La patience est le second pilier de l’entrainement à la pleine conscience, juste après le non-jugement. Nous vivons vite, dans une société qui fait l’éloge de la vitesse et du haut débit. Et pourtant, il reste possible d’y expérimenter la lenteur, au cœur même de la rapidité.
La patience, en pleine conscience, n’est pas ta capacité à serrer les dents en attendant que ça passe. C’est une compétence qui s’apprend : accepter que les choses se déroulent à leur propre rythme, et déplacer ton attention du futur incontrôlable vers la façon dont tu vis l’instant présent. Elle transforme une « attente focalisée sur le futur » en une « attention focalisée sur le présent », le seul endroit où tu peux réellement agir.
Elle s’apprend, donc, comme n’importe quelle autre compétence. Et cela commence par accepter que les évènements et les choses se déroulent à leur propre rythme.
Nous nous comportons souvent comme cet enfant qui essaie de faire sortir prématurément la fleur de son bouton, en vain, ou qui voudrait aider le papillon à sortir de sa chrysalide. Les conséquences d’une telle impatience sont, nous le savons, dramatiques.
Ta vie n’est pas différente.
À peine commences-tu à méditer en pleine conscience que tu voudrais déjà avoir tout compris et tout vécu. Tu t’attends peut-être à ressentir des bienfaits immédiats et durables, à régler en quelques séances des problèmes que tu traines avec toi depuis des mois, voire des années. Mais nous sommes conditionnés, et nos habitudes sont comme une seconde peau dont il est bien malaisé de se défaire.
La patience consiste à comprendre que le changement n’est pas un événement mais un processus : il prend du temps et demande la volonté de maintenir un certain effort, une certaine discipline.
Chaque jour, ta patience est mise à rude épreuve. Que ce soit au travail ou en dehors, les situations stressantes ne manquent pas et semblent ne laisser aucune place pour que les évènements se déroulent à leur propre rythme : il faut toujours faire plus vite, avec moins de temps, moins d’argent, moins de soutien de tes collègues ou de tes proches.
Nous vivons dans l’urgence et générons sans cesse des émotions de peur, de colère et d’anxiété face au temps qui nous file entre les doigts, comme du sable.
Tout ce qui ne peut plus attendre doit être fait avant la dernière minute, dans l’agitation et, parfois, la confusion. La patience consiste à voir la vie autrement que comme une suite interminable de problèmes à résoudre rapidement.
Pour commencer à pratiquer en pleine conscience, il s’agit d’apprendre à observer les effets de l’impatience sur le corps et sur l’esprit :
Comment celle-ci agit-elle sur mon corps ?
Comment se manifeste-t-elle dans mes pensées ?
Quels sont ses effets sur mes comportements avec les autres ?
À quelles exigences est-ce que l’impatience me renvoie ?
Car la patience est une décision qui nécessite une remise en question de tes exigences envers toi-même et envers les autres.
Ensuite, elle te conduit à apprendre à distinguer ce qui ne dépend que de toi. Autrement dit, dans n’importe quelle situation, faire preuve de patience consiste aussi à savoir faire la différence entre ce que nous pouvons réellement contrôler et ce sur quoi nous n’avons aucun pouvoir.
Par exemple, je n’ai aucun pouvoir sur le retard du train que je viens de prendre, mais j’en ai sur la façon dont je réagis, en pleine conscience, à ce retard. Elle, ne dépend que de moi.
En réalité, chacune de tes réactions à n’importe quelle situation ne dépend que de toi. C’est l’essence même de notre « respons’abilité », ou « habileté à répondre » ; ce qui fait de nous des êtres responsables.
Si l’impatience a été décrite comme « une attente focalisée sur le futur », la patience est indubitablement « une attention focalisée sur le présent ».
Pourquoi, alors, chercher à te précipiter vers un « meilleur ailleurs là-bas », dans ce futur incontrôlable, en passant à côté de la façon dont tu vis ici et maintenant ?
Car la façon dont tu vis l’instant présent ne dépend que de toi. Or, en observant les effets corporels de l’impatience, qui se manifestent par des tensions musculaires, par de l’agitation, par des emportements, il ne tient plus qu’à toi de calmer en pleine conscience ces conditionnements afin d’agir autrement.
Souviens-toi du non-jugement : entre le stimulus et la réponse, tu peux faire le choix conscient de respirer et de calmer ce qui en toi t’emporte loin d’ici et maintenant.
Ayant appris à voir naitre l’impatience en toi, il devient petit à petit plus aisé de sortir de ton conditionnement, cette inhabileté à répondre, afin de t’autoriser à accepter chaque instant dans sa plénitude.
Comment ? En prenant quelques respirations lentes et profondes.
En observant, sans le juger, cet endroit en toi où se manifeste l’impatience envers toi-même, envers les autres ou envers les circonstances.
En te demandant ce qui te semble inacceptable, et quelles sont tes exigences.
Ces dernières sont-elles réalistes ?
Ne dépendent-elles que de toi ?
Dans la majorité des cas, tu t’aperçois que tes exigences sont trop élevées, que ce qui se produit n’est finalement pas si grave et que, de toute façon, tu n’y peux pas grand chose.
Dès lors, à quoi bon t’impatienter et augmenter ton stress ? Ton impatience a-t-elle le pouvoir de changer quelque chose ?
Non, dans 99% des cas.
Pratiquer la patience en pleine conscience te permet d’éprouver une bienveillance croissante envers toi-même. Car quelles que soient tes émotions, tes limites, tes auto-critiques, tes faiblesses, tes emmerdes, tes circonstances, tu mérites de te traiter toi-même avec bienveillance.
Cette pratique favorise également une plus grande bienveillance envers les autres.
À quoi bon pourrir le contrôleur au sujet du retard du train ? Y peut-il quelque chose ? Te comporter de façon désagréable avec lui changera-t-il positivement quelque chose à la situation que tu partages ? Non, bien entendu.
Le moment présent est tel qu’il est. Tu ne peux que constater les choses et remarquer comment patience et acceptation sont liées.
La patience te rappelle que tu peux décider à chaque instant de la réponse que tu donnes aux circonstances, que toutes tes exigences ne sont pas justes, que tu dois mieux planifier certaines tâches afin de ne pas te laisser déborder, que ton impatience a un impact sur les personnes qui t’entourent, que tu ne dois pas forcer les choses porteuses de vie, celles qui doivent se dérouler à leur propre rythme, à l’instar de la fleur ou du papillon…
Parce que le changement est un chemin de pleine conscience, pas une destination.
Et si tu sens que cette patience passe d’abord par un ralentissement plus large, ce texte prolonge la réflexion : pourquoi ralentir n’est pas perdre du temps.
La patience s’apprend mal dans un livre, et plutôt bien dans la durée, en la pratiquant un peu chaque jour. Je la trouve bien plus tenable quand nous avançons à plusieurs, sans nous presser, chacun à son pas.
Ça se travaille. La patience n’est pas un don réservé aux tempéraments calmes, c’est une compétence qui s’apprend, exactement comme le non-jugement. Elle commence par une observation : voir naitre l’impatience dans ton corps, repérer les tensions, l’agitation, l’emportement, avant de réagir. Petit à petit, cet espace d’observation s’élargit, et tu retrouves le choix de ta réponse.
La résignation subit et se ferme (« je n’y peux rien, tant pis »). La patience, elle, reste active et lucide : elle distingue ce que tu peux réellement contrôler de ce sur quoi tu n’as aucun pouvoir, puis elle agit là où c’est possible et lâche le reste. Tu ne peux rien au retard du train, mais tu gardes tout pouvoir sur la façon dont tu vis ce retard.
En ramenant ton attention à ton corps avant de réagir. Observe où l’agacement se loge, prends quelques respirations lentes, et pose-toi la vraie question : mon impatience a-t-elle le pouvoir de changer quoi que ce soit à la situation ? Le plus souvent, non. Ce simple constat désamorce l’emportement et ouvre la porte à un peu plus de bienveillance, envers l’autre comme envers toi.
C’est justement le piège de l’impatience. Le changement est un processus, pas un événement : il ne se règle pas en quelques séances. Chercher un bénéfice immédiat, c’est vouloir aider le papillon à sortir de sa chrysalide, et l’abimer. Reviens plutôt à la seule chose qui dépend de toi, la qualité de ta présence dans l’instant, et laisse le reste se déplier à son rythme.
Si ces attitudes de la pleine conscience te parlent et que tu as envie de les cultiver au fil des semaines, sans pression et sans dogme, je t’invite à recevoir « Au coin du feu », la lettre que Jacqueline et moi t’envoyons chaque mardi matin. Un moment tranquille, quelques mots posés pour la semaine. Tu peux t’y inscrire ici.
Et si tu veux continuer tout de suite, le pilier suivant t’attend : l’esprit du débutant.
Jean-Marc

Jean-Marc Terrel est facilitateur de pleine conscience. Instructeur MBSR certifié et auteur de « L’art de vivre en pleine conscience » (320 pages, Éditions de Mortagne, 2019), il accompagne depuis plus de vingt ans des personnes en quête de présence et de sens. Il anime des retraites et voyages initiatiques, une application mobile de méditation et vit aujourd’hui dans la campagne près d’Essaouira. Son approche, la Voie de l’Instant, tient en une intuition simple : rien à devenir, juste à se souvenir. Avec sérieux, mais sans se prendre au sérieux. Tous réseaux confondus, plus de 250 000 personnes le suivent, et l’on prolonge la conversation sur La Tribu.
