Un matin d’octobre 2025, je rentre du désert.
Le sable de Mhamid est encore dans les coutures de mon sac, la peau tannée par une semaine de dunes, et je repars dans trois jours pour une deuxième retraite. Je prends mon téléphone pour déposer une photo, un mot pour la communauté, une lumière rasante sur le Draa que j’avais gardée pour eux.
Compte fermé.
J’essaie la page. Fermée.
Les groupes. Disparus.
Tout, d’un coup, pendant quarante-huit heures.
Rien de dramatique, je l’ai compris ensuite. Sans doute une simple sécurité automatique, déclenchée par mon changement de carte SIM en m’installant au Maroc, amplifiée par le nombre d’abonnés. Les accès sont revenus grâce à la double authentification. Personne ne m’en voulait.
Mais pendant ces deux jours, j’ai touché du doigt une chose très simple.
Toute une communauté que je ne pouvais plus joindre, parce qu’une machine, quelque part, en avait décidé ainsi.
J’avais bâti ma maison sur un terrain qui ne m’appartient pas.
Tu connais peut-être ce petit vertige. Tu construis quelque chose avec patience, un métier, une audience, un lien, et un jour tu réalises que le sol sous tes pieds appartient à quelqu’un d’autre. Que la porte peut se fermer sans préavis, sans explication, sans recours.
C’est de là qu’est née « Au coin du feu ». Pas d’une stratégie marketing. D’un vertige.
« Au coin du feu » est la lettre hebdomadaire de La Voie de l’Instant. Chaque mardi à 7 heures, Jacqueline et moi t’écrivons une vraie lettre de pleine conscience, en texte et en audio : une scène de vie, une idée, une pratique simple à hauteur de journée. Elle est gratuite, elle arrive directement dans ta boîte, loin des algorithmes, et tu peux y répondre. Aucun compte ne peut te la confisquer.
Un post, c’est une bouteille jetée dans un fleuve qui ne m’appartient pas. Un algorithme décide qui le verra, quand, à côté de quelle vidéo et de quelle publicité. Je peux écrire la chose la plus juste de ma vie : si la machine juge qu’elle ne « performe » pas assez, presque personne ne la lira.
Une lettre, c’est autre chose.
Elle ne passe par aucun tri. Elle arrive chez toi, entière, à l’heure dite.
Tu l’ouvres maintenant ou tu la gardes pour plus tard, mais c’est toi qui choisis, pas une équation.
Il y a une distinction que j’aime, dans le monde du web : bâtir sur une terre que tu loues, ou sur une terre que tu possèdes. Les réseaux, je les loue. Ils restent utiles, j’y suis encore présent. Mais je ne veux plus que l’essentiel de ce que nous portons dans La Voie de l’Instant dépende du bon vouloir d’une plateforme qui peut fermer un dimanche soir.
Et puis il y a une raison plus intime.
Sur un réseau, tu cries dans une place bondée. Dans une lettre, tu parles à voix basse à une seule personne.
Je préfère de loin la seconde. C’est plus lent, ça touche moins de monde d’un coup, et c’est exactement ce que je cherche.
Le nom n’est pas un décor. Le coin du feu, c’est l’endroit où tu t’assois le soir, quand la journée est posée, pour te raconter les vraies choses. Pas la version présentable, celle d’en dessous.
Alors chaque semaine, nous y déposons trois choses simples.
Une scène de vie, vécue, avec ses aspérités : un plat raté sur la terrasse, une conversation avec un participant, un doute qui ne m’a pas lâché.
Une idée, une image, parfois une étymologie qui m’a fait voir un mot autrement.
Une pratique minuscule, quelque chose que tu peux essayer entre deux rendez-vous, sans y penser trois heures.
Au fond, tout ce que nous y déposons tourne autour d’une même question : comment revenir au présent quand tout devient flou, là où tu vis, dans une semaine déjà pleine.
La lettre est co-signée. Jacqueline écrit la sienne, j’écris la mienne, et selon les semaines l’une répond à l’autre. Deux voix, deux sensibilités : la sienne plus douce et posée, la mienne plus dans le questionnement. Tu la reçois en texte, et aussi en audio, parce que certaines personnes préfèrent l’écouter en marchant, en cuisinant, ou dans le noir avant de dormir.
Je sais que beaucoup de ceux qui la reçoivent prennent le temps de lire. Ils ne veulent pas d’un feuillet de plus qui réclame leur attention pour rien. Ils la donnent à ce qui la mérite. C’est pour eux que j’écris.
Une lettre par semaine, pas dix. Assez rare pour rester attendue, assez régulière pour tenir compagnie à celui qui tient l’espace des autres toute la semaine, et que personne, souvent, n’accompagne en retour.
Parce qu’un rendez-vous, ça se tient.
Le lundi, tout le monde redémarre, court, rattrape. Le mardi matin, la semaine a pris son pli, et il reste encore assez d’air pour respirer une page avant de plonger.
7 heures, c’est l’heure où le café fume, où la maison n’est pas encore bruyante. Chez nous, à la campagne près d’Essaouira, c’est le moment où le jour se lève sur le terrain et où les premiers oiseaux s’y mettent. J’aime que la lettre arrive à ce moment-là, dans ce creux du matin.
Le lundi soir, souvent, nous relisons nos deux lettres à voix haute, Jacqueline et moi, une tasse entre les mains, sur la terrasse quand il fait encore doux. Parfois l’un corrige un mot de l’autre. Parfois l’un se tait, parce que ce que l’autre a écrit se suffit.
La toute première lettre s’appelait « Le premier soir ». Je l’ai envoyée un mercredi, le 1er juillet 2026, un peu en avance, parce que je n’avais pas la patience d’attendre le mardi. Depuis, le rythme s’est posé, fidèle : mardi, 7 heures, chaque semaine.
Puisque nous parlons de ce qui se transmet au coin du feu, voici justement un geste du soir. De ceux que je glisse parfois dans une lettre.
Ce soir, avant de dormir, tu peux repérer trois choses qui ont été bonnes dans ta journée.
Si menues soient-elles : une lumière sur un mur, un mot reçu, une gorgée chaude tenue à deux mains.
Trois, pas plus.
Ne les liste pas mécaniquement, comme une corvée de fin de journée.
Pose-toi un instant sur chacune, et sens ce qu’elle a déposé en toi. Le petit desserrement dans la poitrine. La chaleur brève qui remonte.
Il n’y a rien à réussir, rien à rater.
Juste un regard un peu plus tendre sur une journée ordinaire, qui en contenait déjà bien plus que ce que la fatigue t’en laisse voir.
C’est un tout petit geste, et pourtant il touche deux des attitudes que nous cultivons sur ce chemin : la gratitude, cet art de remarquer ce qui est déjà là, et la joie, cette lumière d’enfant qui ne demande qu’un peu d’attention pour se rallumer.
Rien à ajouter à ta vie. Juste à voir ce qui s’y trouve déjà.
C’est la lettre hebdomadaire de La Voie de l’Instant, écrite par Jacqueline et moi. Chaque semaine, une scène de vie, une réflexion et une pratique simple, en texte et en audio. Ni un tunnel de vente, ni un flux d’astuces jetables : une vraie lettre, pensée pour être lue posément, le temps d’un café. Tu peux t’y abonner sur jeanmarcterrel.com/lettre.
Une fois par semaine, le mardi à 7 heures. Pas davantage, et c’est un choix. Je préfère t’écrire une lettre qui compte plutôt que t’inonder de messages que tu finirais par archiver sans les ouvrir. Un rendez-vous régulier, assez espacé pour rester désiré.
Oui. Chaque semaine, elle part en texte et en audio. Certains la lisent posément avec leur café, d’autres l’écoutent en marchant ou en cuisinant. Et tu peux toujours y répondre : au bout de la lettre, il y a une vraie adresse, et je lis tout.
Non, elle est entièrement gratuite. Tu laisses ton adresse, tu reçois la lettre, et tu peux te désabonner en un clic quand tu le souhaites. Rien à acheter pour la recevoir. Si un jour nous ouvrons une porte vers un accompagnement, ce sera dit clairement, jamais glissé en douce au milieu d’une phrase.
Alors je te pose la question, très simplement : sur quel terrain veux-tu recevoir ce qui compte pour toi, un fil que tu possèdes, ou une place que d’autres peuvent fermer du jour au lendemain ?
Si tu veux t’asseoir avec nous au coin du feu, tu peux rejoindre la lettre ici : jeanmarcterrel.com/lettre. Tu recevras la prochaine mardi, à 7 heures, avec une pratique à essayer dans ta semaine. Et si elle te touche, réponds-moi : je lis tout.
Tu n’as rien à devenir, juste à te souvenir.
Jean-Marc

Jean-Marc Terrel est facilitateur de pleine conscience. Instructeur MBSR certifié et auteur de « L’art de vivre en pleine conscience » (320 pages, Éditions de Mortagne, 2019), il accompagne depuis plus de vingt ans des personnes en quête de présence et de sens. Il anime des retraites et voyages initiatiques, une application mobile de méditation et vit aujourd’hui dans la campagne près d’Essaouira. Son approche, la Voie de l’Instant, tient en une intuition simple : rien à devenir, juste à se souvenir. Avec sérieux, mais sans se prendre au sérieux. Tous réseaux confondus, plus de 250 000 personnes le suivent, et l’on prolonge la conversation sur La Tribu.
