À mes débuts de méditant, je m’asseyais pour méditer en attendant une chose précise : « être zen ». Détendu, lisse, apaisé, comme sur les images. Et certaines séances, je me relevais plus agacé qu’au début. La tête pleine, le corps tendu, une vague irritation au fond. Je me disais alors : « Voilà, ça ne marche pas, je médite mal, je ne suis pas fait pour ça. »
J’ai failli arrêter plusieurs fois, déçu, persuadé d’être un cas désespéré.
Des centaines d’heures de pratique et de formation plus tard, j’ai enfin compris mon erreur. Elle était toute simple, et elle changeait tout. Je n’attendais pas de la méditation ce qu’elle est. J’attendais de la relaxation.
Je confondais deux choses différentes, et toute ma déception venait précisément de cette confusion.
Tu connais peut-être ce découragement ? Tu médites pour te détendre, ça ne te détend pas, et tu en conclus logiquement que « ça ne marche pas ». Le raisonnement est impeccable. C’est juste la prémisse de départ qui est fausse.
Se relaxer vise à se détendre et à relâcher les tensions. Méditer en pleine conscience vise à être présent à ce qui est, calme ou non. La détente peut survenir pendant la méditation, mais elle n’en est pas le but. Confondre les deux fait croire à tort que la méditation « ne marche pas », alors qu’elle fait exactement son travail : te rendre présent, y compris à l’inconfort.
La relaxation a un objectif clair, et parfaitement légitime : te détendre. Relâcher les muscles, ralentir le mental, apaiser le système nerveux. Un bon bain chaud, une séance de sophrologie, une musique douce, un massage, tout cela relaxe. Et le succès s’y mesure très simplement : à la fin, tu te sens mieux, plus détendu, plus léger qu’avant. C’est excellent, et c’est utile. Nous en avons tous besoin.
La méditation de pleine conscience joue un tout autre jeu, et c’est là que naît le malentendu. Son but n’est pas que tu te sentes mieux, mais que tu sois présent à ce qui est. Si ce qui est, c’est le calme, tu es présent au calme. Si c’est l’agitation, l’ennui, une tension, une tristesse, tu es présent à ça aussi, pleinement.
Tu n’essaies pas de changer ton état. Tu apprends à l’habiter, quel qu’il soit, sans te débattre.
C’est plus exigeant, je te l’accorde. Et c’est infiniment plus libérateur. Parce que la vie ne sera pas toujours détendue, loin de là, mais tu peux apprendre à y être présent, toujours, dans le calme comme dans la tempête.
Pour que ce soit net, mets-les l’un à côté de l’autre.
L’intention : la relaxation veut se détendre, la méditation veut être présente.
Ce que tu attends : de la relaxation, un mieux-être à la fin ; de la méditation, rien de particulier, juste être là.
Le « raté » : une relaxation rate si tu restes tendu ; une méditation, elle, ne rate jamais, même agitée, parce que l’agitation observée est déjà la pratique en train de se faire.
Ce que tu trouves : la relaxation donne de la détente ; la méditation donne de la présence, et parfois, en prime, de la détente.
Reviens à ma déception des débuts. Elle ne venait pas d’une mauvaise pratique. Elle venait d’un mauvais critère de jugement. Je jugeais ma méditation à l’aune de la relaxation : « suis-je détendu ? »
Avec ce critère-là, toute séance agitée devient un échec, et tu finis par tout arrêter, persuadé de ne pas y arriver.
Avec le bon critère, « ai-je été présent, même à l’agitation ? », la même séance agitée devient une réussite pleine et entière. Rien n’a changé dans la séance. Tout a changé dans ce que tu en attendais.
Le paradoxe est savoureux, et profond. Plus tu lâches l’objectif de te détendre, plus la détente vient souvent d’elle-même, par surcroît, comme un invité que tu n’attendais plus. Parce que tu cesses enfin de lutter contre ton état du moment. Mais le jour où elle ne vient pas, tu n’es pas en échec pour autant. Tu as quand même été présent, et c’était tout l’enjeu.
Si tu es tombé dans ce piège, rassure-toi, tu es en très nombreuse compagnie. Tout, autour de nous, entretient la confusion. Les applications qui promettent de te « détendre en cinq minutes ». Les images de méditants au sourire béat sur fond de coucher de soleil. Le vocabulaire ambiant qui range la méditation au rayon « bien-être », entre les bougies parfumées et les tisanes du soir.
Comment ne pas croire, dès lors, que méditer sert à se relaxer ?
Pendant longtemps, la pleine conscience a été présentée ainsi, comme une simple technique anti-stress. Et ce n’est pas faux, elle aide vraiment à vivre le stress autrement. Mais c’est réducteur, et surtout trompeur sur le moyen.
Méditer n’est pas se calmer. C’est apprendre à être présent, y compris quand tu n’es pas calme du tout. La détente est un effet secondaire fréquent, jamais la cible.
Confondre l’effet et la cible, c’est précisément ce qui fait abandonner.
Aujourd’hui, change simplement le critère. Ne cherche pas à te détendre, cherche juste à être là. Assieds-toi, et deviens comme une vitre : tu ne retiens rien, tu laisses simplement passer au travers les sensations, les émotions, les pensées, sans rien saisir au passage. Tu peux être parfaitement présent et pourtant agité, et c’est très bien ainsi, ce n’est pas raté.
Se relaxer, c’est viser un état agréable. Méditer, c’est accueillir l’état qui est là, quel qu’il soit, et découvrir que tu peux y tenir debout.
Se relaxer vise à se détendre et relâcher les tensions. Méditer en pleine conscience vise à être présent à ce qui est, calme ou non. La détente peut survenir pendant la méditation, mais elle n’en est pas le but. Confondre les deux fait croire à tort que la méditation « ne marche pas ».
Pas directement. La méditation de pleine conscience cultive la présence et l’observation de l’expérience, pas la relaxation. Elle apporte parfois de la détente, mais aussi parfois de l’inconfort, car elle laisse remonter ce qui est là. Chercher seulement le calme mène souvent à la déception et à l’abandon.
Parce que méditer ne consiste pas à se forcer au calme, mais à accueillir ce qui se présente, agitation comprise. Si tu attends la détente comme un résultat, l’agitation te semble un échec. Or il n’y a rien à réussir : être présent à l’inconfort fait déjà partie de la pratique.
Et toi, et si la prochaine séance que tu jugeais « ratée » était en réalité la plus juste, parce que tu y étais vraiment présent ?
Si tu as déjà cru que « ça ne marchait pas », le cours « Tempête de Calme » lève ce malentendu pas à pas ; et chaque mardi je t’écris dans « Au coin du feu », notre lettre du calme, à recevoir ici. Tu peux aussi lire méditer quand on a déjà tout essayé et à quoi sert vraiment la respiration consciente.
Jean-Marc

Jean-Marc Terrel est facilitateur de pleine conscience. Instructeur MBSR certifié et auteur de « L’art de vivre en pleine conscience » (320 pages, Éditions de Mortagne, 2019), il accompagne depuis plus de vingt ans des personnes en quête de présence et de sens. Il anime des retraites et voyages initiatiques, une application mobile de méditation et vit aujourd’hui dans la campagne près d’Essaouira. Son approche, la Voie de l’Instant, tient en une intuition simple : rien à devenir, juste à se souvenir. Avec sérieux, mais sans se prendre au sérieux. Tous réseaux confondus, plus de 250 000 personnes le suivent, et l’on prolonge la conversation sur La Tribu.
