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La colère, 2ème obstacle de la méditation pleine conscience

Un matin, sur mon coussin, un voisin s’est mis à percer un mur. La perceuse mordait le béton juste derrière la cloison, par à-coups, et à chaque reprise je sentais quelque chose se crisper dans ma mâchoire. Je voulais méditer. Lui voulait poser une étagère. Et moi, l’apprenti sage, prêt à traverser le mur à mains nues pour lui expliquer ma façon de penser.

En pleine conscience, tout peut devenir un objet d’attention, même une perceuse. La façon dont chacun des cinq obstacles se manifeste dans une vie est unique. Il nous appartient donc de découvrir comment chaque obstacle agit en nous, et comment il entrave notre marche sur le chemin de la pratique. Après le plaisir des sens, le deuxième de ces obstacles est la colère, celle qui nous cache la joie.

La colère est le deuxième des cinq obstacles à la méditation pleine conscience. Elle naît chaque fois que nous refusons les choses telles qu’elles sont : le voisin qui perce un mur, le coussin trop dur, le moustique qui tourne. Elle n’est presque jamais causée par l’extérieur ; elle est la manifestation de surface d’une blessure plus ancienne. La pratique ne consiste pas à la supprimer, mais à la reconnaître, l’observer et l’accueillir sans jugement, jusqu’à ce que sa charge se dissipe d’elle-même.

Qu’est-ce que la colère, en méditation ?

La colère est l’expression du fait que nous n’acceptons pas les choses telles qu’elles sont. Peut-être voudrions-nous réussir à bien faire notre méditation et, justement, le voisin fait des travaux. Ou alors il y a un moustique affamé qui tourne dans la pièce. Peut-être même que le coussin est bien trop dur ou bien trop mou et c’est i-n-s-u-p-p-o-r-t-a-b-l-e. Nous voudrions que la situation soit différente de ce qu’elle est.

Nous refusons, en fait, qu’elle ne soit pas telle que nous la désirions, tout en ressentant une forme d’impuissance. Nous perdons alors notre attention à l’instant présent et nous ne parvenons plus à méditer.

Au moindre sentiment d’aversion, de rejet, de dépréciation, de mécontentement ou de haine, nous faisons donc face au deuxième obstacle : la colère.

D’où vient-elle vraiment ?

Elle est engendrée par la plus petite pensée d’insatisfaction, et elle est le plus souvent une manifestation de surface de quelque chose de plus profond, de plus enfoui, dont nous n’avons généralement pas conscience.

Elle peut provenir d’un désir frustré, d’une peur, d’une blessure ou d’un inconfort affectif, d’un sentiment d’infériorité ou d’abandon, d’un conflit intérieur ou extérieur, voire d’un comportement acquis depuis la petite enfance.

Si nous n’y prenons pas garde, la colère peut entretenir une forme de malveillance permanente envers nous-mêmes et envers autrui. Elle installe de la mauvaise humeur, de l’irritabilité, et même de la suspicion envers les intentions des autres. C’est comme une maladie rampante qui s’installe et grignote inlassablement notre confiance en nous, dans les autres et dans la vie. Nous vivons alors des querelles fréquentes et des conflits dans la plupart de nos relations, avec notre famille, nos amis et nos collègues.

Et tant que nous ne réalisons pas que le monde n’est bien souvent que le reflet de notre monde intérieur, nous ne comprenons pas pourquoi notre environnement nous semble si hostile.

Pourquoi je ne me sentais pas responsable de ma colère

Accepter l’idée que l’unique responsable de notre colère, c’est nous-mêmes, cela peut prendre un certain temps. Ça en a pris pour moi, en tout cas, qui étais sujet à de fréquentes colères noires.

Des colères qui, d’une certaine façon, prenaient comme possession de moi. Je me voyais me mettre dans une rage furieuse, dire des choses blessantes, me comporter de façon agressive, sans rien pouvoir faire pour m’arrêter.

C’était comme vomir quelque chose qui se trouvait à l’intérieur de moi, sans rien pouvoir contenir plus longtemps. Comme un trop-plein qui se met à couler avec la goutte de trop, tu sais, celle qui fait « déborder le vase ». Et dieu sait que mon vase débordait souvent. En fait, j’étais une vraie barrique de colère liquide.

Je ne me sentais pas responsable de ma propre colère, comme si j’avais besoin de trouver un coupable à l’extérieur. « Je n’en peux plus de ces embouteillages qui me fatiguent ! » Ou « il doit se comporter différemment avec moi s’il veut que je reste calme ! » Ou « elle ne peut pas dire ça en pensant que je ne vais pas réagir ! » Et ainsi de suite.

Je prenais tout tellement personnellement ; très à cœur, même. J’étais incapable de voir la nature profondément impersonnelle et illusoire de toutes choses. Quelque chose en moi guettait chaque occasion de vider un peu ma barrique de colère, mon trop-plein d’impuissance.

Et lorsque cela se produisait, je me sentais ensuite vide, sans énergie, et très coupable de n’avoir pas su me contrôler. Bref, le remède était pire que la plaie.

La blessure sous la colère

Dans mon cas, ma colère remontait au décès de mon papa alors que j’avais dix ans. Derrière cette colère se trouvait en fait un enfant broyé par un immense sentiment d’impuissance et de tristesse, face à un évènement douloureusement incontrôlable.

D’une nature plutôt calme et introvertie, la seule façon que j’avais trouvée pour exprimer, expurger, extérioriser tout cela consistait à ouvrir une « soupape de colère » au sommet de ma barrique. Juste pour laisser s’échapper la pression et l’amertume accumulées.

J’étais simplement prisonnier et esclave d’une histoire que je me racontais depuis des années. Les conséquences sur ma vie et mon entourage en furent douloureuses et, le plus souvent, disproportionnées par rapport à la nature de l’évènement déclencheur.

Voilà pourquoi la colère qui monte sur ton coussin n’est presque jamais une affaire de coussin. C’est une vieille eau qui cherche une fissure par où sortir.

Comment observer la colère en pleine conscience ?

Devenir conscient de ta colère et reconnaître la nature impermanente de toutes tes émotions fait partie de la pratique du méditant.

Autrement dit, le mécontentement, l’irritation ou la colère font pleinement partie de la pratique. Et puisqu’il n’y a rien à réussir, rien à atteindre et rien qui puisse être mal fait, ces ressentis ne sont rien de plus et rien de moins que des expériences à reconnaître, à observer et à accepter.

En réalité, tout cela ne vient pas de l’extérieur de nous, mais prend sa source en chacun de nous. La pratique de la méditation pleine conscience est une formidable occasion de laisser tout cela exister dans l’instant, d’y être présent sans le juger, sans vouloir le modifier ni l’ignorer.

C’est exactement le terrain du non-jugement : non pas approuver la colère, mais cesser de la condamner pour enfin la regarder en face. Et de son alliée directe, l’acceptation, qui n’est pas résignation, mais le fait d’accueillir ce qui est déjà là.

La colère juste existe aussi

Bien entendu, le sentiment de colère peut parfois être justifié, et même tout à fait utile lorsqu’il est contrôlé. L’énergie de cette colère peut être canalisée pour agir concrètement et, parfois, déplacer des montagnes.

Mais que de travail, dans mon cas, pour en arriver là et ressentir une saine (sainte ?) colère.

Une micro-pratique : cartographier la vague

La prochaine fois que la colère monte, sur le coussin ou dans une file d’attente, essaie ceci. Rien à réprimer, rien à réussir.

Tu commences par nommer, tout bas : « colère ». Juste le mot. Il crée déjà un demi-pas de recul.

Puis tu descends dans le corps et tu cherches où elle loge. La mâchoire qui se serre, la gorge qui chauffe, le ventre qui durcit, les mains qui se ferment. Tu poses ton attention là, précisément.

Et tu observes la vague sans agir dessus. Elle gonfle, elle culmine, elle redescend. Une émotion pleinement regardée ne dure presque jamais aussi longtemps qu’une émotion fuie.

Prends note attentivement de la façon dont tu ressens physiquement ta colère. Comment elle modifie ta façon de penser et de te comporter. Note aussi ses différents aspects désagréables, et comment elle agit sur ton niveau d’énergie, sur ta bonne ou ta mauvaise volonté à faire certaines choses.

La colère se dégonfle mal quand nous la ruminons seuls dans notre coin. Sentir la chaleur monter sans nous brûler dessus, c’est un apprentissage que je poursuis avec la communauté, jour après jour.

Questions fréquentes

La colère est-elle un échec de la méditation ?

Non, c’est le contraire. La colère qui apparaît pendant que tu médites n’est pas une faute de parcours, c’est justement la matière de la pratique. Il n’y a rien à réussir et rien à rater : ton rôle est de la reconnaître, de l’observer et de l’accueillir, pas de la faire disparaître de force.

Comment calmer la colère pendant la méditation ?

Tu ne la calmes pas en luttant contre elle, ce qui ne fait que la nourrir. Tu la nommes (« colère »), tu localises où elle vit dans ton corps, et tu restes présent à cette sensation sans agir dessus. Regardée en face, la vague monte puis redescend d’elle-même. C’est l’attention, pas le combat, qui la dénoue.

La colère est-elle toujours mauvaise ?

Non. Une colère consciente et canalisée peut être une énergie juste, celle qui pousse à poser une limite ou à agir contre ce qui doit l’être. Ce qui pose problème, c’est la colère automatique et non vue, celle qui déborde toute seule et fait des dégâts disproportionnés. La pleine conscience t’apprend à distinguer les deux.

Pourquoi ma colère semble-t-elle toujours venir des autres ?

Parce que l’esprit cherche spontanément un coupable à l’extérieur : l’embouteillage, le collègue, la remarque de trop. Mais l’autre n’est le plus souvent que le déclencheur, pas la source. La source est une blessure plus ancienne, une peur ou une impuissance enfouie. Reconnaître cela, sans culpabilité, est le premier pas vers la liberté.

Et toi, quand la colère monte, sais-tu reconnaître la vieille eau qui cherche à sortir, ou crois-tu encore que tout vient du dehors ?

Je te retrouve demain pour le troisième obstacle à la pratique : la torpeur.

Si ces explorations te parlent, je t’invite à retrouver chaque mardi matin notre lettre « Au coin du feu », que Jacqueline et moi écrivons à quatre mains. Un rendez-vous tranquille, café à la main, pour revenir à l’essentiel. Tu peux t’y installer ici.

Jean-Marc

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