Il n’est pas rare que l’anxiété trouve son origine dans certains des traumatismes vécus dans l’enfance.
Y a-t-il période plus sensible dans la vie d’un être que celle au cours de laquelle nous apprenons ce qu’est l’existence auprès de nos parents ou de nos éducateurs ?
Oui, l’anxiété prend souvent racine dans l’enfance. Un climat familial fait de cris, de critiques répétées, d’humiliations ou d’absence d’affection creuse des sillons de peur qui ressurgissent, des années plus tard, sous forme d’anxiété à l’âge adulte. La bonne nouvelle : ce que l’enfance a inscrit, l’adulte peut le désapprendre. Tu n’es pas coupable de ce que tu as traversé, et tu es libre aujourd’hui de te faire aider et de reprendre ton pouvoir de choisir.
Mon propos n’est pas de jeter l’opprobre, de culpabiliser ou d’accuser les parents. Je suis le fils de mes parents, mais aussi le parent de mes trois enfants.
Je sais désormais qu’il n’y a pas de parent parfait, et que j’ai moi aussi commis des erreurs, malgré toute ma bonne volonté de ne pas reproduire les situations souffrantes que j’ai traversées.
J’ai ma part de responsabilité dans certaines des souffrances actuelles de mes enfants, et je ne m’en dédouane pas.
Ceci dit, j’ai grandi dans une famille dysfonctionnelle. Je n’ai manqué de rien du point de vue matériel, mais les scènes de ménage, les cris et les humiliations verbales faisaient partie du quotidien.
40 ans plus tard, ma relation avec mon parent, toujours en vie, est aujourd’hui apaisée. J’ai entrepris un long travail de distanciation d’une relation toxique, puis de pardon et, enfin, de reconstruction d’une relation différente.
Malgré cela, je suis conscient qu’il me reste des séquelles, des espaces fragilisés par certains traumatismes.
Au fil des années, certains comportements creusent des sillons de souffrance dans la vie d’un enfant. Et ces chemins souffrants ressurgissent de toutes sortes de manières au cours de la vie adulte.
L’anxiété est une de ces résurgences.
Certains parents n’ont aucune conscience de ces comportements toxiques. D’autres en sont conscients, mais les reproduisent malgré tout parce qu’ils ne savent pas comment faire différemment et que c’est « comme ça qu’ils ont eux aussi été éduqués ».
D’autres encore en sont conscients et, tout en cherchant à ne pas les reproduire, ils en créent de nouveaux qui ne sont pas moins toxiques.
Parmi ces comportements, nous pouvons trouver :
Une fois de plus, la liste n’est malheureusement pas exhaustive.
Mais tous ces comportements parentaux peuvent laisser de profondes séquelles et entraîner des peurs inconscientes à l’âge adulte, de l’anxiété sociale et des souffrances mentales.
Si tu es à cet endroit aujourd’hui dans ta vie, j’aimerais te rappeler que tu étais un enfant. Tu étais fragile, et tu n’es pas coupable des comportements toxiques de tes parents ou de tes éducateurs.
Si des séquelles de ton enfance pourrissent ton existence actuelle, sache qu’il existe des moyens de te sortir du statut de victime. Tu as grandi, et tu as la responsabilité et la liberté de choisir ou non de te faire aider.
Je ne dis pas que ce sera facile. Je dis juste que c’est possible de reprendre ton pouvoir de choisir comment vivre ta vie.
Ce chemin, c’est exactement celui que je propose sous le nom de La Voie de l’Instant : revenir, pas à pas, dans le présent, là où l’enfant d’hier n’a plus besoin de commander l’adulte d’aujourd’hui.
Dans tous les cas, la méditation pleine conscience peut être un soutien précieux pour surmonter le stress et l’anxiété.
Elle ne réécrit pas ton passé. Elle change ta façon d’être présent à ce qui remonte, ici et maintenant.
Quand une vague d’anxiété monte, l’automatisme est de la fuir, de se raidir, de la commenter en boucle.
La pleine conscience propose l’inverse : rester là, une minute, sans rien réparer.
Si tu veux creuser, j’en parle plus en détail dans mon article Surmonter le stress et l’anxiété avec la pleine conscience, et je décris ce que ça donne concrètement dans le corps dans Les symptômes de ma vieille amie l’anxiété.
Voici un geste tout simple, à essayer la prochaine fois qu’une bouffée d’angoisse te serre la poitrine.
Pose une main à plat sur ton sternum, là où ça se serre. Sens la chaleur de ta paume à travers le tissu.
Ne cherche pas à faire partir la peur. Reconnais-la, juste : « tiens, tu as peur », comme tu le dirais à un enfant qui a fait un cauchemar.
Et laisse ta main faire ce qu’un adulte bienveillant ferait pour cet enfant. Rester là. Ne pas paniquer avec lui.
Ce que tu offres à cette peur en cet instant, c’est peut-être ce que le petit d’hier n’a pas toujours reçu. Une présence tranquille, qui ne juge pas.
Non, pas toujours. L’anxiété peut avoir des causes biologiques, hormonales, un surmenage actuel, un choc récent. Mais quand elle est diffuse, ancienne, sans objet précis, il est fréquent qu’elle plonge ses racines dans des schémas appris très tôt. Remonter à l’enfance n’est pas une règle, c’est une piste souvent féconde.
Comprendre d’où vient une peur ne suffit pas à la dissoudre, c’est vrai. Mais nommer l’origine te sort de la sensation d’être « défectueux sans raison ». Tu cesses d’être coupable de ton anxiété pour en devenir, doucement, le responsable au sens noble : celui qui peut choisir quoi en faire aujourd’hui.
Non, et je ne le prétends pas. Face à des traumatismes profonds, un accompagnement par un professionnel reste précieux, parfois indispensable. La méditation pleine conscience est un soutien complémentaire : elle t’apprend à accueillir ce qui remonte sans te laisser emporter. Les deux se répondent très bien.
Commence petit et concret. Une minute de présence à ton souffle, un geste comme la main sur le cœur décrit plus haut, plutôt qu’un grand chantier intérieur. Si tu veux d’autres portes d’entrée, mon article 9 façons de surmonter la peur en conscience en propose plusieurs, à choisir selon ce qui te parle.
Et toi, as-tu été impacté par des comportements parentaux dont tu souffres encore aujourd’hui ? Quel lien fais-tu avec l’anxiété ou les angoisses qui t’habitent ?
Si ces questions te travaillent, je crois que tu te sentiras chez toi dans notre lettre « Au coin du feu ». Chaque mardi à 7h, Jacqueline et moi t’envoyons un texte court, comme une conversation près du feu, pour éclairer un pas de plus sur ce chemin de retour à soi. C’est doux, c’est gratuit, et tu peux t’y inscrire ici.
Jean-Marc

Jean-Marc Terrel est facilitateur de pleine conscience. Instructeur MBSR certifié et auteur de « L’art de vivre en pleine conscience » (320 pages, Éditions de Mortagne, 2019), il accompagne depuis plus de vingt ans des personnes en quête de présence et de sens. Il anime des retraites et voyages initiatiques, une application mobile de méditation et vit aujourd’hui dans la campagne près d’Essaouira. Son approche, la Voie de l’Instant, tient en une intuition simple : rien à devenir, juste à se souvenir. Avec sérieux, mais sans se prendre au sérieux. Tous réseaux confondus, plus de 250 000 personnes le suivent, et l’on prolonge la conversation sur La Tribu.
