Je vais te confier quelque chose. Après des centaines d’heures de formation, instructeur certifié, des années de pratique quotidienne, j’ai longtemps gardé pour moi des questions toutes simples. Des questions que je trouvais trop naïves pour quelqu’un de mon niveau. « Est-ce que je peux méditer allongé ? » « C’est grave si je m’endors ? » Je n’osais pas les poser, même entre pairs. J’étais censé savoir, après tout.
Alors je me suis dit, un jour, que si moi je n’osais pas, beaucoup d’autres devaient porter les mêmes questions en silence, coincés par la même petite honte. Voici donc les douze que nous n’osons pas poser, et leurs réponses, sans jargon ni jugement.
Tu te reconnais peut-être. Tu as des questions « bêtes » sur la méditation, et tu n’oses pas les poser, de peur de paraître débutant dans un milieu où tu es censé être à l’aise. Bonne nouvelle, et c’est tout le sujet : il n’existe pas de question bête ici.
Les questions les plus fréquentes portent sur la posture (yeux ouverts ou fermés, assis ou allongé), les pensées (que faire quand l’esprit vagabonde), la durée (combien de temps), le moment (matin ou soir) et le sens (est-ce religieux). À presque toutes, la réponse tient en une phrase : il n’y a pas de mauvaise façon de faire.
J’ai regroupé ces questions en trois familles, parce qu’elles reviennent presque toujours dans le même ordre. D’abord le corps et la posture, le plus visible, ce que tu vois faire aux autres et que tu n’oses pas mal imiter. Ensuite le mental, le vrai terrain de jeu, là où tout se joue. Enfin la pratique au quotidien, le comment et le combien. Lis-les dans l’ordre, ou va droit à celle qui te démange. Aucune n’est plus bête qu’une autre.
Non. Les yeux fermés aident à se couper des distractions, mais ils favorisent aussi la somnolence et la rêverie. Tu peux garder les yeux mi-clos, le regard posé au sol à un mètre devant toi, sans rien fixer. Essaie les deux, et garde ce qui te rend le plus présent.
Pas du tout. Une chaise convient parfaitement, et même mieux pour beaucoup de corps. L’important n’est pas la position des jambes, mais un dos droit sans raideur, une posture à la fois stable et détendue. Médite assis sur un coussin, sur une chaise, sur un banc de méditation, peu importe le support.
Oui, surtout pour un balayage du corps ou en fin de journée. Le seul risque, c’est de t’endormir, ce qui n’est pas un drame mais n’est plus tout à fait méditer. Si tu cherches l’éveil attentif, l’assise aide ; si tu cherches à déposer la journée, l’allongé convient très bien.
Non. L’immobilité aide la concentration, mais tu peux ajuster ta posture, déglutir, bouger si une douleur s’installe. Méditer n’est pas une épreuve de statue ni un concours d’endurance. Tu bouges en conscience, voilà tout. La pleine conscience propose d’ailleurs des pratiques formelles en mouvement : la marche consciente et les mouvements conscients.
Rien de spécial. Méditer ne consiste pas à arrêter les pensées, c’est tout simplement impossible, mais à remarquer quand tu t’es laissé emporter, et à revenir doucement. Chaque retour est la pratique elle-même. Un esprit qui pense beaucoup n’est pas un esprit qui médite mal.
Pense à un ciel et à ses nuages. Les pensées sont les nuages, parfois légers, parfois épais et orageux. Toi, tu n’es pas les nuages. Tu es le ciel, qui les laisse passer sans s’y accrocher. Méditer, ce n’est pas chasser les nuages, c’est te souvenir que tu es le ciel.
Tout à fait normal. L’ennui est même une porte intéressante : il montre à quel point nous avons besoin de stimulation constante pour nous sentir vivants. Reste avec lui, observe-le sans le fuir. Il a souvent quelque chose à t’apprendre sur ta difficulté à être simplement là.
Non, c’est surtout un signe de fatigue. Ton corps prend ce dont il a besoin, écoute-le. Si ça arrive souvent, médite les yeux mi-clos, assis bien droit, ou à un autre moment de la journée. Sans culpabilité aucune.
Quelques minutes par jour suffisent pour commencer. La régularité compte bien plus que la durée. Mieux vaut cinq minutes quotidiennes qu’une longue séance une fois par mois. Le temps s’allonge ensuite de lui-même, sans qu’il faille te l’imposer.
Celui que tu tiendras. Le matin ancre la journée, le soir la dépose. Un seul moment, choisi selon ton besoin, suffit largement pour débuter. Le meilleur moment, c’est tout simplement celui que tu n’abandonnes pas.
Non, mais elle peut aider à démarrer, surtout si le silence t’intimide au début. Une voix qui guide rassure. L’idée, à terme, est de pouvoir t’en passer, de porter la pratique en toi sans béquille extérieure.
Pas nécessairement. La méditation de pleine conscience est une pratique d’attention, laïque dans la plupart de ses formes actuelles, même si elle a des racines dans diverses traditions. Tu peux la pratiquer sans aucune croyance particulière, simplement pour cultiver la présence.
C’est la question piège, celle qui contient toutes les autres. Il n’y a pas de bonne note à obtenir. Si tu t’assois, que tu remarques quand tu pars, et que tu reviens, alors « tu médites bien », même si l’esprit a vagabondé cent fois. Le « bien méditer » que tu cherches est souvent la performance déguisée que la méditation vient justement défaire.
Tu l’as peut-être senti en lisant : presque toutes ces questions tournent autour d’une seule et même peur, celle de mal faire. Yeux ouverts ou fermés, assis ou allongé, cinq minutes ou vingt, derrière chaque détail se cache la même inquiétude, « est-ce que je m’y prends bien ? ». Et la réponse de fond, à toutes, est identique : il n’y a pas de mauvaise façon. Cette peur de mal faire est précisément ce que la pratique vient dissoudre, doucement, jour après jour.
Pas de technique aujourd’hui, juste un petit réflexe à installer. Chaque fois que tu te surprends à penser « je médite mal », fais deux choses.
D’abord, salue cette pensée comme une vieille connaissance : « tiens, revoilà l’histoire du je-fais-mal ». La nommer ainsi, c’est déjà cesser un peu d’habiter dedans, la regarder passer au lieu de la croire sur parole.
Ensuite, pose une main sur ta poitrine et souris légèrement à ce doute, sans le combattre. Le geste rappelle au corps ce que la tête oublie : qu’il n’y a rien à réussir et rien à rater, donc rien à mal faire.
La question « est-ce que je fais comme il faut ? » est justement celle que la pratique t’apprend à laisser passer. Celui qui doute est déjà en train de pratiquer, sans même le savoir.
C’est qu’elle est bonne. Garde-la, apporte-la à ta prochaine assise, ou pose-la-moi. Les vraies questions de pratique ne viennent pas des livres, elles viennent du coussin, de l’expérience directe. Et aucune n’est trop naïve pour être posée à voix haute.
Et toi, quelle est la question que tu n’as jamais osé poser sur la méditation, celle que tu gardes pour toi ?
Si tu veux aller plus loin sans te sentir jugé, je réponds à ces questions chaque mardi dans « Au coin du feu », notre lettre du calme, à recevoir ici. Tu peux aussi lire méditer quand on a déjà tout essayé et la différence entre méditation et relaxation.
Jean-Marc

Jean-Marc Terrel est facilitateur de pleine conscience. Instructeur MBSR certifié et auteur de « L’art de vivre en pleine conscience » (320 pages, Éditions de Mortagne, 2019), il accompagne depuis plus de vingt ans des personnes en quête de présence et de sens. Il anime des retraites et voyages initiatiques, une application mobile de méditation et vit aujourd’hui dans la campagne près d’Essaouira. Son approche, la Voie de l’Instant, tient en une intuition simple : rien à devenir, juste à se souvenir. Avec sérieux, mais sans se prendre au sérieux. Tous réseaux confondus, plus de 250 000 personnes le suivent, et l’on prolonge la conversation sur La Tribu.
