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Les 8 types de faim : pourquoi tu manges rarement par faim du ventre ?

Minuit passé. La maison dort, le désert dort, même le vent s’est couché.

Et moi, je suis là, debout devant le frigo ouvert. La lumière froide qui me tombe sur les pieds nus. Une main sur la porte, l’autre qui hésite au-dessus d’un reste de tajine.

Je n’ai pas faim. Pas vraiment.

Mon ventre ne réclame rien. Pourtant je suis là, à fouiller cette boîte à lumière comme si elle allait me donner une réponse. Et c’est en refermant la porte, les mains vides, que la phrase me tombe dessus, toute simple : « Ce n’est pas de nourriture que tu as faim, mon vieux. »

On croit manger par faim du ventre. En réalité, sept autres faims parlent souvent plus fort que celle de l’estomac : la faim des yeux, du nez, de la bouche, des cellules, du mental, du cœur, et la vraie faim physique du corps. Quand tu ouvres le placard sans avoir vraiment faim, ce n’est pas ta volonté qui flanche. C’est qu’une de ces faims-là cherche autre chose, et que tu lui réponds avec une assiette parce que c’est la réponse la plus à portée de main.

Cette nuit-là, devant mon frigo, je ne cherchais pas à dîner. Je cherchais à me consoler de quelque chose. Et le tajine n’y pouvait rien.

Pourquoi distinguer les faims change tout ?

Avant d’aller plus loin, posons une chose, parce qu’elle est importante.

Ceci n’est pas un régime. Ce n’est pas une méthode avec des cases à cocher, ni une liste d’aliments à bannir. Personne ici ne va te dire quoi mettre dans ton assiette.

Distinguer tes faims, c’est autre chose. C’est arrêter une seconde avant de manger, et te demander : qui parle, là, en moi ?

Tu vois la nuance ? Tant que tout s’appelle « faim », tu n’as qu’un seul outil pour répondre à huit besoins différents. Manger. C’est comme si tu n’avais qu’une clé pour toutes les portes de ta maison. Forcément, à un moment, ça coince.

Le jour où tu commences à reconnaître quelle faim te pousse, tu te donnes le choix. Tu peux toujours manger, bien sûr. Mais tu sais ce que tu fais. Et ça, ça change absolument tout.

C’est exactement ce que je raconte plus en détail dans pourquoi je mange quand je ne suis pas affamé, et que faire au lieu de me juger : la première marche, ce n’est pas le contrôle, c’est la lucidité.

Les 8 faims, une à une

Alors voyons-les, ces fameuses huit faims. Sans jargon, avec des exemples que tu reconnaîtras sans doute.

La faim des yeux. C’est elle qui te fait reprendre du dessert parce qu’il est beau. Le buffet qui déborde, la photo d’un plat luisant, la part de tarte si bien dressée que ta main part toute seule. Tes yeux ont faim avant ton ventre. En été, sur une terrasse, devant l’assiette du voisin, elle se réveille tout le temps.

La faim du nez. L’odeur du pain chaud quand tu passes devant la boulangerie. Le café du matin. Le barbecue qui fume trois jardins plus loin. Tu n’avais pas faim, et voilà que tu salives. Le nez a ouvert l’appétit que le corps ne réclamait pas.

La faim de la bouche. Celle qui veut du croquant, du fondant, du salé qui claque. Ce besoin de mâcher, de sentir une texture. Souvent, quand tu grignotes sans fin devant un écran, c’est ta bouche qui s’ennuie, pas ton estomac qui crie.

La faim du ventre. La vraie faim de l’estomac. Celle qui gargouille, qui creuse, qui se manifeste dans le corps de façon physique. Elle s’installe doucement, elle monte. Et tu sais quoi ? C’est souvent celle qu’on écoute le moins.

La faim cellulaire. Plus profonde, plus silencieuse. Le corps qui réclame de l’eau, du repos, un nutriment précis. Cette envie soudaine et bizarre d’un aliment particulier, parfois, c’est ton corps qui parle à un niveau où les mots n’arrivent pas. La faim des cellules ne fait pas de bruit. Elle attend qu’on l’écoute.

La faim mentale. Celle de l’esprit. « Il est midi, donc je mange. » « Ce truc est mauvais, ce truc est bon. » Le mental qui calcule, qui catégorise, qui décide à la place du corps. C’est le roi des bavards à table, qui te dicte quand et combien, sans jamais te demander ce que tu ressens vraiment.

La faim du cœur. Ah, celle-là. La faim de réconfort. Le chocolat un soir de cafard, le plat de l’enfance un jour de blues, la nourriture qui vient combler un vide qui n’a rien à voir avec l’assiette. Le cœur a faim de tendresse, et tu lui sers du sucre. Cette nuit-là, devant mon frigo, c’était elle. Je le sais maintenant.

La faim physique. Le besoin réel du corps en énergie, l’équilibre dont il a besoin pour tenir debout et vivre. Pas l’envie. Le besoin. La différence entre « j’ai envie » et « mon corps a besoin », on la sent quand on prend le temps de descendre l’écouter.

Huit faims. Huit voix différentes. Et la plupart du temps, dans nos vies pressées, elles parlent toutes en même temps sans qu’on distingue laquelle réclame quoi.

Comment reconnaître laquelle parle en toi maintenant ?

Voilà un petit jeu que je propose parfois en retraite, dans le silence du désert, juste avant le repas du soir.

Avant de manger, tu fermes les yeux un instant. Une main posée sur le ventre. Et tu poses la question, doucement, sans réponse attendue : « De quoi ai-je faim, là, vraiment ? »

Tu observes où ça se passe.

Si c’est dans la tête, une idée, une envie précise et soudaine qui surgit d’un coup, c’est sans doute le mental ou les yeux. Si c’est une boule dans la poitrine, un creux qui ressemble à de la tristesse plus qu’à de l’appétit, écoute, c’est peut-être le cœur. Si ça vient du bas, du ventre, lentement, en gargouillant, alors là, oui, c’est ta vraie faim physique.

Tu n’as rien à corriger. Tu observes, c’est tout. Comme tu regarderais passer un nuage.

Et tu serais sans doute surpris de voir à quel point, certains jours, le ventre n’a rien demandé.

Pourquoi « avoir plus de volonté » est une fausse piste ?

Je voudrais te parler de la volonté. Parce que c’est elle, l’ennemie cachée dans cette histoire.

Combien de fois ai-je entendu, en retraite ou en consultation : « Je n’ai aucune volonté. » « Si seulement j’étais plus disciplinée. » Toujours ce même verdict, posé sur soi comme une sentence.

Mais réfléchis une seconde.

Si tu ouvres le placard parce que ton cœur est en manque de douceur, quelle quantité de volonté va combler ce manque-là ? Aucune. Tu peux serrer les dents, te priver, tenir trois jours. Le manque, lui, sera toujours là. Tu n’auras fait que bâillonner la faim sans l’écouter.

La volonté lutte contre le symptôme. Elle ne touche jamais à la cause.

C’est pour ça que les régimes finissent presque tous par céder. Ils demandent de la volonté contre une faim qu’ils n’ont même pas identifiée. Comment veux-tu gagner un combat dont tu ignores l’adversaire ?

Alors non, tu n’as pas un problème de volonté. Tu as peut-être simplement, et c’est tellement plus doux à entendre, une faim que personne ne t’a appris à reconnaître.

Et le jour où tu la reconnais, tu n’as plus besoin de lutter. Tu réponds, c’est différent.

Par où commencer : observer, pas corriger

Si tu devais ne retenir qu’une chose, ce serait celle-ci : on ne commence pas par changer. On commence par observer.

C’est tout le cœur de l’approche que j’appelle RACINES, ce travail autour de l’alimentation consciente que je porte depuis un moment. Ce n’est pas une méthode de plus. C’est un retour à soi, par la porte de l’assiette.

Et le premier geste, le seul pour l’instant, c’est l’observation sans jugement.

Tu manges comme d’habitude. Tu ne te prives de rien. Mais de temps en temps, juste avant de porter la fourchette à ta bouche, tu te demandes : laquelle de mes huit faims est en train de parler ?

Tu ne notes rien. Tu ne culpabilises de rien. Tu observes, comme on regarde la lumière changer sur les dunes au fil de la journée.

L’observation sans jugement, c’est d’ailleurs l’une des valeurs-attitudes au cœur de La Voie de l’Instant. On ne transforme pas ce qu’on n’a pas d’abord accueilli tel quel. Le changement, quand il vient, vient de lui-même. Il n’a pas besoin qu’on le force.

Commence par là. Une faim à la fois. Un repas à la fois.

Le reste suivra. Petit à petit.

Questions fréquentes

Quels sont les 8 types de faim ?

Je distingue couramment huit faims : la faim des yeux, la faim du nez, la faim de la bouche, la faim de l’estomac (le ventre), la faim cellulaire, la faim mentale (de l’esprit), la faim du cœur et la faim physique réelle. La plupart de nos prises alimentaires répondent à une autre faim que celle du ventre.

Comment savoir si j’ai vraiment faim ou si c’est émotionnel ?

La faim physique du ventre s’installe progressivement, se ressent dans le corps et accepte des aliments variés. Une faim émotionnelle surgit brusquement, vise un aliment précis et s’accompagne souvent d’une tension à apaiser. Observer où et comment la faim se manifeste aide à la reconnaître, sans se juger.

Pourquoi est-ce que je mange sans avoir faim ?

Parce qu’une autre faim parle : les yeux attirés par un plat, le cœur en manque de réconfort, l’esprit qui s’ennuie. Manger devient alors une réponse automatique à un besoin qui n’est pas alimentaire. Le problème n’est pas la volonté, mais l’absence d’écoute de la faim réelle.

Connaître les 8 faims, est-ce un régime ?

Non. Ce n’est ni un régime, ni une méthode, ni une liste d’interdits. Il s’agit d’observer ce qui te pousse à manger pour répondre plus justement, sans culpabilité. Aucun aliment n’est banni : l’enjeu est de comprendre la faim, pas de contrôler l’assiette.


Cette manière d’écouter tes faims, je la cultive dans « Au coin du feu », une lettre douce chaque mardi matin, sans régime ni leçon. Juste de quoi ralentir un instant et revenir à toi.

Si le cœur t’en dit, tu peux la recevoir ici.

Jean-Marc

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