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Méditer avec un mental hyperactif : pas un problème

Premier coussin de méditation, il y a plus de vingt ans, dans une salle qui sentait l’encens et le parquet ciré.

La consigne venait de tomber : fermer les yeux, et « faire le silence ».

Trois secondes, peut-être quatre. Et puis ça repart.

Est-ce que j’ai bien fermé la porte de la voiture. La liste des courses. Cette phrase que j’aurais dû dire hier soir. Le mal de dos qui monte. Est-ce que les autres, autour de moi, sont vraiment en train de méditer, eux. Et cette pensée immédiate, cinglante, que je connais par cœur : « Toi, tu es trop dans ta tête pour ça. C’est mort. »

Je suis reparti persuadé d’avoir raté. Pas un peu. Complètement.

Le genre d’échec qui te fait dire que ce truc n’est pas pour les cerveaux comme le tien.

Tu connais peut-être cette sensation. Tu t’assois, tu poses les mains, tu respires, et en face il y a une machine qui carbure, qui commente, qui saute d’une idée à l’autre à une vitesse que tu n’as jamais choisie.

Tu regardes cette agitation et tu en tires une conclusion douloureuse : je pense trop pour méditer. Mon mental est un handicap. Les gens calmes y arrivent, moi non.

Je vais te dire ce que personne ne m’avait dit ce jour-là, et qui a tout changé quelques années plus tard.

Oui, tu peux méditer avec un mental hyperactif, et un cerveau rapide n’est pas un obstacle à la méditation. Méditer ne consiste pas à arrêter de penser, mais à remarquer que tu penses et à revenir doucement à l’instant. Un mental qui produit beaucoup de pensées produit surtout beaucoup d’occasions de revenir. Ce flot n’est pas un échec de la pratique : il en est le terrain même.

Autrement dit : ce que tu prends pour la preuve que tu n’y arrives pas est exactement la matière avec laquelle nous travaillons.

« Je suis trop intelligent pour ça », pensais-je entre deux pensées

Je vais être honnête, parce que la fausse modestie ne sert personne ici.

Une partie de mon blocage, à l’époque, c’était l’orgueil.

Je suis ce que d’aucuns appellent un profil rapide. INTJ, mental analytique, l’esprit qui démonte tout, anticipe, relie, dissèque. Cette tête m’a servi dans le business, dans la formation, dans les livres. Alors quand je me suis retrouvé incapable de tenir dix secondes sans qu’une idée déboule, une petite voix a soufflé quelque chose de très malin et de très toxique : « Ce n’est pas que tu rates. C’est que ton cerveau est trop vif pour ces bêtises de relaxation. La méditation, c’est pour ceux qui n’ont pas grand-chose dans le crâne. »

Confortable, comme mensonge. Il transformait mon échec en supériorité.

Sauf que le soir, l’anxiété était toujours là. Le flot ne s’arrêtait pas quand je posais ma tasse, quand je conduisais, quand j’aurais voulu dormir. Mon « intelligence rapide » ne me lâchait jamais la grappe, et je n’avais aucun moyen de baisser le volume.

Beaucoup des personnes que j’accompagne aujourd’hui vivent exactement ça. Des têtes bien faites, très diplômées, hyper compétentes, dont l’esprit va à cent à l’heure. Elles ont lu, elles ont pratiqué, elles ont essayé les applications. Et elles arrivent avec la même phrase, presque au mot près : « Je crois que je ne suis pas fait pour méditer, mon mental ne s’arrête jamais. » Une vivacité vécue comme une infirmité spirituelle.

Ce n’est pas une infirmité. C’est une nature.

Et une nature ne se corrige pas, elle s’apprivoise.

Réponse rapide : méditer avec un mental hyperactif, est-ce possible ?

Oui, et je le redis parce que tu as peut-être passé des années à croire l’inverse.

Peux-tu méditer quand ça pense sans arrêt. Peux-tu méditer quand le cerveau ne se met jamais sur pause. Peux-tu méditer quand tu es du genre à sur-réfléchir. Oui, oui, et oui.

Le but n’a jamais été le silence dans la tête.

Le but, c’est de changer ta relation à ce qui traverse la tête.

Un mental actif ne disqualifie personne. Si tu attends d’avoir l’esprit vide pour t’asseoir, tu n’y arriveras jamais, et pas parce que tu es défaillant : parce que la consigne elle-même était fausse.

Le malentendu : méditer, est-ce faire le vide ?

Voilà l’erreur d’origine, celle qui décourage des milliers de gens avant même qu’ils commencent.

Quelque part, quelqu’un t’a vendu une image. La méditation, ce serait un mental lisse, plat, immobile. Une eau sans une ride. Le moine parfaitement serein, plus une seule pensée, juste le grand blanc.

Cette image est une catastrophe pédagogique. J’ai écrit un article entier là-dessus, parce que c’est le contresens le plus répandu que je rencontre : méditer n’est pas faire le vide. Elle transforme la pratique en une performance impossible, et elle te désigne d’avance comme perdant si ta tête est du genre bavard.

Chercher à faire le vide, c’est déclarer la guerre à tes propres pensées. Or l’esprit fonctionne à l’envers de ça : plus tu combats une pensée, plus tu la nourris.

Essaie, tout de suite, de ne surtout pas penser à un dromadaire.

Tu vois le problème.

La méditation de pleine conscience ne demande pas le vide. Elle propose une autre place, à côté du flot, d’où tu peux le regarder passer sans y monter.

C’est très différent, et c’est précisément là que le mental rapide cesse d’être un ennemi.

Pourquoi un cerveau rapide n’est pas un handicap pour méditer

Retourne l’affaire un instant.

Si méditer, ce n’était pas produire peu de pensées, mais s’entraîner à revenir de chacune d’elles, alors qui a le meilleur terrain d’entraînement. Celui dont l’esprit reste tranquille de longues minutes, ou celui dont l’esprit déboule sans cesse.

Un mental hyperactif, c’est une salle de sport avec des poids déjà chargés.

Remarquer, c’est déjà l’acte de présence

Le retournement, pour moi, est venu d’une phrase. La personne qui facilitait, lors d’une formation, m’a vu pester contre moi-même et m’a dit simplement : « L’instant où tu remarques que tu pensais, tu n’étais plus dans la pensée. Tu étais présent. Ça, c’est méditer. »

J’ai mis du temps à mesurer la portée de ce qu’elle venait de dire.

Je croyais que méditer, c’était l’absence de pensée. Elle me montrait que méditer, c’était l’instant de lucidité qui suit la pensée. Ce petit « tiens, je suis reparti », ce micro-réveil, cette prise de conscience minuscule : voilà l’acte.

Pas le calme. Le réveil.

Et ce réveil, un cerveau rapide le déclenche des dizaines de fois par séance. Chaque emballement devient une occasion de revenir. Ce que je comptais comme autant d’échecs était en réalité autant de répétitions réussies.

Revenir, encore et encore, est l’entraînement

Imagine que tu apprends à un jeune chien à rester assis.

Il se lève. Tu le ramènes, doucement, sans t’énerver. Il se relève. Tu le ramènes encore.

Est-ce que le chien qui se relève dix fois « rate » son apprentissage. Non. Chaque fois que tu le ramènes, c’est l’exercice lui-même. Le dressage n’est pas le chien qui reste immobile par magie : c’est le geste patient de le ramener, répété jusqu’à ce qu’il tienne.

Ta pratique, c’est exactement ce geste.

Le mental part. Tu le remarques. Tu reviens. Il repart. Tu remarques. Tu reviens.

Ce n’est pas l’échauffement avant la vraie méditation. C’est la vraie méditation. Il n’y a rien d’autre à faire, rien à réussir, rien à rater. Juste ce retour, encore et encore, offert avec un peu de douceur plutôt qu’avec le fouet.

C’est ici que la patience prend tout son sens, cette attitude qui rappelle que les graines poussent à leur rythme et pas au tien.

Méditer avec sa nature plutôt que contre elle

Il y a une bascule, à un moment, où tu cesses d’essayer de devenir quelqu’un d’autre.

Tu as un mental vif. Ce mental a une valeur immense : il crée, il relie, il protège, il t’a probablement mené là où tu es. Le problème n’a jamais été sa vivacité. Le problème, c’est qu’il tourne sans interrupteur, et que personne ne t’a montré comment t’asseoir à côté de lui sans te faire happer.

Méditer avec sa nature, c’est arrêter de vouloir un cerveau de moine quand tu as un cerveau d’analyste.

Concrètement, cela veut dire quelques ajustements simples.

Une tête rapide s’ancre souvent mieux dans une pratique qui lui donne du grain à moudre : la marche plutôt que l’assise pure au début, la sensation précise du pied qui se pose, du souffle qui entre, d’un son dans la pièce. Un support tangible fatigue moins que le grand vide, qui ne fait qu’exciter l’esprit avide de matière.

Des séances courtes et répétées valent mieux qu’une longue séance héroïque où tu te débats.

Et une bonne dose de non-jugement, parce que le vrai obstacle n’a jamais été le nombre de tes pensées, mais la sévérité avec laquelle tu te cognes dessus à chaque fois que tu en as une.

Si tu as le sentiment d’avoir déjà tout tenté sans résultat, c’est peut-être que tu essayais depuis le mauvais poste de départ. J’ai écrit pour toi ce qui se joue quand tu as tout essayé et que ça ne marche pas : souvent, ce n’est pas la méthode qui manque, c’est l’objectif qui était piégé.

Et si le flot t’emporte au point que même l’idée de t’asseoir te décourage, voici un geste qui m’accompagne depuis des années.

La micro-pratique : les feuilles sur la rivière

Quand le mental tourne trop vite pour tenir une assise, ne lutte pas contre le courant. Regarde-le.

Ferme les yeux, ou baisse le regard.
Imagine un cours d’eau qui s’écoule devant toi, tranquille, continu.
Sur la surface, des feuilles descendent le courant.

Chaque pensée qui surgit, tu la déposes sur une feuille, et tu la regardes s’éloigner.
Tu ne la pousses pas pour t’en débarrasser.
Tu ne la retiens pas pour la garder.
Tu la laisses simplement descendre, à son rythme, jusqu’à ce qu’elle disparaisse au loin.

Une nouvelle pensée arrive. Une nouvelle feuille.
Une pensée revient, la même qu’avant. Encore une feuille.
Tu remarques que tu t’es mis à flotter avec l’une d’elles, embarqué dans l’histoire. Tu reviens sur la berge, et tu recommences à regarder.

Un mental hyperactif n’est pas un problème à mater : c’est une rivière chargée, un beau débit un jour d’orage. Il y aura beaucoup de feuilles.

Tant mieux. Tu auras de quoi t’entraîner.

Rien à réussir : juste regarder passer, sans monter dans le courant. C’est l’attitude du non-jugement, celle qui te laisse avoir des pensées sans te reprocher d’en avoir.

Questions fréquentes

Peut-on méditer quand on a un mental très actif et qu’on pense beaucoup ?

Oui. Méditer ne consiste pas à arrêter de penser mais à remarquer que tu penses et à revenir doucement à l’instant. Un mental rapide produit beaucoup de pensées, donc beaucoup d’occasions de revenir : ce n’est pas un obstacle, c’est le terrain même de la pratique. Plus ça bouge dans ta tête, plus tu as de matière pour t’exercer au retour.

Comment faire le vide quand on médite ?

Tu ne le fais pas, et c’est parfaitement normal. La méditation de pleine conscience ne vise pas le vide mental mais une relation différente aux pensées : les voir passer sans t’y accrocher. Chercher à faire le vide crée de la lutte, et la lutte nourrit ce qu’elle combat. Observer sans juger est l’attitude juste, bien plus accessible que ce silence intérieur que personne n’atteint vraiment.

Trop penser empêche-t-il de méditer correctement ?

Non. Croire qu’il faut un mental calme pour bien méditer fait souvent abandonner avant d’avoir compris de quoi il s’agit. Le flot de pensées n’est pas un échec : chaque fois que tu remarques que tu pensais et que tu reviens, tu médites pleinement. La répétition de ce retour est l’entraînement, exactement comme tu ramènes un jeune chien qui se relève, sans t’énerver.

Combien de temps faut-il pour qu’un mental agité se calme en méditant ?

C’est la mauvaise question, même si je la comprends. Le mental agité ne se « calme » pas sur commande, et attendre ce moment te maintient dans la frustration. Avec le temps, ce n’est pas le nombre de pensées qui diminue, c’est ta réactivité à leur égard : tu te laisses moins embarquer, tu reviens plus vite. Sur ce que représente vraiment un temps de pratique dans une vie déjà pleine, j’en parle ici : combien de temps méditer par jour.

Et toi

Et si, pendant toutes ces années, tu ne t’étais pas trompé de pratique, mais seulement de définition. Que se passerait-il si, dès demain matin, tu cessais d’attendre le silence pour commencer, et que tu comptais chaque retour comme une victoire minuscule plutôt que chaque pensée comme une défaite.

Chaque mardi, « Au coin du feu » parle aux personnes qui pensent beaucoup, sans jamais leur demander de faire le vide. Une lettre que Jacqueline et moi t’écrivons, à déguster avec un thé, qui prend ton mental rapide non pour un défaut à réparer mais pour une nature à habiter. Si ces lignes t’ont parlé, tu peux la recevoir ici.

Jean-Marc

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