Logo Jean-Marc Terrel 2026

Rester présent au travail malgré les interruptions

Il y a une quinzaine d’années, je passais mes journées à courir.
Une réunion le matin dans un bureau d’agence, un rendez-vous banquier à midi, trois collaborateurs qui frappaient à ma porte entre deux appels, le téléphone qui vibrait pendant que je signais des papiers que je ne lisais même plus.

Le soir, je rentrais vidé.
Et pourtant, si tu m’avais demandé ce que j’avais fait de ma journée, j’aurais été incapable de te la raconter. Douze heures de vie, et pas une seule minute où je m’étais senti vivre. J’avais tout traversé sans rien habiter.

Tu connais peut-être cette sensation étrange. Une journée pleine à craquer, cochée de haut en bas, et le sentiment sourd de n’avoir été nulle part. D’avoir été partout, sauf en toi.

Tu ne restes pas présent au travail en supprimant les interruptions, souvent impossible, mais en transformant chaque transition en point de retour.
Avant d’ouvrir une réunion, de répondre à un message, de changer de tâche, un seul instant pour sentir où tu es.
Ces seuils conscients réancrent l’attention au lieu de la laisser filer d’une sollicitation à l’autre.

C’est un déplacement minuscule, et il change une journée entière.

Pourquoi les interruptions épuisent-elles autant ?

La fatigue de fin de journée, tu l’attribues au travail. À la charge, au volume, aux dossiers.
Ce n’est pas tout à fait exact.

Chaque fois qu’une interruption te sort de ce que tu fais, ton attention doit redémarrer. Elle lâche le fil en cours, se rebranche ailleurs, puis, quand tu reviens, elle rame quelques secondes pour retrouver où tu en étais. Les spécialistes appellent ça le coût de bascule. Un coût invisible, minuscule à chaque fois, mais tu paies ce péage cent fois par jour.

Et à la fin, ce n’est pas le travail qui t’a vidé.
C’est la fragmentation.
C’est d’avoir été coupé, recoupé, redémarré sans cesse, sans jamais poser vraiment le poids quelque part.

Pour une personne qui tient l’espace des autres toute la journée, coach, thérapeute, cadre à haute responsabilité humaine, le phénomène est doublé. Non seulement tu redémarres ton attention en permanence, mais chaque redémarrage te demande aussi de te réajuster à un humain, à une émotion, à un enjeu. Tu ne changes pas de tâche, tu changes de monde. Et personne ne t’a jamais montré comment franchir ces passages sans t’y perdre.

Et si tes transitions devenaient tes alliées ?

Voilà le renversement.
Tu ne peux pas empêcher les interruptions. Mais tu peux décider de ce qu’elles réveillent en toi.

Une journée de travail est faite de dizaines de seuils. Tu fermes une réunion, tu en ouvres une autre. Tu raccroches, tu réponds à un mail. Tu quittes ton bureau, tu passes une porte. La plupart du temps, tu franchis ces seuils en apnée, l’esprit déjà à l’étape suivante avant même que ton corps y soit arrivé. Tu es toujours en avance d’un geste sur toi-même.

Le seuil de porte est le plus simple à récupérer.
La prochaine fois que tu passes une porte, au bureau, en séance, chez toi le soir, sens le passage. Une seconde. Le changement de lumière, l’air, le seuil sous tes pieds. Une porte n’est pas qu’un trou dans un mur. C’est une frontière entre deux instants, et tu peux la traverser en conscience.

L’avant-réunion est le seuil le plus précieux.
Avant d’entrer, avant d’ouvrir la visio, avant de dire « bonjour à tous », pose tes deux pieds au sol et laisse passer un souffle entier. Tu n’entres pas dans la réunion comme tu tomberais dans un train en marche. Tu y entres arrivé.

Le clic d’envoi d’un email peut devenir une cloche.
Ce petit geste que tu répètes cinquante fois par jour, tu peux en faire un signal. Après avoir cliqué sur « envoyer », un souffle avant d’ouvrir le suivant. Pas dix minutes de méditation. Un souffle. Juste de quoi ne pas enchaîner en pilote automatique.

Micro-pratique : le signal qui rappelle

Cette notification qui sonne, ce collègue qui passe la tête, ce téléphone qui vibre, tu les vis comme des voleurs d’instants. Ils te happent, ils te sortent de toi.
Et si tu en faisais l’inverse ?

Voici la pratique. Elle s’appelle « le signal qui rappelle ».

Tu choisis un signal récurrent de ta journée. Une sonnerie, une notification, un collègue qui apparaît dans l’embrasure.
Au lieu de le laisser te happer, tu en fais une cloche. Ce qui d’ordinaire te sort de toi devient exactement ce qui t’y ramène.

Avant de répondre à l’interruption, un seul instant de présence.
Un contact avec l’endroit où tu es. Tes pieds, ton souffle, la chaise sous toi.
Puis tu réponds.

Tu ne peux pas empêcher les interruptions. Tu peux décider de ce qu’elles réveillent en toi.

C’est l’esprit du débutant, la toute première des 21 attitudes de La Voie de l’Instant. Accueillir chaque coupure comme une occasion neuve de revenir, au lieu de la subir comme une énième agression. Non pas « encore une interruption », mais « tiens, une nouvelle porte de retour ». La centième interruption de la journée peut être aussi fraîche que la première, si tu la reçois comme telle.

Et si la réunion devenait un lieu de présence ?

Nous croyons écouter en réunion. La plupart du temps, nous attendons notre tour de parler.

Tu l’as sûrement remarqué sur toi. Quelqu’un parle, et à la troisième seconde ton esprit prépare déjà la réponse. Tu n’écoutes plus la phrase, tu écoutes le trou dans lequel tu vas glisser la tienne. Pire, ton téléphone est posé là, et tu réponds à deux messages « en parallèle », persuadé de suivre. Tu ne suis pas. Tu es dans trois endroits, donc dans aucun.

La présence en réunion se gagne phrase après phrase, et elle tient à un geste tout bête. Écouter une phrase entière avant de commencer à penser à ce que tu vas répondre. Une seule. Laisser la personne finir, vraiment finir, avant que ton mental ne se mette en marche.

Et de temps en temps, pendant que ça parle, revenir au corps.
Tes pieds au sol. Ton dos contre le siège. Un souffle.
Ce petit retour ne te fait rien rater. Au contraire, il te rend disponible à ce qui se dit, au lieu de te laisser gamberger sur ce qui a été dit ou sur ce qui va suivre.

Tu ne peux pas être présent à l’autre si tu n’es pas présent à toi d’abord. C’est vrai en réunion, c’est vrai quand tu écoutes des clients toute la journée : l’attention à l’autre commence par un pied posé chez soi.

Finir la journée en s’étant senti vivre au moins une fois

Le renversement, le vrai, est là.
Longtemps j’ai cru que la présence était l’ennemie de l’efficacité. Que pour abattre une journée pareille, il fallait justement ne pas sentir, foncer, tenir, mettre la tête dans le guidon et ne la relever qu’au bout.

C’est faux.

La présence n’est pas le contraire de l’action. Elle n’est pas une pause dans le travail, un luxe que tu t’accordes quand la charge redescend, ce qui n’arrive jamais. Elle est une manière d’agir. Tu peux mener une réunion tendue en étant pleinement là. Tu peux répondre à quarante mails en habitant chacun de tes gestes. Rien de ce que tu fais ne change ; ta façon de le traverser change tout.

Et l’objectif n’est pas de transformer tes huit heures de bureau en retraite silencieuse. Sois honnête, c’est impossible, et je ne te le vends pas.
L’objectif est plus modeste, et bien plus atteignable.
Finir ta journée en t’étant senti vivre au moins une fois.

Une fois où tu as vraiment senti l’air entrer dans tes poumons.
Une fois où tu as écouté quelqu’un sans préparer ta réponse.
Une fois où, en passant une porte, tu étais entièrement là.

Une journée qui contient trois de ces instants n’est pas la même qu’une journée qui n’en contient aucun. Ce ne sont pas les mêmes douze heures de vie. Et c’est cette différence, minuscule et immense, que ces micro-pratiques viennent semer.

Si le flou te gagne au point de ne plus savoir où donner de la tête, un détour par comment revenir au moment présent quand tout devient flou pourra t’aider à retrouver le fil. Et si la fatigue vient surtout de ce que tu portes tout, seul, la vraie question est peut-être d’arrêter de tout porter sur tes épaules.

Questions fréquentes

Comment rester présent et concentré au travail malgré les interruptions constantes ?

Non pas en supprimant les interruptions, souvent impossible, mais en faisant de chaque transition un point de retour. Avant d’ouvrir une réunion, de répondre, de changer de tâche, un instant pour sentir où tu es, un souffle, un contact avec tes pieds au sol. Ces seuils conscients réancrent ton attention au lieu de la laisser filer. Tu ne luttes pas contre les interruptions, tu les transformes en rappels.

Pourquoi les interruptions au bureau sont-elles si fatigantes ?

Parce que chaque interruption oblige ton cerveau à redémarrer une tâche, et ce redémarrage a un coût. À force, ton attention reste dispersée et tu termines vidé sans avoir rien habité. La fatigue ne vient pas du travail lui-même, mais de la fragmentation permanente de ton attention, coupée et recoupée cent fois par jour. C’est ce péage minuscule, prélevé sans fin, qui épuise.

Comment être plus présent en réunion ?

En écoutant une phrase entière avant de préparer ta réponse, et en ramenant régulièrement ton attention au corps, pieds au sol, souffle. Au lieu d’anticiper ta réplique ou de répondre à des messages en parallèle, tu restes sur ce qui se dit maintenant. Pose ton téléphone hors de vue, il te vole plus qu’il ne t’aide. La présence se gagne phrase après phrase.

Trois respirations au bureau, est-ce vraiment suffisant ?

L’objectif n’est pas de méditer trente minutes entre deux dossiers, tu n’en as pas le temps et personne n’en a. Trois respirations conscientes avant une transition suffisent à interrompre le pilotage automatique et à te réancrer. Ce n’est pas la durée qui compte, mais la coupure nette avec l’enchaînement mécanique. Répété plusieurs fois par jour, ce geste minuscule change la texture entière de ta journée.

Alors, quand pourrais-tu, dès demain, transformer ta prochaine interruption en porte de retour plutôt qu’en agression de plus ?

Pour transformer tes journées sollicitées en présence retrouvée, semaine après semaine, je t’invite à rejoindre notre lettre « Au coin du feu ». Chaque mardi à 7h, Jacqueline et moi t’y déposons de quoi habiter ta semaine un peu plus. Et si tu veux en discuter avec d’autres personnes qui portent le même genre de journées, nous prolongeons la conversation dans la communauté de La Tribu. C’est une porte de plus vers toi.

Jean-Marc

    Tu nous rejoins dans "la tribu" ?

    Jacqueline &é Jean-Marc Terrel
    Un lieu pour échanger en profondeur, sans urgence.
    Un espace pour prendre du recul sur ce qui est vécu.
    Les ressources soutiennent le quotidien autant que l’essentiel.
    Les mots peuvent être simples, parfois hésitants.
    Ils sont reçus avec bienveillance.
    Le lien fait le reste.
    ©2026 - Tous droits réservés - Jean-Marc Terrel