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Faire une pause (sucre, alcool, nourriture) : les signaux à écouter avant

Je connais le jeûne. J’ai jeûné de nombreuses fois dans ma vie, par choix, avec sérieux, et j’en ai tiré beaucoup, sur le corps comme sur l’esprit. Mais il y a une fois dont je me souviens autrement, avec un peu de gêne. Une fois où j’ai décidé de faire une pause, de jeûner, en me racontant que c’était de la sagesse, de l’écoute fine du corps…

La vérité, je l’ai vue seulement après, à froid : je voulais reprendre le contrôle. Je traversais une période où tout m’échappait, et je serrais la seule chose qui restait à ma portée, mon assiette. Ce n’était pas une pause. C’était une main qui se crispe, déguisée en démarche spirituelle.

Cette fois-là m’a appris à me poser une question avant de commencer n’importe quelle pause, sucre, alcool, nourriture : d’où vient l’élan, vraiment ?

Tu connais peut-être ce doute. L’envie de faire une pause te vient, et elle est séduisante. Mais tu ne sais pas si elle monte d’un vrai besoin ou si elle masque autre chose, une fuite, un contrôle, une punition déguisée. Tu doutes de ton intuition, et tu as raison de t’interroger.

Une pause juste naît plutôt de la curiosité et d’un désir d’écouter ton corps, dans une période stable. Si l’élan vient du contrôle, de la punition ou du besoin de fuir une émotion, mieux vaut attendre. Le bon moment se reconnaît à la douceur de l’intention, pas à la rigueur de la décision. Une pause se fait toujours depuis un sol stable, jamais pour se sauver de quelque chose.

Les signaux qui disent « peut-être oui »

Certains signes indiquent un terrain favorable. Regarde s’ils sont là, honnêtement.

La curiosité. L’élan ressemble à une question douce, presque joyeuse : « tiens, et si j’essayais, juste pour voir ce que ça me fait ? » Pas un ordre que tu te donnes, une exploration que tu te proposes.

La stabilité. Ta vie tient debout en ce moment. Pas de tempête majeure, pas de deuil frais, pas d’épuisement au fond du réservoir. Tu as du sol ferme sous les pieds, de quoi t’appuyer.

Le désir d’écoute. Ce que tu cherches, c’est mieux comprendre ton rapport à cet aliment, pas le punir ni le bannir. Tu veux observer, pas combattre. Tu es curieux, pas en guerre.

Les signaux qui disent « plutôt pas maintenant »

D’autres signes, à l’inverse, demandent d’attendre. Et ce n’est pas un échec d’attendre. C’est du discernement, c’est même de la sagesse.

Le contrôle. Tu sens que tout t’échappe en ce moment, et cette pause serait la seule chose que tu maîtrises. Méfiance : ce n’est pas le corps que tu écoutes alors, c’est l’angoisse que tu serres dans ton poing.

La punition. Une petite voix dit « tu as trop mangé, tu dois te racheter, te faire payer ». La pause devient une pénitence. Rien de bon ne pousse sur ce terrain-là.

Le vide à fuir. Une émotion difficile est là, présente, et la pause sert surtout à ne pas la sentir. Tu ne fais pas une pause, tu te détournes, tu changes de pièce.

La période fragile. Grande fatigue, stress intense, deuil récent. Dans ces moments, la restriction ajoute de la tension au lieu d’en libérer, et le corps n’a pas les réserves pour ça.

La différence entre une pause et une privation déguisée

Le critère tient en un seul mot : l’intention. Une pause naît d’un désir d’écoute et de douceur. Une privation déguisée naît du jugement et de la peur. Le geste extérieur peut être rigoureusement identique, ne plus manger de sucre pendant une semaine. Ce qui change absolument tout, c’est ce qui l’anime en dessous, la couleur de l’intention.

Un même geste, deux mondes

Prends deux personnes qui décident, le même lundi, de ne plus toucher au sucre pendant dix jours. De l’extérieur, elles font exactement la même chose. La première s’est dit, un matin tranquille : « tiens, je me sens un peu lourde de l’été, je suis curieuse de voir ce que ça donne sans sucre. » La seconde s’est dit, après un week-end d’excès et un coup d’œil sévère dans le miroir : « tu t’es laissé aller, maintenant tu te reprends en main, et pas de discussion. » Même geste, deux mondes.

La première traversera sa pause avec légèreté, curieuse de ce qu’elle découvre, libre de s’arrêter quand elle veut. La seconde tiendra par la volonté, dans la tension, et finira souvent par craquer puis se punir un peu plus.

Ce n’est jamais le sucre qui décide de l’issue. C’est l’intention qui était là, en dessous, le matin du départ.

Comment tester sans t’enfermer ?

Si les signaux sont au vert, voici comment t’y prendre sans que ça tourne à la rigidité ni à l’obsession.

Pose une intention, jamais un verdict. « J’observe mon rapport au sucre pendant quelques jours » plutôt que « j’arrête le sucre, un point c’est tout ».

Tu gardes la liberté de t’arrêter si ça devient dur, punitif, ou si la vie s’en mêle. Et tu observes, c’est là tout l’intérêt : qu’est-ce qui remonte quand je retire cet aliment ?

Souvent, le plus précieux n’est pas la pause elle-même, mais ce qu’elle te révèle de tes automatismes.

La pratique : l’intention sous l’envie

Avant de te lancer dans une pause, prends un instant pour écouter ce qui la motive vraiment, en dessous. Pose-toi la question, sans tricher : « est-ce que je veux me sentir plus vivant, plus clair, plus léger ? Ou est-ce que je veux me punir, me contrôler, prouver quelque chose ? »

Si l’intention vient de la douceur et de la curiosité, c’est souvent le bon moment. Si elle sent le contrôle, la performance ou le dégoût de soi, c’est rarement le jour. La même pause peut être un cadeau que tu te fais ou une violence que tu t’imposes. C’est l’intention, et elle seule, qui tranche.

Ni intégrisme ni méthode : une pause se traverse

Je veux être clair, parce que ce terrain est glissant et qu’il est facile d’y déraper. Une pause consciente n’est ni un régime ni une méthode de perte de poids. Ce n’est pas non plus une religion avec ses purs et ses impurs, ses bons et ses mauvais élèves. C’est une expérience, limitée dans le temps, choisie librement, d’écoute de soi. Elle se traverse, elle ne se « réussit » pas.

Et si elle devient rigide, punitive, identitaire, c’est le signe qu’elle a quitté son intention première. Là, le plus sage, et le plus courageux, c’est de la reposer.

Questions fréquentes

Comment savoir si c’est le bon moment pour faire une pause de sucre, d’alcool ou de nourriture ?

Une pause juste naît plutôt de curiosité et d’un désir d’écouter ton corps, dans une période stable. Si l’élan vient du contrôle, de la punition ou du besoin de fuir une émotion, mieux vaut attendre. Le bon moment se reconnaît à la douceur de l’intention, pas à la rigueur.

Quand vaut-il mieux ne PAS faire de pause alimentaire ?

Évite une pause en période de grande fatigue, de stress intense, de deuil, ou quand l’idée s’accompagne de jugement et de volonté de te punir. Dans ces moments, la restriction ajoute de la tension au lieu d’en libérer. Une pause se fait depuis un sol stable, pas pour se sauver.

Une pause alimentaire est-elle un régime ?

Non. Une pause consciente n’est ni un régime ni une méthode de perte de poids : c’est une expérience d’écoute, limitée et choisie, pour observer ton rapport à un aliment. Elle se traverse sans intégrisme et ne se « réussit » pas. Si elle devient rigide ou punitive, elle a quitté son intention.

Et toi, si une envie de pause te vient ces jours-ci, sauras-tu regarder d’où elle monte avant de t’y engager ?

Si discerner tes vrais besoins te parle, je creuse ces nuances chaque mardi dans « Au coin du feu », notre lettre du calme, à recevoir ici. Tu peux aussi lire les 8 types de faim et accueillir une envie de manger sans céder ni te priver.

Jean-Marc

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