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Comment méditer quand on a déjà tout essayé et que ça ne marche pas ?

Je suis instructeur MBSR depuis des années. Certifié, des centaines d’heures de formation, des centaines d’heures de pratique, des milliers de personnes accompagnées depuis plus de 20 ans.

Et un matin, assis sur mon coussin, je me suis surpris à faire un truc absurde.

Je me notais.

Comme un élève qui sort d’un examen et compte ses points dans le couloir. « Là, j’ai bien tenu mon souffle, un bon point. Là, j’ai pensé à ma liste de courses, mauvais point. Bon, séance moyenne aujourd’hui, peut mieux faire. »

Le facilitateur méditant qui se colle une note sous la barre. Couillon va.

Ça m’a fait rire, et puis ça m’a glacé. Parce que si moi, après tout ce chemin, je continuais à transformer mes séances en bulletin scolaire, que devaient vivre les gens qui débutent ?

Si la méditation « ne marche pas » pour toi, c’est peut-être qu’on t’a vendu qu’elle devait marcher. Or il n’y a rien à réussir, rien à rater. Au moment précis où tu remarques que ton esprit est parti vagabonder et que tu reviens doucement, tu es déjà en train de méditer. Ce n’est pas le ratage qui précède la pratique. C’est la pratique elle-même de rater.

Reste avec moi quelques minutes. Je vais te raconter comment j’ai désappris ce que personne ne m’avait appris à désapprendre.

L’erreur qu’on t’a apprise sans le dire

Tu as essayé les applis. Le petit gong, la voix douce, le compteur de jours d’affilée qui te culpabilise dès que tu sautes une journée.

Tu as fait les retraites. Peut-être un cycle MBSR complet, huit semaines, classeur et enregistrements.

Tu as lu, écouté, suivi des formations. Tu en sais probablement plus sur la pleine conscience que la plupart des gens.

Et pourtant, cette petite phrase revient. « Ce n’est pas encore ça. »

Je la connais, cette phrase. Je l’entends souvent, dite à voix basse, presque en s’excusant, par des personnes qui tiennent l’espace des autres toute la journée et qui s’assoient le soir avec l’impression d’échouer à la seule chose censée les reposer.

Voilà ce que personne ne t’a dit clairement.

On t’a vendu la méditation comme une compétence. Une chose qui se maîtrise, se perfectionne, se mesure. Plus tu pratiques, meilleur tu deviens, et un jour tu atteins le calme, le vide, la sérénité de la photo sur la couverture du livre.

Cette promesse-là est un poison.

Parce qu’elle installe en douce un examinateur dans ta tête. À chaque séance, il évalue. Concentration : moyenne. Calme intérieur : insuffisant. Nombre de pensées parasites : beaucoup trop. Et tu ressors de quinze minutes de pratique avec le sentiment d’avoir raté un test que personne ne t’a fait passer.

La méditation devient un examen silencieux. Tu es à la fois l’élève qui transpire et le prof qui sanctionne. Deux rôles épuisants, et aucun des deux n’est en train de méditer.

C’est précisément l’erreur. Pas dans ta technique. Dans l’idée même qu’il y aurait une technique à réussir.

Ce que veut dire « rien à réussir, rien à rater »

Cette phrase, « il n’y a rien à réussir, rien à rater », je la répète à chaque ouverture de retraite. Au début, elle agace. Surtout les meilleures élèves de la classe, celles qui ont toujours bien fait les choses et qui aimeraient bien réussir la méditation aussi, tant qu’à faire.

Laisse-moi te la déplier.

Imagine que je te demande de réussir ton sommeil. De bien dormir, mieux que la nuit dernière, avec une note à la clé. Tu ferais quoi ? Tu te crisperais. Tu surveillerais ton endormissement. Et tu ne dormirais pas, évidemment, parce que vouloir dormir est exactement ce qui empêche de dormir.

La méditation, c’est pareil. Vouloir la réussir, c’est déjà la quitter.

« Rien à réussir » ne veut pas dire « fais n’importe quoi ». Ça veut dire que le résultat n’est pas ton affaire. Ton affaire, c’est l’intention de revenir à l’objet de ton attention. Encore. Et encore. Le reste ne se commande pas, comme le sommeil ne se commande pas, comme la digestion ne se commande pas.

« Rien à rater » est encore plus libérateur. Parce que ça signifie que la séance la plus agitée, celle où ton mental part dans tous les sens, où tu penses à ta réunion de demain et à ce mail que tu as oublié d’envoyer, cette séance-là n’est pas un échec.

C’est même là que la pratique se passe vraiment.

Le jour où ça s’est posé en moi, j’ai cessé de me noter. Et ma pratique, débarrassée de son examinateur, est enfin devenue ce qu’elle devait être. Un lieu où je n’ai rien à prouver. Le seul, peut-être, de toute ma journée.

C’est ce retour, simple et répété, qui est au cœur de La Voie de l’Instant. Pas une performance. Un fil qu’on rattrape, encore et encore.

Méditer autrement quand on a déjà tout essayé : l’attitude avant la technique

Tu as déjà toutes les techniques. Vraiment.

Tu connais le scan corporel, la respiration consciente, l’ancrage sur les pieds, l’observation des pensées. Tu n’as pas besoin d’une technique de plus. Ce serait comme ajouter une appli à un téléphone déjà saturé.

Ce qui manque n’est pas dans la boîte à outils. C’est dans la posture du cœur avec laquelle tu t’assois.

Les vraies valeurs-attitudes de la pleine conscience ne sont pas des méthodes. Le non-jugement. La patience. L’esprit du débutant. L’acceptation. Le lâcher-prise. Ce sont des manières d’être, pas des choses à faire.

Et c’est là que tout se joue.

Tu peux exécuter une technique à la perfection, le dos droit, le souffle réglé au métronome, et passer complètement à côté, parce que l’examinateur est toujours assis derrière toi à compter les points.

Ou tu peux t’asseoir maladroitement, distrait, fatigué, et goûter quelque chose de juste, parce que tu as posé le stylo rouge.

L’attitude vient avant la technique. Toujours. C’est l’ordre que la plupart des apps inversent, et c’est pour ça que « ça ne marche pas ».

Le mental qui part n’est pas un échec, c’est le terrain de la pratique

Voici ce qui se passe vraiment quand tu médites.

Tu poses ton attention sur ton souffle. Trois secondes plus tard, te voilà en train de repenser à cette conversation de ce matin. Tu t’en aperçois. Tu reviens au souffle. Deux secondes plus tard, tu te demandes ce que tu vas manger ce soir. Tu t’en aperçois. Tu reviens.

Et là, ta petite voix conclut : « Je suis nul, je n’arrête pas de partir, je n’y arrive pas. »

Faux.

Ce moment où tu t’aperçois que tu es parti, c’est l’instant le plus précieux de toute la séance. C’est lui, la méditation. Pas le souffle calme. Pas le silence intérieur. Ce micro-réveil où tu te rends compte que tu t’étais absenté, et où tu reviens.

L’esprit produit des pensées comme le cœur bat. Lui demander d’arrêter, c’est lui demander de mourir. Tu ne médites pas pour ne plus penser et encore moins pour mourir. Tu médites pour t’apercevoir que tu penses, et choisir, doucement, de revenir à ce que tu observes intentionnellement.

Du coup, plus ton mental part, plus tu as d’occasions de revenir. Plus tu t’entraînes. Une séance pleine de distractions n’est pas une séance ratée. C’est une séance avec beaucoup de répétitions.

Le vagabondage mental n’est pas l’ennemi de la pratique. Il en est le terrain. Sans lui, tu n’aurais rien à pratiquer.

Lâcher l’idée du « bon méditant »

Il y a, quelque part dans ta tête, une image. Le bon méditant.

Il est assis parfaitement immobile. Son visage est lisse, apaisé. Aucune pensée ne le traverse, ou alors elles glissent comme des nuages sans jamais l’accrocher. Il médite quarante minutes sans broncher et en ressort transfiguré.

Ce personnage n’existe pas.

Je l’ai cherché pendant des années, dans les retraites, auprès des maîtres, jusqu’au désert. Je n’ai trouvé que des humains. Des gens qui s’assoient, qui partent, qui reviennent. Y compris ceux qui méditent depuis quarante ans et qui te le diront en riant.

Tant que tu te compares à ce fantôme, tu perdras. C’est un adversaire imbattable, puisqu’il n’a jamais existé.

Lâcher le « bon méditant », c’est accepter de méditer avec celui que tu es vraiment ce matin. Fatigué peut-être. Agacé peut-être. Le mental encombré peut-être. Et c’est très bien.

Tu n’as pas à devenir quelqu’un d’autre pour t’asseoir. Tu t’assois avec qui tu es, tel quel. Le reste est une histoire que tu te racontes, et tu peux la reposer.

Et si tu n’arrives toujours à « rien » ?

Je t’entends d’ici.

« D’accord Jean-Marc, mais concrètement, je m’assois, je reviens, je reviens encore, et au bout du compte il ne se passe rien. Pas de calme, pas de paix, pas de grande révélation. Rien. »

Bonne nouvelle. Ce « rien » est peut-être le signe que tu commences enfin à pratiquer pour de bon.

Parce que ce « rien » qui te déçoit, c’est l’absence du feu d’artifice que tu attendais. Tu espérais une récompense, un état remarquable, quelque chose à ramener dans tes filets. Et comme la mer est calme, tu repars en disant qu’il n’y avait pas de poisson.

Mais tu confonds deux choses. La pratique et son trophée.

Redéfinissons ce que serait réussir.

Réussir, ce n’est pas atteindre un état. C’est te présenter pour la pratique. T’asseoir alors que mille raisons te poussent à faire autre chose. Revenir alors que ton esprit file. Recommencer demain sans tenir les comptes.

Si tu fais ça, tu réussis déjà, même quand tu as l’impression de rater. Surtout quand tu as l’impression de rater, d’ailleurs, parce que c’est là que tu apprends vraiment à te poser sans rien attendre en échange.

Et puis quelque chose finit par changer. Jamais pendant la séance que tu surveilles. Plutôt un mardi quelconque, dans une file d’attente, quand tu remarques que tu es agacé et que, pour une fois, tu ne te laisses pas emporter. Tu reviens. Comme sur le coussin.

La pratique a débordé du coussin dans ta vie. Sans bruit. C’est là qu’elle « marche », justement quand tu as arrêté d’attendre qu’elle marche.

Si tu veux aller plus loin sur ce geste tout simple de revenir, j’en parle ici : comment revenir au moment présent quand tout devient flou.

Questions fréquentes

Pourquoi je n’arrive pas à méditer alors que j’ai tout essayé ?

Souvent parce que tu attends un résultat précis : le calme, le vide, une révélation. La méditation n’est pas une performance à réussir. Remarquer que ton esprit vagabonde et revenir doucement, c’est exactement ça, méditer. Il n’y a rien à rater, et le « ça ne marche pas » vient surtout de l’examinateur que tu as installé dans ta tête sans le vouloir.

Est-ce normal d’avoir plein de pensées quand on médite ?

Oui, c’est même le cœur de la pratique. L’esprit produit des pensées comme le cœur bat. Méditer ne consiste pas à les arrêter, mais à remarquer qu’on s’y est perdu et à revenir, encore et encore. Une séance pleine de pensées peut être une très « bonne » séance : chaque retour est une répétition de plus.

Faut-il faire le vide dans sa tête pour bien méditer ?

Non. Faire le vide est un mythe qui décourage. Personne ne vide son esprit sur commande. Méditer consiste à accueillir ce qui se présente et à revenir à ton point d’ancrage, le souffle par exemple, sans juger ce qui passe. Le but n’est pas l’absence de pensées, c’est la qualité de présence avec laquelle tu les laisses passer.

Combien de temps faut-il méditer pour que « ça marche » ?

Il n’y a pas de durée magique ni de seuil de réussite. Quelques minutes régulières valent mieux qu’une longue séance forcée. Et « ça marche » déjà au moment où tu cesses d’attendre que ça marche : la pratique se vit, elle ne se gagne pas.

Si tu veux désapprendre la méditation-performance à petit feu, je t’accompagne chaque mardi dans Au coin du feu. Une lettre, pas un programme. Pas un exercice de plus à réussir, juste un rendez-vous tranquille pour reposer le stylo rouge.

Jean-Marc

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