dévastateur.

C’est ici que l’acceptation peut jouer son rôle salvateur. En nous exerçant à choisir le bonheur à chaque instant, à nous libérer l’esprit pour être heureux, à changer notre regard et à apprécier chaque jour tel qu’il est, nous apprenons à considérer nos peurs et nos incertitudes sous un angle tout à fait nouveau. Il se peut même que nous découvrions que les pires catastrophes recèlent des trésors d’amour, et que derrière les plus grandes souffrances se cachent de merveilleux cadeaux.

Pour peu que nous regardions les choses en face et avec un certain recul, nous pouvons constater que chaque difficulté que nous traversons cache une occasion de grandir, d’apprendre, de changer quelque chose, de se transformer.

Ce que la chenille appelle la mort, le papillon l’appelle renaissance.

Oui, bien sûr. Mais la peur de la douleur et de l’inconnu n’encourage pas la chenille que je suis à accepter l’idée de la mort en la regardant dans les yeux. Mon ignorance de la nature du changement, de l’impermanence de tous les phénomènes, me pousse à rejeter ce qui est pourtant inévitable, incontournable. Tout change. Je change. Je vais mourir…

Vivre dans le déni de la réalité me semble plus facile, moins terrifiant que d’accepter les choses telles qu’elles sont. Quoi de plus naturel en apparence ?

Pourtant, en acceptant les choses telles qu’elles sont, nous découvrons que derrière le voile de fumée de la peur se cache en réalité la Vie. La peur de souffrir, la peur d’avoir peur, la peur d’échouer, la peur de savoir, la peur de réussir, la peur de la mort… Et dans les coulisses de l’incertitude de l’instant qui vient, sommeillent des forces vitales qui peuvent nous surprendre et nous ravir de bonheur.

Comment la non-acceptation nourrit-elle le « corps de souffrance » ?

Imagine que tu ressentes une douleur physique ou mentale. L’acceptation sera-t-elle vraiment ta première attitude ? Ta réaction naturelle ne sera-t-elle pas d’essayer d’ignorer ta sensation désagréable ou ton ressenti douloureux ?

Peut-être feras-tu comme si tu ne ressentais rien, ou chercheras-tu à te changer les idées en te distrayant de toutes sortes de manières. Peut-être même tenteras-tu de noyer la souffrance sur-ajoutée à tes ressentis par tes ruminations, en buvant de l’alcool, en consommant des médicaments ou des drogues.

Cette recherche de soulagement, par le truchement d’un comportement d’évitement, fonctionnera sans doute sur le très court terme. Mais les artifices et les leurres venant de l’extérieur ne tromperont pas longtemps la souffrance mentale intérieure, qui resurgira, parfois de façon amplifiée, tel un prédateur dévorant le corps ou l’esprit.

À moyen et long terme, le risque sera de cultiver des comportements addictifs qui s’adresseront aux symptômes et pas aux causes de la souffrance.

Nous pourrons alors ressentir comme un accroissement de la douleur. Et puis, petit à petit, avec le soutien de notre bavard intérieur, nous construirons de la souffrance émotionnelle et mentale autour de cette douleur que nous cherchons à éviter, à ignorer, à refuser. Tout cela ne fera qu’aggraver et entretenir le phénomène dans un cercle vicieux.

Nous nous demanderons pourquoi cela nous arrive, à nous ? Et pourquoi maintenant ? Nous penserons peut-être que ce n’est pas juste, que c’est toujours sur nous que ça tombe, que ça fait mal et que nous ne voulons pas souffrir… Ou, à l’inverse, nous développerons une forme de culpabilité en pensant que nous ne méritons pas d’être en vie, ou que nous méritons bien de souffrir et que c’est normal d’avoir mal.

Dans tous les cas, nous élaborerons tout un discours interne, argumenté, à notre propre sujet.
Nous nous le répéterons systématiquement, comme un disque qui passe en boucle.
Et nous finirons par croire toute cette imagerie mentale au point d’en faire notre identité, en disant par exemple : « je n’ai pas de chance dans la vie », « je suis quelqu’un qui a mal et qui souffre », « je ne mérite pas de me sentir bien », « je ne suis pas digne d’être heureux », « si je ne souffre pas ça n’a aucune valeur »…

Et cela continuera de renforcer le mécanisme bien huilé de la souffrance en boucle, encore et encore, en produisant des réponses inappropriées à nos circonstances. Nous aurons créé notre propre « corps de souffrance », cette entité mentale auto-générée par le bavardage négatif que nous entretenons au sujet de nos douleurs.

Accepter les choses telles qu’elles sont nous aide à rompre ce cercle vicieux. Cela nous entraîne à savoir comment poser « l’acte juste », c’est-à-dire comment nous comporter de façon aussi appropriée que possible, au milieu de nos circonstances. Comment ?

L’acceptation, une attitude dynamique et proactive ?

L’acceptation de ce qui est, certains préféreront parler de « reconnaissance de ce qui est », n’est pas une attitude de résignation ou de soumission. Il ne s’agit pas non plus d’un comportement exprimant de la passivité ou de l’abandon.

Le fait de permettre à mes émotions douloureuses d’exister dans ma vie, ici et maintenant, le fait de constater que des changements permanents, inattendus et parfois non désirés se produisent chaque jour dans mon corps, mes relations, mes projets, ne signifie pas que je n’agis pas. L’acceptation n’a rien à voir avec la passivité.

Accueillir les choses telles qu’elles sont, c’est au contraire une attitude dynamique, proactive, qui considère l’importance de donner de l’espace à ce qui est présent, afin de faire un choix en pleine conscience sur la façon de répondre à ce qui se présente.

L’attitude inverse, qui consiste à saisir, ignorer ou refuser les sensations, émotions ou pensées désagréables, peut avoir, à la longue, des conséquences dramatiques pour l’équilibre personnel et la santé.

Pourquoi ? Parce que cette attitude de déni ou de refus, souvent inconsciente, installe des comportements automatiques, des réactions qui nous confortent dans le fameux « mode zombie ». Ce mode de fonctionnement nous pousse à vivre à l’aveuglette, car il ne tient compte ni des sensations et ressentis réellement présents, ni de leurs précieux messages pour conduire notre vie de façon éclairée.

En fait, dans ce mode qui s’oppose à l’acceptation, nous agissons quasi systématiquement à l’encontre de nos besoins réels.

Pratiquer l’acceptation des choses telles qu’elles sont permet d’accueillir toute expérience, telle qu’elle se présente, dans l’instant, afin de lui donner l’attention et l’espace nécessaires pour qu’elle se déploie dans la conscience. Nous découvrons alors, par exemple, que les ressentis qui accompagnent certaines expériences désagréables ne durent pas éternellement, que tout est impermanent et finit par passer.

Une fois de plus, cela permet de se relier à chaque expérience d’une façon très différente de ce que produit le mode automatique qui saisit, ignore ou rejette les sensations, émotions ou pensées liées à un événement. Avec la pratique et le temps, il devient possible de laisser tout l’espace nécessaire à la manifestation des ressentis corporels, y compris désagréables, sans en être durablement affecté.

Comment l’acceptation réinitialise-t-elle le système ?

Pour rompre le cercle vicieux, réinitialiser notre système interne de pensée et installer un nouveau logiciel vertueux, l’acceptation doit devenir une véritable pratique quotidienne. C’est la clef pour cesser de te blâmer, de te dénigrer et de te mésestimer.

À chaque fois que tu pratiques la méditation de pleine conscience, tu t’offres un temps pour toi, pour t’entraîner à l’acceptation inconditionnelle qui est, disons-le, à la base du véritable amour.

La pratique : accueillir la douleur là où elle loge

Voici comment cela se travaille, concrètement, dans l’assise.

Tu commences par constater les endroits du corps où des douleurs se sont installées durablement.
Tu observes, sans les juger, les émotions désagréables que cela suscite et les pensées critiques qui surgissent par dizaines à ce sujet.
Et puis tu acceptes intentionnellement le fait qu’il y a de la douleur ici et là, des émotions désagréables et des pensées critiques.

C’est un fait. C’est une réalité pour toi, ici et maintenant.

Puis tu ramènes doucement ton attention à la simple observation de cet endroit du corps, là où il y a de la douleur, comme pour l’écouter, pour l’accueillir. En constatant son existence au lieu de la fuir ou de la rejeter, en lui faisant face avec bienveillance, en la reconnaissant, tu lui donnes de l’espace. Un espace dans lequel elle peut, instant après instant, inspiration après expiration, se dissoudre.

Au début, tes sensations, tes émotions et tes pensées parasiteront grandement la pratique. Et puis, au fil du temps, dès que tu accepteras inconditionnellement la présence de ce qui est là, tu constateras que la douleur diminue, qu’elle se transforme et disparaît… puis réapparaît avant de disparaître à nouveau…

Cela peut durer un certain temps, et ça n’a aucune sorte d’importance. Tu seras avec ta douleur, et ton expérience en sera totalement modifiée. Tu ne chercheras plus à saisir, à rejeter ou à modifier ce qui est là, juste à l’accepter pleinement, tel quel. Cette acceptation sera comme un acte d’attention et d’amour inconditionnel envers toi-même. La voix de ton bavard intérieur perdra de son influence, et ton « corps de souffrance » entamera une cure d’amaigrissement.

Tu auto-génèreras moins de souffrance, et tu te sentiras beaucoup plus libre dans ton quotidien.

Comme le montrent les recherches sur la méditation et la douleur, la perception de ta douleur diminuera au point, parfois, de complètement disparaître pour un temps ou pour longtemps. Ton seuil de résistance à la douleur augmentera en même temps que ta capacité à identifier ton « corps de souffrance ».

Tu auras alors découvert la puissance de l’acceptation des choses telles qu’elles sont, et non telles que tu voudrais qu’elles soient.

Questions fréquentes

Accepter, est-ce que ça veut dire se résigner ?

Non, c’est même l’inverse. La résignation baisse les bras et subit. L’acceptation, elle, regarde ce qui est en face, lui donne de l’espace, puis choisit en conscience comment répondre. Tu peux parfaitement accepter une douleur ou une situation présente et, dans le même mouvement, agir pour la transformer. Accepter ce qui est déjà là ne t’oblige jamais à approuver ni à rester passif.

Comment accepter une émotion que je n’ai pas envie de ressentir ?

Tu n’as pas à l’aimer, seulement à lui laisser une place. Dans l’assise, tu repères où l’émotion se loge dans ton corps, tu observes les pensées qui l’accompagnent sans les juger, et tu constates simplement : « c’est là, maintenant ». Ce n’est pas de la magie. Petit à petit, en cessant de te battre contre elle, tu découvres qu’elle bouge, qu’elle se transforme, qu’elle finit par passer. Tout est impermanent.

Quelle est la différence entre acceptation et lâcher-prise ?

Ce sont deux piliers voisins et complémentaires. L’acceptation reconnaît ce qui est présent, ici et maintenant. Le lâcher-prise desserre l’étreinte, il cesse de vouloir contrôler la suite ou de s’accrocher au résultat. Nous acceptons d’abord ce qui est là, puis nous lâchons le besoin que ce soit autrement. L’un ouvre l’espace, l’autre relâche la crispation.

Que faire quand j’ai « déjà tout essayé » et que rien ne change ?

C’est souvent le signe que nous cherchons encore à faire disparaître ce qui est, plutôt qu’à l’accueillir. L’acceptation n’est pas une technique de plus à réussir : c’est un changement de relation à ton expérience. Si tu tournes en rond, tu trouveras peut-être un fil dans méditer quand on a déjà tout essayé et que ça ne marche pas.

Alors, cette chose que tu repousses en ce moment d’un revers de la main, et si tu essayais, juste un instant, de la regarder dans les yeux et de lui dire : tu as le droit d’être là ?

Chaque mardi matin, avec Jacqueline, nous envoyons une lettre tranquille pour poser ce genre de graine dans ta semaine. Ça s’appelle « Au coin du feu », ça se lit en quelques minutes, et beaucoup nous disent que ça les aide à revenir à l’essentiel. Si le cœur t’en dit, tu peux la recevoir ici.

À demain pour le septième pilier : le lâcher-prise.

Jean-Marc

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